Lutter contre l'abstention pour réveiller la politique


OPINION


« Au théâtre, l'abstention se traduit par le sommeil et c'est la plus sonore des opinions. » s’exclamait Francis de Croisset à l’aube du XXème siècle, siècle qui fera un temps l’apologie de l’homme politique pour arriver aux dérives les plus obscures avant de faire du droit de vote universel le rempart à la barbarie, l’expression la plus concrète de la citoyenneté. Curieusement à la fin de ce siècle, la France s’est rendormie, à troquer le bulletin de vote contre le silence. Et si ce silence, si cette abstention était le véritable acteur de la vie politique française ? Cela va sans dire. Néanmoins, le phénomène bien qu’inquiétant, n’a pas été suffisamment considéré par la classe politique. Et le réjouissement collectif de dimanche dernier, d’avoir eu une abstention moins forte que prévue, laisse sans voix.

Dimanche, un français sur deux votait, pendant que l’autre partie abandonnait son destin aux mains des autres. Comment analyser ce phénomène ? Beaucoup s’y sont perdus, en essayant de classer les abstentionnistes en un corps social à peu près similaire socialement. Or lorsqu’un français sur deux ne vote pas, on ne peut dire que l’autre moitié des français appartient à une strate sociale unique vivant dans un état de précarité économique, sociale et culturelle. Il en résulte que ce « groupe » d’abstentionnistes est composé de citoyens venant d’univers différents, vivant dans des régions différentes et n’ayant pas voté pour des raisons assez diverses : mais mis à part des personnes totalement désintéressées par le vote, la grande partie des abstentionnistes ont souvent le même motif : « Si je vote, ça va changer quoi ? C’est pas une voix qui va changer les choses ». Les citoyens n’ont plus envie de voter, il y a un ras-le-bol de la politique, et le fait de ne pas voter en est l’expression. Si beaucoup d’analystes politiques parlent de la montée du FN comme de la marque du ras-le-bol politique, ils se trompent. Il y’a bien un refus de cet UMPS, mais aller voter FN c’est encore croire au système, croire que les choses peuvent changer si les gouvernants changent. Ne pas aller voter c’est croire que les choses ne peuvent changer, c’est devenir passif.

La France patrie des droits de l’homme, patrie du suffrage universel se félicite d’avoir fait taire les sondages qui estimaient l’abstention à plus de 50% alors qu’il n’a été que de 49.2%. Il est vrai que c’est un miracle, un élan incroyable de la classe politique qui a su mobiliser 2 à 4 points d’électeurs en plus ! Hypocrisie quand on sait qu’il aurait fallu en mobiliser 10 fois plus.

Selon une enquête Odoxa/Le Parisien Aujourd'hui en France/CQFD-iTélé publiée vendredi 20 mars, 69%  des français estiment avoir été mal ou pas du tout informés sur ce scrutin. Paradoxal en 2015, à l’heure de la sur-information, de la multiplication des accès et des sources d’informations. Si l’on tape «  élections départementales » sur n’importe quel moteur de recherches, deux mots apparaissent : abstention, et Front National. La lecture des articles, l’écoute des podcasts radios ainsi que le replay des émissions TV laissent le sentiment que tout est joué d’avance : le Front National sera en tête quoi qu’on fasse et les gens n’iront pas voté parce que ça ne sert à rien. Ce sentiment déjà présent en 2002 où l’on sait qu’à la veille du 1er tour de l’élection présidentielle, 80 % des Français pensent que le résultat de l’élection ne permettra que peu ou pas du tout d’améliorer les choses en France. Ce chiffre est édifiant, et pourtant passe inaperçu. On imagine aisément que si pour l’élection présidentielle, élection reine de la Vème République, l’engouement tend à disparaître, les élections départementales, grandes oubliées de la Vème République, ne vont pas déroger à cela.

Dès lors quelle solution ?  Le vote obligatoire peut être une piste même si dans le fond cela ne changera pas le rejet de la classe politique mais ferait seulement du vote un acte mécanique dépourvu d’intention. Il faut, chère classe politique, être à la hauteur des nouveaux enjeux, être à l’écoute de ce cri qui d’élection en élection se fait entendre de plus en plus fort ; car le grand perdant des élections n’est pas le Parti Socialiste, mais le pays.

En clair, aux urnes citoyens, aux changements les dirigeants, aux informations les médias ; aux français la souveraineté, non plus aux querelles politiciennes.

Clara Michielini

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