Préliminaires socialistes

FEUILLETON (EPISODE 1)

  • Résumé de Solférino, notre feuilleton de l'été : Automne 2016. Les élections présidentielles approchent et le Parti Socialiste, qui gouverne depuis 5 ans, doit se trouver un candidat. François Hollande est loin de faire l’unanimité et ne semble pas adhérer à l’idée de primaires. C’est le début d’une intense lutte de pouvoir à gauche pour affronter le candidat de la droite et Marine Le Pen en 2017.

« Je suis favorable à une primaire en 2016. Je ne sais pas si je serai candidat, mais je pense que cela est un passage obligé pour espérer une victoire de la gauche en 2017 ». 

Il savait parfaitement ce qu'il faisait en prononçant ces mots. Les sourcils froncés, lui, l'homme de communication, avait préparé et répété cette phrase avec minutie. Depuis des mois, le clan socialiste se jaugeait, s'observait, dans l'attente de l'annonce d'éventuelles primaires. Dans ce contexte, sa phrase serait à coups sûr interprétée comme une attaque à François Hollande et une annonce de candidature.

Et effectivement, cette formule à l’emporte-pièce du Premier Ministre eut l’effet d’une bombe dans le paysage politique de la gauche française, qui semblait retrouver espoir suite à la baisse du chômage sur quatre mois consécutifs. Les cotes de popularité de l’exécutif étaient à la hausse, bien que toujours peu flamboyantes.

Ainsi donc, Manuel Valls souhaitait renouveler l’expérience de 2012 qui s'était alors soldée d'un score de 5% des voix. Depuis, il avait suivi le chemin que les hebdomadaires se plaisaient à décrire à tour de rôle, l'histoire d'un homme de gauche posant les jalons de sa future montée des marches de l'Elysée. L'Express avait titré la semaine précédente : “Et si c'était lui ?” avec une photo du premier ministre très enjoué qui avait ensuite donné lieu à de nombreux détournements sur le web. Depuis des mois, les éditorialistes annonçaient un combat Hollande-Valls et guettaient chaque dissension au sein d'un couple exécutif qui clamait pourtant être uni à la vie à la mort.

La droite ne se fit alors pas prier pour railler les luttes de pouvoirs internes et le supposé manque de cohésion de la majorité, Nicolas Sarkozy publiant une énième tribune ad hominem contre le couple de l’exécutif. À gauche, les frondeurs multipliaient les actions pour réclamer plus de redistribution des richesses. Après le temps des efforts devaient venir les progrès sociaux, comme ils le clamaient dans une tribune publiée dans Le Monde. Les partisans du Président y virent une tentative de  déstabiliser François Hollande. L'opinion de gauche était d'ailleurs toujours très favorable à son Premier Ministre ou à des figures de la gauche plus rouges que roses. Pris en tenaille entre ces deux flancs de son parti, il lui fallait une fois de plus trouver la bonne synthèse.

On sentit chez les partisans du chef de l’État qu’il fallait remettre de l’ordre et réaffirmer son autorité. Trois jours plus tard, au micro de Jean-Jacques Bourdin, l’inamovible et fidèle parmi les fidèles de François Hollande, Michel Sapin déclara, après avoir tergiversé plusieurs minutes sur la question en laissant apparaître une légère goutte de sueur sur son large front, que « Le Président de la République est perplexe quant à l’idée de primaire. Il faut admettre que notre politique a donné des résultats et la meilleure solution pour le pays pourrait résider dans la continuité de l’action présidentielle jusqu’en 2022 ».

Comme on pouvait l’imaginer, ces nouvelles déclarations déclenchèrent un tollé médiatique. François Hollande allait-il essayer de passer outre l’opinion publique et imposer sa candidature, ou remettrait-il d’abord en jeu sa couronne dans une primaire ? Hormis son sentiment personnel, que le Ministre des Finances Michel Sapin avait dévoilé, peu d’informations filtrèrent, et les ténors socialistes aussi bien que les militants étaient dans l’expectative de savoir s’ils allaient pouvoir dévoiler leurs candidats ou continuer à prêter allégeance tant bien que mal au chef de l’État.

Quelques semaines passèrent.  Le train des réformes avait clairement marqué le pas après une loi Macron II sur le marché du travail et le numérique ; la tendance pour la majorité était clairement à l’immobilisme, surfant sur le retour timide de la croissance et la plus timide encore baisse du chômage pour viser une victoire en 2017. Tous les sondages donnaient la gauche perdante face à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Bruno Le Maire et même François Fillon, qui avait effectué ces derniers mois une remontée spectaculaire dans les baromètres d’opinion. Au Front National, la candidature de Marine Le Pen ne faisait aucun doute, flirtant avec les scores des ténors de la droite dans les sondages. Face à cette situation inédite, la question soulevée par les éditorialistes était toujours la même : quel scénario pour le pré-mai 2017 à gauche ?

C’est la raison pour laquelle le congrès de Lille de novembre 2016 était particulièrement attendu : prévu spécialement pour que le Parti Socialiste s'organise en vue de l’élection présidentielle, le Président devait y tenir un discours après quelques temps d’extrême discrétion dans les médias.

Dans un vaste gymnase où étaient rassemblés les militants, la ferveur d'une campagne présidentielle semblait renaître. Mais l'ambiance se ternissait au fur et à mesure des discours : on pouvait sentir dans les premières déclarations des poids lourds socialistes une forme de prudence, ne pouvant pas imaginer la teneur des mois suivants, celle d’une campagne interne ou de la mise en place d’une brinquebalante unité autour du Président. C’est la raison pour laquelle l’accueil des militants lorsque François Hollande se montra à l'entrée du gymnase fut mitigé, l’attente et l’hésitation étant palpables. Il prenait la parole avant Jean-Christophe Cambadelis, premier secrétaire du Parti, ce qui surprit la salle. Il lui glissa quelques mots à l'oreille, puis se dirigea vers l'estrade sous l'oeil critique de Martine Aubry. Le Président de la République commença son discours par une longue séquence d’autosatisfaction et de louanges à l’égard du Premier Ministre et de son gouvernement, mêlant pêle-mêle « la réussite économique », « la solidité du couple franco-allemand après la crise grecque », et « le courage et le dévouement sans faille de Manuel Valls, un grand Premier Ministre ».

Puis on sentit peu à peu que le discours s'orientait sur des sujets plus politiques, jusqu’à ce que soient évoquées les « échéances électorales à venir ». Les journalistes du carré presse retenaient leur souffle. Les militants avaient les yeux rivés sur la silhouette de celui qui fut, ils l'oubliaient trop souvent, le successeur de François Mitterrand.

Les yeux portés vers le loin, Francois Hollande venait d'annoncer la tenue de primaires socialistes pour l'élection de 2017. Au premier rang, Manuel Valls esquissa un large sourire. La bataille pouvait commencer.

A SUIVRE

Matthieu Pequegnot @Matt_Pgn

Tous les développements et paroles développés dans ce feuilleton sont de lordre de la fiction et ne sauraient être ni le reflet de la réalité ni celui de lopinion de lauteur.

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