Mais où est Charlie ?


OPINION


7 Janvier 2015 : « Je suis Charlie »

En l'espace de quelques heures le monde entier devenait Charlie, le monde entier était en communion avec ces hommes et ces femmes tués lâchement pour avoir dessiné. La liberté d'expression avait faibli devant les balles, mais les citoyens du monde trouvaient à Paris, redevenue l'espace d'une semaine la ville des droits de l'homme, la preuve que le droit était le rempart à l'obscurantisme. La place de la Nation offrait un spectacle qu'Eugène Delacroix en son temps avait pu immortaliser comme la liberté guidant le peuple, un peuple brandissant des crayons face aux armes.  Et lorsque les dirigeants du monde entier, se regroupant historiquement avec les dirigeants d’Israël et de la Palestine lors d'une même marche républicaine contre la barbarie, on pense que le monde en tout cas occidental ne sera plus jamais comme avant. Ce dimanche 11 janvier 2015 est rentré dans l'histoire, on en a parlé, on a fait des unes de journaux formidable, on s'en est félicité : et après ?

Et après, le vide. Rien. Des débats télévisés aux débats parlementaires l'esprit du 11 janvier fut de nombreuses fois cité, brandi comme la preuve de l'unité du pays; en réalité c'était juste l'occasion de récupérer un esprit, celui de l'union nationale, celui de la république.

Le seul débat qu'a amené immédiatement ces attentats c'est de savoir : qui est le plus républicain ?

Je m'appelle Marine Le Pen je suis française, que M. Sarkozy qualifierait "de souche", et  c'est moi qui ai gagné la bataille médiatique post-attentat. C'est moi qui maîtrise l'agenda médiatique. C'est encore moi qui aurais voulu être conviée à la marche républicaine, parce que j'estime qu'en tant que grande républicaine je dois être conviée à un rassemblement républicain. C'est enfin moi, Marine, qui profite de la droitisation d'un pays, uni dans la douleur mais pas dans la conscience, pas dans le vote. J'ai réussi à installer un débat sur la laïcité dans lequel le pays se noie de jours en jours.

La république a en son sein crée des tueurs, créé sa propre arme de destruction, et ses élus pensent régler le "problème de la laïcité" en se demandant si les enfants doivent avoir un menu de substitution au porc à la cantine ! On marche littéralement sur la tête, c'est une aberration. Il est vrai que si on permet à un enfant français de faire le choix de sa religion, c'est contre la laïcité, mais n'est-ce pas ça la laïcité ? Pouvoir faire le choix de ce à quoi on croit.

Or aujourd'hui la France ne croit plus en grand-chose, une partie a fait le choix du nihilisme, une partie des Charlie adhère à un parti présidé par des pétainistes. Alors que l’esprit même du 11 janvier que tous revendiquent, est celui d’une nation émue qu’au XXIème siècle on puisse encore tuer des hommes pour ce qu’ils pensent et pour ce qu’ils croient. Car le 8 janvier, des hommes et des femmes périssaient dans l’hyper casher porte de Vincennes parce qu'ils étaient  juifs. L’esprit Charlie c’était ça aussi, c’était l’indignation : Être Juif en France peut encore tuer. Cette indignation a disparu en mettant dans une urne un bulletin Front National. Parti qui, à en croire les propos de son Président d’honneur, considère la Shoah comme un "détail de l’histoire", fier d’être pétainiste, il banalise l’antisémitisme, le racisme et l’ignorance.

Alors, si on se demande aujourd’hui où est Charlie, la réponse nous oblige à tourner la tête vers la Tunisie, le Kenya, ces pays qui luttent depuis longtemps contre l’obscurantisme et qui ont été touchés en plein cœur par celui-ci. À grand coup de Kalachnikov, ces hommes ont mis à sang des symboles de réussite. Le silence glacial de l’Occident à propos des événements du Kenya finit de détruire la brève période d’humanité et de tolérance qu’il avait connu.

Clara Michielini @ClaraMchln

Image en tête d'article : REUTERS/Charles Platiau

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