La campagne de 2017 commence aujourd'hui

Cette semaine était annoncée comme décisive pour le quinquennat de François Hollande par de nombreux commentateurs. En réalité, c’est le coup d’envoi de la course au prochain quinquennat qui a été donné. Certes discrets, certains signes laissent en effet penser que la campagne présidentielle de 2017 commence dès maintenant, dans un contexte très particulier : une majorité de plus en plus dispersée, une mise en cause profonde du chef de l’Etat depuis la rentrée, et le retour annoncé de Nicolas Sarkozy.

Prenons les choses dans l’ordre.

Le vote de confiance : la séquence Valls

Il y a d’abord eu, mardi, le vote de confiance envers le nouveau gouvernement de Manuel Valls. On y a vu le Premier Minsitre en réformateur déterminé, demandant la confiance à sa majorité ligotée à des sièges éjectables. La question aux frondeurs était simple : souhaitez-vous perdre votre siège ou serez-vous suffisamment raisonnables pour voter la confiance ? Si le résultat a été positif pour le Premier Minsitre, il est cependant en dégradation par rapport au dernier vote de confiance (269 voix "pour" et 244 voix "contre", contre 306 voix "pour" en avril dernier).

Cette mise en scène théâtrale pour légitimer un gouvernement en manque de crédibilité et rassurer un Président en équilibre instable a surtout été l’occasion pour Manuel Valls de défier à distance l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy. En effet, durant son discours devant l’Assemblée nationale, sur France Inter, il a affirmé être prêt à débattre, “projet contre projet”, contre Nicolas Sarkozy :

"Je veux que nous débattions sur notre modèle social (...) avec lui, avec l'opposition, parce que je pense que le pays a besoin d'un vrai débat. Le pays depuis six mois est plongé dans un débat qui ne concerne que la gauche."

Or Nicolas Sarkozy ne revient pas simplement pour la présidence de sa famille politique, il revient pour la présidence de la République. Si Manuel Valls le provoque en duel aujourd’hui, c’est pour se placer dans la position d’un recours éventuel à François Hollande en 2017. Il imprègne déjà l’idée d’une confrontation entre lui et le probable futur candidat de la droite. Autrement dit, c’est un premier pas vers une déclaration de candidature.

Par un heureux hasard, un sondage le donne cette semaine candidat favori des sympathisants PS pour la présidentielle de 2017 : 38 % d’entre eux pensent que Manuel Valls serait le meilleur candidat socialiste pour la présidentielle de 2017, contre 8% pour François Hollande, qui n’arrive qu’en troisième position. On peut cependant souligner que si 38% des sympathisants PS souhaitent sa candidature, ce chiffre reste relativement faible, d’autant plus que ce sondage porte sur les sympathisants, par définition plus aptes que les militants (qui ont leur carte au Parti Socialiste) à accepter un écart vis-à-vis de la ligne socialiste traditionnelle (même si la réalité est bien sûr plus complexe que cela). Une hypothèse qu’il convient donc de relativiser.

Voir notre infographie : https://infogr.am/meilleur-candidat-du-parti-socialiste-pour-2017

La conférence de presse : la séquence Hollande

Alors que la possibilité d’une candidature alternative à gauche prend de l’ampleur, et que l’hypothèse Valls gagne en crédibilité, la question a été très explicitement posée par une journaliste de RTL, durant la conférence de presse tenue par le Président de la République ce jeudi :

“Est-ce envisageable qu'une rivalité s'installe entre vous et votre premier ministre ?”

Il s’en est suivi un regard mi-amoureux, mi-amusé, lancé par le Président à son Premier Minsitre, et par le Premier Ministre à son Président. Puis la réponse, sans équivoque, de François Hollande :

"Si vous regardez la vie politique tout est envisageable. Si vous regardez Manuel Valls et moi ce n'est pas envisageable"

François Hollande, qui a tenté durant toute sa conférence de presse de retrouver le contrôle d’une situation politique qui lui échappe depuis la rentée, affirme ici qu’il n’a pas l’intention d’être écarté dès maintenant de la course à sa propre succession et “demande à être jugé à la fin de (son) quinquennat". Ses proches, dont Najat Vallaud-Belkacem, affirment ainsi dans les médias que François Hollande est "le candidat naturel du Parti socialiste" pour l'élection présidentielle de 2017. La ministre de l'Education nationale ajoute même qu’elle n'a "pas de doute" sur le fait qu'il "se représentera". François Hollande, conscient de ses difficultés, ne renonce donc pas et laisse penser qu’il sera candidat à sa propre succession, en tant que président sortant.

Quant à l’hypothèse désormais confirmée d’un retour de Nicolas Sarkozy, auquel il s’attend de longue date, il se montre serein et parfaitement prêt à affronter son alter ego, et le renvoie à un simple rôle de  "candidat à la présidence d'un parti" d'opposition. Et pour cause : ce retour pourrait finalement être un parfait allié pour François Hollande, permettant de resserrer les rangs au sein d’une majorité qui s’éparpille. L’adversaire, désormais, aurait un visage, et les ressorts antisarkozystes de la campagne de 2012 qui ont propulsé François Hollande à l’Elysée pourraient aider à retrouver de la cohésion à gauche, à moins que le anti-hollandisme ne soit déjà ancré trop profondément chez ses électeurs de 2012… “Pas facile” de savoir de quel côté la balance finira par pencher.

Le retour : la séquence Nicolas Sarkozy

Modernité, renouveau, rassemblement : voilà en substance ce que Nicolas Sarkozy a voulu faire passer comme message dans sa tribune publiée sur Facebook.

Une volonté qui transparaît jusque dans le choix des médias employés pour son retour : moderne, en utilisant les réseaux sociaux (Facebook et Twitter en même temps), transpartisan, en contournant les médias traditionnels souvent teintés politiquement. Le choix des réseaux sociaux est également intéressant car il entre inévitablement en résonance avec la conférence de presse de François Hollande, la veille. Ce n’est peut-être pas un hasard si Nicolas Sarkozy a choisi ce publier sa tribune précisément 24 heures après le début de la conférence de presse de son successeur : en utilisant les nouveaux médias comme support principal de la communication, il entre en contraste avec l’exercice télévisé figé et quasi-inchangé depuis le Général de Gaulle auquel a dû se plier François Hollande.

Il est donc d’ores et déjà rentré dans une bataille de communication en vue de la présidentielle, avant de n’entrer très prochainement dans une bataille de fond, dans laquelle il veut (de nouveau ?) incarner une rupture dans le champ politique.

“C’est au terme d’une réflexion approfondie que j’ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique.”

Or ce nouveau choix politique s’incarnera, on s’en doute bien à voir la teneur de son message, au-delà d’un simple parti politique (dont il veut changer le nom, le sigle UMP n’étant pas mentionné une seule fois dans sa tribune). Nicolas Sarkozy, qui refuse de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France”, a en effet publié à ce qui ressemble par certains aspects à un discours de campagne présidentielle :

“On ne fait rien de grand sans l’unité de la nation. On ne fait rien de grand sans espérance, sans perspective.”

 

Cette séquence de candidature à la tête d’une famille politique qui est en réalité une candidature à la présidence de la République se poursuivra encore quelques jours, en inondant littéralement les médias, d’abord avec une interview dans une “édition spéciale” du journal télévisé de 20 heures de France 2, puis avec le lancement d’une campagne dans lauqelle il s’engagera “à 2000%” comme le répètent ses proches, à l’image de Brice Hortefeux.

Pour résumer, cette semaine riche en actualité politique et lourde de sens a vu s’afficher les prémices d’une élection présidentielle qui ne se déroulera que dans deux ans et demi. C’est donc dans une longue course que s’engagent ses participants, pour qui le but est clair : prendre une longueur d’avance sur les autres candidats (déclarés ou non). Au risque de ne s’épuiser trop vite ?

François d’Estais @fdestais

Dessin de la semaine : Les spin doctors de Nicolas Sarkozy

La social-démocratie française existe-t-elle ?