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La social-démocratie française existe-t-elle ?

ANALYSE

Lors du dernier remaniement, le remplacement du ministre de l’économie Arnaud Montebourg par Emmanuel Macron a été la principale surprise. Pour illustrer la distance idéologique qui sépare l’ancien ministre du nouveau, l’ouverture du discours de Macron est on ne peut plus révélatrice :  « Quand les gens sont de mon avis, j'ai l'impression de m'être trompé » a-t-il entamé, avant d’ajouter : « Tu m'as rassuré au quotidien ».

Avec Arnaud Montebourg, c’est toute une frange gauche du parti socialiste qui a été évincée du gouvernement. Seule Christiane Taubira fait figure de rescapée, mais les liens qu’elle maintient avec les frondeurs et une grande partie de la gauche la rend justement intéressante aux yeux du président. Toutefois, avec une majorité de ministres de la gauche modérée au gouvernement, le qualificatif peu entendu en France de “social-démocratie” commence à s’imposer.

Dans notre pays pourtant, l’appellation « social-démocratie » n’a jamais recouvert de sens concret, contrairement à l’Allemagne où la scission des gauches avait clairement fait apparaître un tel mouvement par opposition aux communistes. Comment définir cette notion et assiste-t-on à son émergence en France ?

Petit historique de la “social démocratie” en Allemagne

 

  • Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, à la tête du mouvement spartakiste créent alors l’USPD qui deviendra le parti communistes. Dans les année 1920, le parti communiste appelait les sociaux démocrates “sociaux-traîtres” et le refus d’une alliance en 1933 sera une des causes de la victoire d’Hitler aux élections.

Qu’est-ce qu’un “social démocrate” ?

  • Les sociaux-démocrates revendiquent des valeurs modérées, penchant vers le réformisme plutôt que vers la révolution marxiste et s’intégrant dans l’économie de marché.
  • En Allemagne –puisque c’est le pays référence en la matière- la social-démocratie a donné les conventions collectives à la base du « capitalisme rhénan », avec à la clé l’institution d’un dialogue apaisé entre patronat et syndicats.

Manuel Valls, applaudi par le Medef, il y a quelques jours de cela s’oriente-t-il vers ce type de politique ?

La France et son gouvernement correspondent-ils alors vraiment à une social démocratie ?

Si l’on ne voyait que la partie émergé de l’iceberg qu’est le gouvernement Valls II, la face exposée aux tourbillons médiatiques (vous aurez compris que l’on parle du ministère de l’économie, au centre de la tourmente) la réponse à cette question est un oui sans condition. François Rebsamen a même semblé enfoncer le clou quand il a annoncé un contrôle renforcé des chômeurs le 2 septembre, allant à l’encontre de tout ce que la gauche avait prônée en la matière par le passé.

Cependant, il ne faut pas oublier la partie immergée de l’iceberg que constituent par exemple Christiane Taubira, Harlem Désir ou encore Ségolène Royal. Si Harlem Désir, secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, chargé des Affaires européennes, n’a pas une fonction suffisamment importante dans le gouvernement pour pouvoir prétendre en infléchir la ligne, les cas de la première et de la dernière sont plus problématiques.

Christiane Taubira, en allant rendre visite aux frondeurs, s’est elle même placée dans une position instable pour ne pas dire intenable. Ségolène Royal, malgré sa discrétion, doit se sentir quelque peu isolée dans un gouvernement ne comprenant aucun ministre affilié à son courant au sein du PS, “Désirs d’Avenir”, depuis le départ par exemple de Delphine Batho, Dominique Bertinotti, de Guillaume Garot. Des ministres “royalistes” pourtant omniprésents au gouvernement en 2012 il ne reste plus guère que Harlem Désir, secrétaire d’état aux affaires européennes. Quant à Najat Vallaud Belkacem qui était très proche de Ségolène Royal, son rôle de porte-parole du candidat Hollande en 2012 l’a éloignée de son cercle rapproché.

Ce gouvernement montre ce que l’on savait déjà à propos du président Hollande : son incapacité à trancher et à faire des choix assumés jusqu’au bout. Mais on ne peut nier une orientation courageuse sur le plan économique avec en ligne de mire la réduction du déficit, le « déverrouillage » des 35 heures et l’encouragement de l’entreprenariat (ce à quoi le Medef ne s’est pas trompé).

L’idée du président est peut-être, tout compte fait, de mêler une politique marquée à gauche sur la plupart des ministères régaliens (justice, éducation…) à une politique économique plus libérale, ménageant ainsi son électorat, tout en mettant en œuvre des réformes salvatrices pour une économie à l’arrêt. Il innoverait ainsi en prenant une sorte de « troisième voie » propre à sa présidence. La marque Hollande.

Ghislain Lunven @glunvendc

Image d'en-tête : « François Hollande (1) » par Remi Jouan — Photo taken by Remi Jouan. Sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0-2.5-2.0-1.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fran%C3%A7ois_Hollande_(1).JPG#mediaviewer/File:Fran%C3%A7ois_Hollande_(1).JPG

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