Rechercher sur le site !

A quoi sert le parti écologiste aujourd’hui ?


OPINION


Alors que les pronostics vont bon train sur la possibilité d’une scission au sein d’EELV, la question de l’utilité du parti écologiste peut légitimement se poser. D’autant que les partis politiques se verdissent un à un. Quelques réponses à des questions souvent posées aux écologistes.

Pourquoi l’écologie doit-être elle constituer un projet politique à part entière ?

Si la nécessité de faire de l’écologie un projet politique global ne suscite pas l’adhésion de tous, c’est que l’on a trop tendance à réduire l’écologie au seul domaine environnemental. Or l’écologie, par définition, se propose d’établir un meilleur équilibre dans les rapports des êtres humains avec leur milieu. L’écologie ne peut donc pas être cantonnée au volet environnemental d’un programme: ce doit être la matrice sur laquelle se greffent les interactions sociales, économiques et politiques.

En 2013, le nombre de réfugiés climatiques a pour la première fois dépassé celui des déplacés pour cause de conflits. Ce constat nous envoie un signal fort, et pressant. Devant l’ampleur du dérèglement climatique et de ses conséquences environnementales, humaines, et sociales, c’est bien l’ensemble du fonctionnement de nos sociétés qu’il faut transformer. Aujourd’hui, seule l’approche globale prônée par les écologistes est à même d’apporter des solutions efficaces et durables sur cette question des réfugiés climatiques. Certes, déplacer les personnes vivant dans des zones subissant des catastrophes climatiques est primordial. Mais la réponse à apporter doit être plus large. Ces catastrophes auxquelles font surtout face les pays les plus pauvres doivent entrainer une augmentation de la coopération politique entre les pays, pour prévenir et limiter les risques climatiques, mais aussi assurer l’intégration sociale des réfugiés dans leurs territoires d’accueil. La solidarité entre les pays doit surtout se mettre en place sur le plan économique, via une aide systématique des pays développés vers les pays moins avancés. Enfin, ce n’est qu’en diminuant la quantité de gaz à effet de serre mondiale que l’on pourra résoudre le problème à sa source. Et cela doit passer par l’adoption, par chaque pays, de programmes ambitieux visant à transformer nos modes de vie, de production, et de consommation.

Pourquoi les partis écologistes doivent-ils être présents à toutes les échelles ?

Dans une époque où les échanges sont mondialisés, la transition vers une société écologique, bien que nécessitant l’action individuelle des citoyens, ne peut être réalisée que si les décisions sont prises à grande échelle. Pour qu’un résultat effectif se fasse sentir, il faut une mise en place de normes plus rigoureuses, de subventions et de sanctions.

Les partis écologistes ont un rôle particulièrement important à jouer à l’échelle européenne pour orienter nos sociétés vers un meilleur respect de l’environnement. Mais les gouvernements nationaux possédant d’importantes prérogatives dans la mise en place des politiques européennes, les partis écologistes doivent également s’affirmer au niveau national pour avoir un réel impact sur les décisions européennes.

Enfin, à l’échelle locale et départementale, la présence du parti écologiste permet d’agir concrètement en faveur d’un meilleur respect de l’environnement. Mais le projet écologiste prône également la transition vers une démocratie plus participative ainsi que le développement de nouvelles formes de solidarités. C’est le cas à Grenoble où les Assises Citoyennes ont été mises en place en novembre 2014 par le Maire Eric Piolle (EELV). Elles permettent une meilleure intégration des citoyens aux processus décisionnels, notamment par l’élaboration d’un budget participatif. Le parti écologiste, en favorisant la proximité entre les élus et les citoyens, prend ainsi tout son sens en s’implantant localement.

Pourquoi voter pour les écolos si les préoccupations environnementales sont reprises par les autres partis ?

L'écologie apparait avant tout comme un argument de vente. En effet, des élections de proximité telles que les départementales sont, par excellence, celles dans lesquelles les citoyens se préoccupent de leur cadre de vie, et donc des questions environnementales. Les politiques l’ont bien compris, et s’y adaptent : de part et d’autre de différents programmes fleurissent des slogans en faveur de l’écologie. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’expansion de la prise en compte des enjeux environnementaux.

Néanmoins, cela semble davantage résulter d’une opération marketing plutôt que d’une réelle volonté de s’atteler à la crise écologique. Comment des partis ne prônant en rien une réforme en profondeur du système actuel peuvent-ils prétendre résoudre des questions environnementales ?

L’UDI, par exemple, a créé sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo son « pôle écologie ». Pourtant, l’écologie n’apparait pas compatible avec le libéralisme économique prôné par ce parti. En effet, le libre-échange induit une hausse de la production, mais celle-ci n’est possible que par une destruction des ressources. Les ressources disponibles n’existant qu’en quantité limitée, la croissance ne peut être infinie. Il faut donc sortir de la logique productiviste et de ses effets néfastes pour l’environnement afin d’installer un développement durable. Et il est inenvisageable de confier les rênes de la transition énergétique à des partis dont le programme politique et économique s’inscrit, de la sorte, sur le court terme.

De la même manière, l’écologisme affiché par le PS lors des élections présidentielles de 2012 semble avant tout artificiel. Ou du moins, la volonté affichée de s’atteler aux problèmes environnementaux ne s’est pas traduite, jusqu’à présent, par des mesures concrètes et ambitieuses. La création d’un Ministère de l’Ecologie n’a pas empêché l’échec de la mise en place d’une véritable fiscalité écologique, symbolisé par le recul du gouvernement sur l’écotaxe. Et le départ des Verts du gouvernement, en mars 2014, a mis en lumière les profonds désaccords entre les écologistes et la ligne politique suivie par le Parti Socialiste. Enfin, si le projet de loi sur la transition énergétique, porté par Ségolène Royale, va dans le bon sens, il fixe surtout des objectifs plus qu’un réel programme de démantèlement du nucléaire. Néanmoins, il est important de souligner ces efforts du PS pour prendre en compte les enjeux environnementaux, quand l’UMP avait dédaigné ces questions durant le dernier quinquennat.

Pourquoi/Comment le parti écologiste peut-il favoriser la transition énergétique ?

On peut se demander quelle peut être l’utilité d’un parti dont les moyens apparaissent si faibles par rapport à l’ampleur du projet porté. Depuis 1974, les scores des écolos en France n’ont pas dépassé les 5,25 % aux élections présidentielles. Pire, ils ont même diminué aux dernières élections : c’est que face à la crise, on a sacrifié l’impératif climatique aux difficultés économiques, alors que ces questions auraient dues être résolues conjointement. Depuis 10 ans, les médias se sont peu à peu désintéressés des questions environnementales. La preuve en est de la suppression de la page Planète du journal Le Monde dans sa version papier en mai 2013. Le rôle du parti écologiste est alors d’occuper le devant de la scène médiatique en continuant de sensibiliser les citoyens aux limites du système actuel.

Par ailleurs, c’est en s’imposant comme un parti nécessaire à la constitution d’une majorité forte, à gauche, que le parti écologiste peut faire primer ses préoccupations. Si le bilan qu’ont tiré Pascal Canfin et Cécile Duflot de leur passage au gouvernement est très mitigé, l’alliance passée entre EELV et le PS a eu au moins le mérite de pointer les désaccords entre les écologistes et le gouvernement. Et aujourd’hui, c’est bien sur la promesse d’un « changement de cap » vers une politique plus écologique que certains écologistes conditionnent leur potentielle participation au gouvernement. Malgré un poids électoral relativement faible, les écologistes ont donc montré qu’ils avaient les moyens de faire entendre leurs voix. L’indépendance du parti écologiste est ainsi essentielle pour influencer ou freiner l’exécutif lorsque celui-ci ne s’engage pas dans la voie du développement durable.

Le parti écologiste apparait être le seul acteur proposant de résoudre de manière sincère et viable les crises économiques, sociales et environnementales. Depuis les années 1970, les écologistes ont repensé le rapport de l’homme à la nature, et c’est forts de cette expérience qu’ils semblent aujourd’hui à même de proposer les solutions les plus pertinentes en faveur d’un développement durable.

Alice Brogat


Alice Brogat est étudiante en première année à SciencesPo Paris et a participé à la création en septembre 2014 de l'association des Ecolos SciencesPo dans laquelle elle s'investit aujourd'hui.


Image en tête d'article : Copyrights de l'icône : Créée par Luis Prado - Tiré de The Noun Project 

A toi qui soutiens la loi Renseignement

Mais où est Charlie ?