Femmes de Présidents, qui êtes-vous ?


ANALYSE


« Derrière chaque grand homme, il y a une femme ». Ce dicton, souvent attribué à Talleyrand nous rappelle le rôle prédominant joué par ces femmes de l’ombre, épouses d’hommes de pouvoir, qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie privée -et souvent aussi professionnelle- pour se mettre au service de la carrière de leur conjoint, quitte à en oublier leurs propres ambitions personnelles.

Mais qui sont-elles ? Quels rôles jouent-t-elles ? Comment arrivent-t-elles à assumer leur statut nouveau dans un monde de communication ?

Aucune reconnaissance juridique

Le rôle de « Première Dame » n’est pas institutionnalisé. En effet, cette dernière n’étant pas élue démocratiquement par le peuple français, elle ne possède aucune légitimité et donc aucun pouvoir.

Ainsi, on pourrait très bien imaginer un Président sans compagnon, ou, à l’instar de la chancelière allemande Angela Merkel, une femme présidente (Ségolène Royale au 2e tour des élections de 2007), voire encore un dirigeant sans épouse officielle ou même à l’avenir un président homosexuel. Le terme de « Première Dame » perdrait alors tout son sens, dans une situation où aucune personnalité adéquate ne sortirait du lot. Il y a donc ici un cas de non existence juridique - la seule mention admise de sa légitimité étant l’article 19 de la loi du 3 avril 1955, assurant qu’en cas de décès du Président, la moitié de sa retraite soit reversée à sa veuve ! -

Néanmoins, la question d’une telle reconnaissance s’est posée, notamment lors de la présidence Chirac, où Bernadette prenait part activement à la carrière de son mari. Elle refusa cependant de voir ce rôle institutionnalisé dans les textes.

« Un statut ? Pourquoi ? Il faudrait les élire, alors, les femmes de chef de l’Etat » 

« Chaque épouse de chef de l’Etat crée elle-même, par rapport à sa personnalité, à ses goûts, la place qu’elle veut occuper »

- Bernadette Chirac

Le rôle d’épouse de l’homme le plus puissant du pays reste donc indéfini aux yeux de la loi et c’est donc à chaque femme de s’assumer et de jouer le rôle qu’elle entend.

Elle n’est par ailleurs soumise à aucun devoir de « secret d’Etat », à l’inverse du Président, comme le prouvent les révélations de l’ « ex-Première Dame » Valérie Trierweiler dans Merci pour ce moment. On peut également noter qu’aussitôt séparée du Président cette dernière a été rayée de l’organigramme gouvernemental, dans les minutes qui ont suivi le communiqué du site de l’Elysée. Elle ne bénéficie alors plus d’aucun avantage, situation comparable à un « licenciement pour faute grave » de son poste de Première Dame.

 

Différents profils de femmes (de) politiques

La vie privée du Président de la République étant tellement épiée et commentée par les médias, il parait impossible pour une épouse de se cacher aux yeux de tous et de ne pas donner une ligne de conduite à sa vie politique.

Ainsi, on peut définir deux archétypes de la femme moderne de Président :

  • La première, à l’instar de Carla Bruni ou de Valérie Trierweiler, refuse de prendre part à la pensée politique de son mari, de prononcer des discours ou de mener des débats d’idées. Soutien indispensable de son époux, elle ne vit dans la politique que par lui. La plupart d’entre elles gardent par ailleurs leur nom de jeune fille. Ainsi, Carla Bruni-Sarkozy se revendiquait de gauche –sans pour autant du PS- et est en faveur du mariage homosexuel et de leur droit à l’adoption, contrairement aux idées deféndues par la majorité du parti de son mari. Mais elle met son opinion de côté pour mieux défendre celle de son époux.

https://www.youtube.com/watch?v=Bz-sx4foseQ

  • La seconde s’investit pleinement dans la carrière de son mari, n’hésitant pas à prononcer des discours, comme Michelle Obama, et à prendre part aux débats et à commenter la vie politique de son pays. Cette tendance est plus présente aux Etats-Unis, mais elle ne s’y limite pas. On peut rappeler les prises de position osées de Danielle Mitterrand sur Fidel Castro ou l’appel de Bernadette Chirac pour un retour en politique de Nicolas Sarkozy. Celle-ci, plus impliquée prend généralement le nom de son mari, pour donner l’image d’un couple uni, où l’on élit non seulement l’homme, mais aussi la femme.

 

Ces femmes d’hommes politiques ne jouissant d’aucune reconnaissance juridique ni de légitimité démocratique, n’existent à l’origine que par le nom de leur mari. Souvent reconnues comme « épouses de X », certaines d’entre elles parviennent néanmoins à s’émanciper de cette influence et à mener elles-mêmes leur propre « mandat » de Première Dame.

C’est le cas par exemple de Bernadette Chirac, qui s’est beaucoup investi lors du premier mandat (elle dirige la Fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France et médiatise l’Opération des Pièces jaunes depuis 1994) et a grandement contribué à la réélection de son mari le 5 mai 2002.

Association d’intérêts

Le Président de la République, choisi par la majorité de ses concitoyens, jouit d’une aura et d’un statut inédits. Cette situation nouvelle est souvent difficile à gérer autant pour lui que pour sa femme qui découvre ses nouvelles maîtresses. Cette dernière doit alors prendre sur elle-même et fermer les yeux sur les agissements de l’homme qu’elle aime pour assurer la pérennité de sa carrière politique, et promouvoir l’image d’un couple uni et fort. On peut donc parler d’une association d’intérêts, une sorte d’association politique, où la femme couvre les actes temporaires de son mari et l’aide à garder une image respectable auprès des Français, en échange de la place à laquelle ils peuvent accéder ensemble (Première Dame et Président).

C’est ce que Valérie Trierweiler n’est pas parvenu à réaliser, craquant sous la pression médiatique.  En effet, cette dernière ne prenant que très peu part aux débats politique, n’a su endosser ce costume et surmonter cette difficulté, comme l’ont fait avant elles Jackie Kennedy, Anne-Aymone Giscard d’Estaing, Danielle Mitterand ou encore Bernadette Chirac - Bernadette souffrant en silence de la liaison de son mari avec une journaliste du Figaro, Jacqueline Bouvier alias Jackie Kennedy de la liaison de son mari avec la fameuse Marylin Monroe ou encore Danielle Gouze Mitterand de celle de son époux avec une conservatrice de musée.

 

Ces femmes de fort caractère ont su mettre de côté leurs ego pour maintenir la réputation de leurs époux, convaincues qu’il faut éviter le divorce pour s’assurer un avenir politique, en attendant des jours meilleurs. Elles veulent ainsi donner l’image d’un couple fort, uni et proche où règnent entraide et collaboration. Elles humanisent le Président, servent de modèles aux femmes ne pouvant se reconnaître dans une élite composée presque exclusivement d’hommes (aucune femme n’a dirigé la France jusqu’à aujourd’hui) et mettent leur forte popularité au service de leur mari, à travers des associations et projets caritatifs.

C’est pour cette raison qu’on a vu émerger des duos politiques indissociables, le premier d’entre eux étant John et Jackie Kennedy (qui sera le modèle de communication du couple Giscard d’Estaing), suivi plus tard par Jacques et Bernadette Chirac et encore aujourd’hui par Barack et Michelle Obama -qui n’hésite pas à prendre la parole pour défendre le bilan comptable de son mari.

Certaines de ces personnalités ont par ailleurs mené elles-mêmes leur propre carrière, comme Hillary Clinton, ex-« First Lady » de 1993 à 2001 sous la présidence de son mari Bill. Candidate aux primaires présidentielles du parti démocrate en 2008 (perdues face à Barack Obama), elle est secrétaire d’Etat des Etats-Unis jusqu’en 2013 (date à laquelle John Kerry lui succède). Elle se place actuellement comme l’une des favorites aux primaires démocrates en vue des élections présidentielles de 2016, même si elle refuse d’annoncer quelque candidature que ce soit pour le moment.

De même en France, Bernadette Chirac est la seule épouse de président à avoir exercé un mandat électif (exception faite d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing, conseillère municipale dans le Puy-de-Dôme). Conseillère générale de Corrèze depuis 1979, elle a été réélue à cinq reprises et encore récemment en mars 2011 avec 60% des suffrages au premier tour.

 

En définitive, le rôle de Première Dame à première vue ingrat, sans aucune reconnaissance juridique et sans réelle vie privée, peut être une formidable voie d’accès à la politique pour des femmes rêvant secrètement de pouvoir et de responsabilités, et pour des hommes de l’élite politique souhaitant apparaître plus humains et plus proches de leur électorat.

Cyriac Parisot

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