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5 questions pour comprendre la réforme du collège et les nouveaux programmes

ANALYSE

Depuis quelques semaines, la nouvelle réforme du collège fait parler d’elle : censée entrer en vigueur à la rentrée 2016, elle cristallise un nombre important de critiques, aussi bien à droite et au centre avec Bruno le Maire (auteur d'une pétition contre la réforme et d'une lettre à François Hollande co-signée par 248 parlementaires à l’occasion de ses trois ans de mandat), qu’à l’extrême-droite avec un Front National dont le vice-président Florian Philippot a déclaré considérer Najat Vallaud-Belkacem comme "le pire ministre de l'éducation de ces trentes dernières années". Cette réforme, promulguée par décret aujourd'hui au Journal Officiel est accompagnée d'une refonte des programmes du primaire et du collège, supervisée par le Conseil Supérieur des Programmes. Ces programmes seront validés dans le courant de l'été, après des consultations auprès du corps enseignant.

Face à toutes les critiques essuyées par ces deux mesures, nous avons décidé de choisir cinq critiques, les plus régulières, faites à l'encontre de ce projet de loi et de vérifier si celles-ci sont fondées.

L'Islam enseigné au détriment du christianisme ?

Première polémique, celle autour des programmes d'histoire du collège. Plusieurs intellectuels et élus politiques ont accusé la ministre de l'Education de vouloir privilégier l'enseignement de l'islam, qui sera obligatoire, au détriment de celui du fait religieux chrétien, qui deviendrait facultatif et étudié sous l'angle de "l'emprise de l'Eglise sur les mentalités rurales" par exemple. Pour Madeleine de Jessey, responsable des programmes de formation à l'UMP, ne pas mettre l'accent sur les racines judéo-chrétiennes de la France mettrait à mal la cohésion nationale et empêcherait les élèves de s'intégrer pleinement.

Rappelons déjà une chose : les trois grandes religions monothéistes que sont le christianisme, l'islam et le judaïsme étaient déjà enseignées en classe de 6ème, dans un seul et même chapitre afin de les placer sur un même pied d'égalité. Il n'y a donc rien de nouveau dans l'enseignement de l'islam en histoire, présent depuis quelques années déjà. En ce qui concerne les nouveaux programmes, il apparaît effectivement que le chapitre sur l'Eglise cité précédemment pourra être traité si l'enseignant le souhaite. Mais d'autres chapitres ou thèmes, eux obligatoires, viendront apporter un éclairage aux élèves sur le christianisme. En classe de 6ème, dans le cadre d'un thème traitant de l'Empire Romain, les élèves auront l'occasion d'aborder les débuts du christianisme dans un chapitre dédié. En 5ème, ces derniers se pencheront sur un thème appelé "Société, Eglise et pouvoir politique dans l’Occident chrétien : XIe-XVe siècles". Ainsi, les "racines judéo-chrétiennes" de la France ne seront pas mises de côté, loin de là, contrairement à ce qui peut être affirmé à tort et à travers par les responsables de l'opposition.

Un programme d'histoire "culpabiliste" ?

Autre reproche adressé à la refonte des programmes, toujours en histoire, le fait que ceux-ci ne fassent pas de l'histoire de France un "roman national" qui mettrait en valeur le pays. En effet, d'après ses détracteurs, ce nouveau programme ne ferait "qu'enfermer les élèves" dans "la culpabilité" et les détournerait de la partie glorieuse du passé de la France. Les thèmes responsables d'une telle orientation pour les opposants à cette réforme sont ceux des génocides juifs et tziganes de la Seconde Guerre Mondiale, ou de la colonisation et de la décolonisation, étudiés sous un angle critique qui n'épargne pas l'image du pays.

Mais que demandons-nous aux professeurs d'histoire ? Souhaitons-nous d'eux qu'ils soient des historiens ou bien des idéologues chargés de faire de la propagande nationale ? L'histoire enseignée par l'école de la République, c'est une science qui se veut la plus objective possible. De ce fait, il ne peut y avoir seulement en classe d'histoire l'évocation des heures de gloire de l'Histoire française, sous peine de voir les cours d'histoire devenir des heures de propagande nationale. D'autant plus que "les heures de gloire" de l'Histoire de France ont aussi leur place dans les nouveaux programmes d'histoire, avec tout un thème consacré à la Révolution française et aux Lumières, ou encore un chapitre sur le règne de Louis XIV. Les nouveaux programmes d'histoire ne sont donc pas culpabilistes, mais créés et conçus dans une vraie démarche d'historien, qui choisit de ne rien occulter.

La disparition des classes bi-langues ?

Oui, les classes bi-langues (aussi appelées classes européennes) vont bel et bien disparaître à la rentrée 2016, dans le cadre de la réforme du collège. Le but de ces classes est d'avoir dès la 6ème un enseignement plus approfondi des langues que dans une classe de collège standard et des cours d'histoire, de maths, d'économie dispensés dans une langue étrangère. Instituées avec le traité de l'Elysée de janvier 1963, elles étaient originellement censées promouvoir l'enseignement de l'allemand en France. Justement, ce sont les professeurs d'allemands qui sont montés les premiers au créneau, craignant avec cette réforme une poursuite de la baisse du nombre d'élèves pratiquant l'allemand au collège. Alors qu'un quart des élèves choisissait de pratiquer cette langue au collège dans les années 1990, ils ne sont plus aujourd'hui que 15% à choisir celle-ci.

Pour rassurer les germanistes, la ministre de l'Education a assuré que l'allemand continuera d'être enseigné et promu, de la même manière que les autres langues vivantes. Afin d'assurer le meilleur enseignement possible des langues, l'apprentissage d'une deuxième langue vivante est avancé à la classe de 5ème, afin de donner une cinquantaine d'heures supplémentaires de cours aux élèves pour leur deuxième langue vivante. Néanmoins, l'enseignement obligatoire de l'anglais en 6ème, sans possibilité de choisir une autre langue pour les élèves a été vivement critiqué. Le gouvernement a été accusé de vouloir tout céder à l'anglais, au détriment de la diversité culturelle et linguistique. Soyons lucides : apprendre l'anglais aujourd'hui est nécessaire, pour des élèves qui souhaitent poursuivre leurs études au delà du lycée. Il ne s'agit pas d'abandonner ou de sacrifier telle ou telle langue, mais de concevoir un collège qui arme au mieux ses élèves dans leur formation scolaire. Ne pas rendre l'anglais obligatoire, c'est déjà accrocher un boulet au pied des élèves qu'ils auront à traîner jusqu'à la fin de leurs études. Espérons juste qu'au niveau horaire, les deux langues étudiées à partir de la 5ème disposent du même volume horaire, afin de ne pas pas faire de la LV2 une langue "bouche-trou" que l'élève délaisserait au profit de l'anglais.

La question des enseignements inter-disciplinaires (EPI)

Autre mesure phare de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem : la mise en place des enseignements inter-disciplinaires. Chaque établissement aura la possibilité d'aménager 20% du temps de présence des élèves comme il le souhaite, autour de 8 thématiques définies par le ministère. Ces EPI ne concernent les collégiens qu'à partir de la 5ème. 6 thèmes devront être assurés par les enseignants au cours de l'année. Ces derniers ont le choix d'aménager leurs cours comme ils le souhaitent : modules inter-disciplinaires, accompagnement personnalisé, accompagnement pédagogique, apprentissage en petits groupes.

Cette nouveauté est censée répondre à une demande de la part du corps enseignant, la volonté d'avoir plus de liberté pédagogique. Or, pour Benoist Apparu, député UMP de la Marne, d'autonomie il n'en est pas question, puisqu'il s'agit de donner de nouvelles heures de cours à des enseignants, avec un programme déjà déterminé. Selon lui, il aurait été sûrement plus pertinent de renforcer l'accompagnement personnalisé des élèves en difficulté scolaire, pour pallier les carences dans le savoir et l'apprentissage afin de permettre à tous de réussir son collège. De plus, beaucoup de professeurs craignent que ces EPI soient une source de compétition et de concurrence entre les établissements, comme le furent pour les lycées les enseignements d'exploration en leur temps. Si l'initiative du gouvernement apparaît intéressante, elle aura néanmoins à faire ses preuves dès son entrée en vigueur dans un an et demi.

synopsis
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Le glas des langues anciennes ?

Le latin et le grec ne vont pas tout à fait disparaître. Initialement, ce sont des options disponibles à partir de la 5ème (3ème pour le grec anciens), auxquelles l'élève assiste jusqu'à la fin du collège, à raison de trois heures hebdomadaires. Dans la réforme, les langues anciennes deviennent un "enseignement de complément", avec un volume horaire réduit, ce qui empêche d'étudier vraiment les langues en tant que telles et d'approfondir l'enseignement. Autre problème, il ne s'agit plus d'un enseignement sur trois ans, mais d'un cours que les élèves peuvent choisir de renouveler ou non chaque année : il ne peut donc plus y avoir de progressivité dans l'enseignement du latin, de la 5ème à la 3ème.

Parallèlement, la réforme propose un enseignement des "langues et cultures de l'Antiquité" d'une heure, dans le cadre des EPI évoqués plus haut. Or, il ne s'agit absolument pas de langues anciennes, mais d'étudier les civilisations grecques et romaines : les langues anciennes ne serait abordées que dans le cadre d'un cours pluridisciplinaire avec un prof de français. De ce fait, les langues anciennes sont en danger avec cette réforme du collège qui rend compliqué et nébuleux l'enseignement de matières dont la mise est place était jusque lors simple et ne posait a priori pas de problèmes particuliers. (1 option = trois heures de cours). Un choix qui trouve son unique justification dans le fait que l'enseignement du latin et du grec aujourd'hui est perçu comme "élitiste", alors que 18% des élèves de collège pratiquent ces langues.

Matthieu Lefebvre du Preÿ

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