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Le retour de Nicolas Sarkozy, vu de l'étranger

VU DE L'ETRANGER

Très largement commentée en France, l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP il y a sept jours n’a évidemment pas eu le même retentissement à l’étranger. Cependant, la stature internationale de l’ancien Président de la République a conduit la presse étrangère à s’interroger sur la personnalité du vainqueur, les enjeux que soulève l’élection et ce qu’elle induit pour l’avenir de la droite française et du pays.

Outre-Manche, l’hebdomadaire libéral The Economist titre (en français) « Déjà Vu », et dresse un bilan partagé sur cette élection. D’une part, le retour de Nicolas Sarkozy peut être une bonne nouvelle pour Marine Le Pen et même pour François Hollande. Concernant la présidente du Front National :

« Rien ne satisferait plus une leader qui dénonce le non-renouvellement de la classe politique [le système UMPS] que d’être de nouveau face aux deux mêmes candidats « traditionnels » qu’elle a affronté en 2012 ».

Plus étonnant, The Economist considère même que le retour d’une figure comme Nicolas Sarkozy pourrait relancer M. Hollande dans les sondages. Mais d’autre part, la gauche, à force d’attaquer l’ancien Président, pourrait en fait « booster M. Sarkozy, qui met en oeuvre une stratégie de victimisation ».

L’hebdomadaire britannique met donc l’accent sur les incertitudes concernant l’avenir de la vie politique française. Le Financial Times va plus loin en affirmant que le président de l’UMP « doit se défaire de toutes illusions sur le fait qu’il est le sauveur que le pays attend » et critique fortement son mandat présidentiel, qui a été « décevant ». C’est ce facteur qui conduit le quotidien britannique à avancer que « ce n’est pas évident que les Français veulent son retour ».

De manière plus générale, la presse britannique s’étonne de la victoire moins large que prévue de Nicolas Sarkozy, comme le Guardian, qui parle d’une victoire « médiocre ». En privé, l’ancien Président fait preuve d’un certain cynisme concernant ce traitement de la part de la presse. Selon Le Canard Enchaîné, il aurait déclaré en privé :

« Un ami anglais m'a téléphoné pour me consoler. Il croyait que j'avais perdu. Mais qui a déjà fait 65% à une élection ? Ce n'est pas Fillon, ni Juppé, ni Hollande. Encore moins Valls, qui n'a pas dépassé 5% [5,63%, NDLR] à la primaire du PS ».

Aux États-Unis, la victoire de Nicolas Sarkozy n’a pas fait l’objets de beaucoup de commentaires. Le Washington Post est un des rares médias Nord-Américains à s’être penché sur la stratégie du nouveau président de l’UMP lors de la campagne ; et la résume en cette phrase :

« Si tu ne peux pas battre les nationalistes et populistes, alors commence à leur ressembler »

Le quotidien résume ensuite les différentes mesures proposées par Nicolas Sarkozy pour attirer l’électorat FN -critique de l’immigration, de l’Union Européenne, abrogation du mariage pour tous,... - et s’interroge : cette stratégie, partagée par David Cameron au Royaume-Uni, est-elle bonne ? Se détourner de l’électorat centriste et européiste est-il une erreur ? Ainsi, le quotidien conclue en affirmant que le virage à droite pris par Nicolas Sarkozy pourrait causer sa perte, car les votants FN, dont les voix sont recherchées, « rejettent les politiciens traditionnels, et il en fait toujours partie ».

Outre-Rhin, le Spiegel salue la « large victoire » de Nicolas Sarkozy, même si elle n’était pas le « triomphe attendu ». Au-delà de cette victoire, l’hebdomadaire s’interroge sur la pertinence de la candidature quasi-actée de l’ancien Président à la primaire de 2016. D’une part, le poids des affaires dans lesquelles il est impliqué est souligné :

« Même dans son camp, sa réputation n’est pas la meilleure »

D’autre part, le Spiegel met en évidence les manquements inhérents au programme de Nicolas Sarkozy : certes, « l’hymne de la République » et « les critiques envers les opposants politiques » ont une certaine résonance, mais il faudra faire plus pour retourner à l’Élysée. En résumé, le journaliste du Spiegel affirme que « son style n’a pas changé ». Ainsi, si l’élection interne fut victorieuse - même si moins large que prévue -, Nicolas Sarkozy va « devoir réinventer sa personne et son caractère ».

Le Süddeutsche Zeitung de Munich reconnaît à l’ancien Président « du talent, de l'énergie, du panache, parfois même du charisme » mais lui reproche à plusieurs reprises un « égocentrisme certain », et surtout, « Sarkozy a déjà eu sa chance, il a beaucoup promis et... peu tenu ». 

De manière générale, en Allemagne, la France est vue comme un pays possédant de nombreux atouts mais faisant du surplace ces dernières années à cause d’une obsession pour l’homme providentiel plutôt que pour des réformes qui s’avèrent indispensables. Le Süddeutsche Zeitung, extrêmement critique de l’ancien Président, avance ainsi que

« La France avance vers le passé »

Rien d’étonnant de la part d’un pays qui se plaît souvent à mettre en avant les sacrifices et les réformes effectuée par sa population.

En Suisse, l’accent est mis sur le « résultat décevant » de l’ancien Président, comme l’a écrit La Tribune de Genève. Le score de Nicolas Sarkozy a vraiment surpris, et il est expliqué comme résultant de la campagne, qui a montré que

« Nicolas Sarkozy n’est pas revenu pour remettre le parti en ordre de marche mais par soif de revanche et goût du pouvoir ».

La Tribune de Genève continue en saluant « le retour d’un chef » mais déplore comme le Spiegel l’absence de réel programme politique, alors que « c’est de renouveau et de réformes profondes dont a besoin la France ».

Ainsi, l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP ne fut bien évidemment une surprise pour personne. En revanche, la presse étrangère n’a pas manqué de pointer le score plus faible qu’attendu et le manque de propositions du désormais président de l’UMP. Entre un Parti Socialiste à la dérive et un Front National plus haut que jamais, on s’interroge sur la capacité de Nicolas Sarkozy à pouvoir rassembler la droite républicaine sans tomber dans le populisme, ce qui pourrait s’avérer contre-productif.

Matthieu Pequegnot @Matt_Pgn

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