Pourquoi Bruno Le Maire a déjà gagné

OPINION

Dans trois semaines se tiendra l’élection interne qui désignera le président de l’UMP, le chef de la droite pour les années à venir. Grandissime favori, Nicolas Sarkozy compte bien obtenir un plébiscite le 29 novembre. Mais la campagne s’annonce plus rude que prévue. Certes, Hervé Mariton ne dépasse pas les 3% d’intentions de votes et ne représente pas, a priori, une menace. Mais l’ancien ministre de l’agriculture de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, a réussi à mettre en place une réelle dynamique de campagne. 

Des idées qui gagnent du terrain

Selon toute vraisemblance, non, Bruno Le Maire ne sera pas élu président de l’UMP. En tout cas, pas cette fois-ci. Mais le député de l’Eure est bien parti pour remporter une autre bataille, la bataille des idées.

Lorsqu’il a annoncé sa candidature, le 11 juin dernier, le grand public ne le connaissait pas ou très peu. Mais, à force de déplacements dans toutes les fédérations UMP de France, Bruno Le Maire a su convaincre autour d’un thème, d’un leitmotiv : le renouveau ; renouveau des pratiques politiques et renouveau de la classe politique, notamment via le non-cumul des mandats et des mandats dans le temps, alors que ces sujets étaient plutôt portés par la gauche.

Il a la légitimité de porter ces thèmes lors de la campagne : il a démissionné de la fonction publique lors de son entrée en politique, ne cumule pas plusieurs mandats, et surtout, c’est le seul à pouvoir les porter.

Aucun autre quadragénaire de l’UMP n’a osé s’opposer à Nicolas Sarkozy. Et il l'avait prédit. En effet, dans Jours de Pouvoirs (Gallimard, 2013), il écrit :

"Désormais, toutes les stratégies politiques de la droite tournent autour d'un seul homme qui en tire les ficelles, Nicolas Sarkozy. Notre faiblesse est là, pas un seul astre ne se détache de son orbite. Si lui vient à disparaître, comme un soleil qui s'éteint, notre constellation politique gèle subitement, et meurt, au moins pour plusieurs années."

Et sur le terrain des idées, du concret, c’est bien lui qui innove. Pendant que l’ancien Président disserte sur « la République que nous voulons », son ancien ministre lui, ne se trompe pas d’élections et mène un projet d’abord pour l’UMP. Un réel pari étant donné la côte d’amour dont bénéficie encore l’ancien président.

Pari réussi, cette stratégie paie dans les sondages. En effet, au lendemain de son annonce de candidature, les observateurs lui donnaient à peu près autant de chance qu’Hervé Mariton, largement sous la barre des 10%. Aujourd’hui, un score au-delà des 25%, voire des 30%, est tout sauf utopique. Et un électeur sur quatre, dans une élection interne, ce n’est pas rien, ça compte pour la suite.

La confiance des sarkozystes ébranlée

Cette dynamique que Bruno Le Maire a su mettre en place n’a pas échappé au camp sarkozyste, qui revoit ses ambitions à la baisse, et se permet même d’« emprunter » certaines idées de Le Maire pour leur candidat. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a proposé une décentralisation des décisions du parti, et un vote régulier des militants, alors que Le Maire a la primauté de cette idée.

Tout cela a aussi ébranlé fortement le calme et la confiance de Nicolas Sarkozy et de ses lieutenants en vue du scrutin du 29 novembre. L’ancien Président de la République aurait même traité Bruno Le Maire de « connard » en privé.

Alors que les sarkozystes imaginaient sans peine un vote a plus de 80% pour leur leader, les ambitions sont aujourd’hui revues à la baisse. Guillaume Peltier, leader du courant de la droite forte, le courant sarkozyste de l'UMP, a même déclaré que « 60 ou 70%, ce serait un triomphe »Laurent Wauquiez, très récemment reconverti au sarkozysme, va même plus loin en estimant qu’ «Un bon score à une élection, c’est un score qui gagne, c’est tout.».

En déjouant les pronostics, Bruno Le Maire a empêché le plébiscite sarkozyste d’avoir lieu. Et quand on connaît l’attachement des militants à leur ancien président, c’est déjà une victoire pour Bruno Le Maire.

Un pari pour l’avenir

Même si le score ne sera pas aussi bon que prévu, Nicolas Sarkozy sera sans doute élu président de l’UMP. On est alors en droit de se demander l’utilité de la démarche de Bruno Le Maire. Celle-ci est pourtant cruciale si l’ancien ministre de l’Agriculture veut avoir du poids dans les années à venir.

  • La première raison est qu’en ringardisant l’ancien président (meetings sans veste avec des questions réponses, contact constant avec les militants, très forte adhésion de la jeunesse) et en défendant de nouveaux thèmes, Bruno Le Maire impose ses idées à l’UMP, elles trouvent toujours plus de succès auprès des sympathisants et des français.
  • La deuxième raison est qu’en menant une telle campagne, Bruno Le Maire améliore sa notoriété et son poids politique au sein de l’UMP. La consécration de tout cela serait un gros score le 29 novembre, qui forcerait alors Nicolas Sarkozy a composer avec lui lors de la constitution de la nouvelle direction du parti. Le Maire deviendrait alors un poids lourd du mouvement et un futur présidentiable dans les années à venir.

Matthieu Pequegnot

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