Nés du mauvais côté de la Méditerranée

OPINION

Lampedusa, lieu tristement célèbre pour être le premier port sur lequel s’échouent les espoirs de centaines de milliers de migrants chaque année. Le 3 octobre 2013, un bateau transportant 500 migrants fait naufrage faisant 366 morts, la plus grande tragédie du XXIème siècle, la planète est en émoi. Des hommages arrivent du monde entier. L’UE prend conscience qu'elle ne plus être une forteresse inaccessible. Les mots du Pape François sont forts : « la Méditerranée en un cimetière géant ». Immédiatement est lancée l’opération Mare Nostrum afin de surveiller les côtes et de prévenir ce genre de catastrophe. Mais le coût de l’opération est presque entièrement soutenu par l’Italie, et l’indignation générale laisse place à une indifférence générale. Cette même indifférence s’accentue lors de l’épidémie d’Ébola où les partis les plus populistes craignent l’arrivée de l’épidémie sur le vieux continent et prônent la fermeture immédiate des frontières. Même réaction avec l’ensemble des réfugiés syriens, et libyens qui affluent sur nos côtes, fuyant une guerre civile à laquelle l’Occident est restée muet après avoir semé le chaos. Il parait que l’on récolte ce que l’on sème, les mots sont peut-être durs mais l’indifférence à la misère semble de nouveau frapper aux portes de ce vieux continent par une déferlante de corps ensanglantés voguant sur la Méditerranée. Dans la nuit de samedi à dimanche, le record a été battu : 700 morts environ, 700 hommes et femmes dont on ne sait rien, et dont on ne saura probablement jamais rien, ont trouvé la mort aux portes du vieux continent.

iPhone Lampedusa
iPhone Lampedusa

Au moment où j’écris ces lignes, une alerte Le Monde vient perturber mes recherches : un nouveau navire serait en train de s’échouer dans la méditerranée avec à son bord plus de 300 personnes. Cette alerte passerait presque inaperçue tant depuis quelques années cela ne sort plus de l’ordinaire. On estime que près de 22 400 personnes auraient trouvé la mort dans la méditerranée depuis 2000. Quoi de plus normal, vouloir fuir la misère, la guerre pour une vie meilleure en Europe, le continent de la prospérité et des droits de l’homme ? Mais lorsque l’on voit le sort de cette foule de migrants, on imagine tristement leur pensée : la vie meilleure n’existera pas dans une Europe qui ne veut pas de nous. Alors évidemment, l’Europe ne peut pas recueillir toute la misère du monde, tant cela est illusoire et tant elle a déjà son lot de misère. Mais son silence, triste silence est sa seule réponse aux tragédies méditerranéenne. Croit-on pouvoir être solidaire en se contentant de faire une minute de silence après chaque tragédie ?

L’ensemble des dirigeants européen ont dit leur profonde émotion et en ont appelé à un renforcement des opérations de sauvetage, et à la condamnation des passeurs qui savent pertinemment que les embarcations sont vétustes et que le naufrage sera sûrement au rendez-vous. Ces propos coulent de bon sens, néanmoins ne résolvent pas le problème. Car l’Europe ne peut pas indéfiniment sauver de la noyade des migrants, les entasser dans des camps, et attendre de pouvoir les renvoyer chez eux. L’Europe ne peut pas continuer à ériger des murs en cache misère. L’Europe doit se tourner vers le sud. Se pencher sur le continent africain, regarder vers le Moyen-Orient et comprendre.

Comprendre que le problème est là, que l’on pourra créer des murs et des murs face à l’immigration mais celle-ci sera toujours présente. Ce ne sont pas les barrières qui découragent un migrant. Tant que les problèmes de ces pays ne seront pas résolus, l’Europe restera le moins pire des choix, restera le continent développer le plus proche et dont on espère que les idéaux humanistes sont encore actuels. Il ne s’agit pas de plonger dans l’utopie d’un monde merveilleux, mais on peut largement comprendre qu’une aide au développement économique, social, et sécuritaire ne serait pas dépourvue d’effet positif sur l’immigration. Même si, les états africains, et de la péninsule arabique doivent eux-mêmes relever les défis auxquels ils sont en proie, ils ne peuvent pas, tous, dans l’état actuel des choses s’élever seuls vers le progrès.

La façade méditerranéenne est un atout considérable, il faut faire en sorte que cela le reste. Il faut aujourd’hui choisir entre la collaboration et le repli, entre la main et le canon. Il semblerait que le choix soit évident : la main doit être tendue à ce continent, pourtant si riche qui, d’un point de vue purement utilitariste, aurait tellement de chose à apporter à une Europe vieillissante, qui se laisse aller à regarder la misère et à remercier le bon dieu d’être né du bon côté de la Méditerranée.

Clara Michielini @ClaraMchln

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