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L'Europe face au défi de la Méditerranée : Fury Road


ANALYSE


3 500 migrants sont morts en Méditerranée depuis le début de l’année selon Amnesty International. Des centaines de milliers de migrants tentent de rejoindre en masse le continent européen depuis plus de deux ans : le chaos libyen, le désastre syrien, l’implosion irakienne, la guerre civile soudanaise ou encore l’Afghanistan, le Nigeria et l’Erythrée ont entrainé une misère politique, économique et sociale que l’on ne peut ignorer et qui doivent résonner dans nos esprits comme des priorités.

Le continent Africain et le Moyen Orient sont, depuis des décennies, les théâtres d’une instabilité chronique causée par des luttes intestines entre tribus et ethnies rivales, instrumentalisée par une élite politique très souvent corrompue. C’est un tableau sombre dont la plupart des citoyens européens ne semblaient que périodiquement s’émouvoir.

Certes, il apparaît difficile de blâmer l’indifférence et l’absence d’empathie lorsque la misère demeure contenue sur le continent voisin ou à l’écran de notre téléviseur. Cependant, lorsque celle-ci vient s’échouer avec fracas sur nos rives et dans nos eaux territoriales, le bouton « off » de la télécommande ne figure pas parmi les options de nos Etats pour contrer ce scénario devenu réalité.

L’Europe, donc, suffoque face aux afflux répétés de migrants. Sur le qui-vive pour réguler ces arrivées, l’Europe doit relever un défi de taille car l’urgence de la situation se heurte aux tensions diplomatiques et aux intérêts nationaux de chaque pays.

Si leur mise en place a certes été tardive, l’Europe n’est pourtant pas restée inerte puisque qu’elle a déjà lancé un certain nombre d’opérations et de dispositifs d’urgence :

  • l’Agence FRONTEX en charge de la surveillance des littoraux de l’espace Schengen active depuis 2004
  • MARE NOSTRUM, pilotée par l’Italie après le désastre Lampedusa en 2013

Mais face à la gravité de la situation, de nouvelles opérations extérieures, pour partie en substitue du programme Mare Nostrum, on été déployées :

  • TRITON pour les côtes italiennes et maltaises
  • POSEIDON pour les côtes grecques
  • INDALO/MINERVA pour l’ouest méditerranéen.

S’il a fallu un dernier naufrage dimanche dernier ayant causé 900 morts pour provoquer l’annonce d’un triplement du budget de Poséidon, cette augmentation permet simplement de rejoindre le budget initialement accordé à Mare Nostrum, soit 9 millions d’euros par mois.

Il est clair que ces dispositifs ne suffiront pas à endiguer cette immigration de masse, c’est pourquoi les négociations entre Etats européens, au niveau de la Commission Européenne, et à l’échelle internationale, au niveau du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) se multiplient.

Un plan d’action a été présenté par Jean-Claude Junker pour soulager Rome et Athènes, premières plateformes d’accueil dont les capacités sont en sureffectif, et répartir « l’effort » de manière équitable entre Etats membres. Pour rappel, l’Allemagne et la Suède sont les pays qui ont accordé le nombre le plus élevé de droits d’asile depuis le début de l’année, la France arrive en troisième position tandis que le Royaume Uni et le Danemark marquent une profonde réticence à assumer leur part de responsabilité. Or, qui dit « équitable », dit bien souvent « quotas », qui disent « marchandage » politique et querelles idéologiques.

Cette politique des quotas viendrait corriger les défaillances de la Convention de Dublin, en vigueur depuis 2013, et qui stipule que le droit d’asile doit être traité par le pays dans lequel le migrant accoste. En d’autres termes, l’Italie et la Grèce étaient jusque là en première ligne. Or, cette proposition a déjà provoqué des crispations chez les responsables politiques, notamment français, britanniques et hongrois qui doivent composer avec une pression populiste croissante, notamment la perspective du référendum européen pour David Cameron. Ce plan d’action sera négocié en Conseil Européen le 15 et 30 juin mais les chances de succès sont minces dans la mesure où aucune contrainte d’application n’est envisagée et qu’une procédure dérogatoire pour le Royaume Uni est déjà en discussion.

A l’échelle internationale, les perspectives ne sont pas tellement plus encourageantes.

Un plan d’action visant à réguler les départs en agissant au plus près des côtes libyennes est en ce moment en discussion à l’ONU. L’Opération PESC EUNAFOR MED se doterait d’un volet répressif de saisie et de démantèlement des embarcations clandestines pour porter un coup au « business model » des trafiquants. Or, c’est là que le bas blesse. Ces opérations sont réellement efficaces que si elles surviennent au départ des côtes, en d’autres termes une opération terrestre devrait être envisagée. Ce qui signifie obtenir l’accord du CSNU et celui de la Lybie. Or, pour l’instant, ni Tobrouk, capitale reconnue par la communauté internationale, ni Tripoli, sont prêts à octroyer cette autorisation. De plus, la Lybie peut être confortée dans sa position par deux puissants alliés, la Chine et la Russie, quelque peu amusés d’embarrasser le continent européen mais qui soulèvent, par ailleurs, de réelles questions logistiques sur les scénarios opérationnels en discussion (comment distinguer un bateau de pêcheurs d’une embarcation de migrants, qui donne l’ordre de détruire l’embarcation etc) et qui demeurent toujours sans réponse.

Face à ce tableau pour le moins trouble, on entendrait presque Daech s’exclamer « What a lovely day ! », tout en continuant à s’étendre et semer le chaos à travers le continent. A l’inverse, difficile d’imaginer l’Europe, inspirée par un scénario à la Mad Max, proposer un Imperator Furiosa prête à défendre ses intérêts sur l’autre continent.

Pour répondre du problème de l’immigration illégale, qui découle en partie d’une menace plus globale que représente Daech au Maghreb et au Proche Orient, l’Europe ne peut espérer trouver de « bonne » solution et devra se résoudre à une « moins mauvaise » des solutions.

Capucine Amez-Droz


Capucine Amez-Droz est étudiante en première année à Sciences Po


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