On recherche : Ministre à tout faire

OPINION

Samedi 23 août : dans un entretien accordé au journal Le Monde, Arnaud Montebourg se distingue par des déclarations à contre-courant de la politique économique du gouvernement – notamment la « réduction dogmatique des déficits » - et se positionne contre les orientations d’austérité imposées par l’Union européenne : « L’Europe est en train de se mettre dans une impasse. Il faut faire évoluer nos choix politiques ». Il appelle à changer de cap et à « hausser le ton » face à l’Allemagne. Benoît Hamon, ministre de l’Education, tient des propos semblables le lendemain dans Le Parisien. La crise est enclenchée.

Le lundi matin, la nouvelle tombe : Manuel Valls présente la démission de son gouvernement. Dans la journée, Aurélie Filipetti (ancienne ministre de la Culture), rejoint le duo « Hamontebourg » et, dans une lettre adressée au Président et au Premier ministre, estime que « le débat qui a été ouvert sur la politique économique est nécessaire et salutaire ».

Trente-six heures plus tard, le gouvernement Valls II est formé : les frondeurs ne se voient pas attribuer de nouveau poste.

Plusieurs changements, dans ce chassé-croisé des ministres, sont alors à noter :

  • Une volonté de rajeunissement des postes-clefs de l’exécutif : Emmanuel Macron, 36 ans, fait son entrée au ministère de l’Economie et de l’industrie, tandis que Najat Vallaud-Belkacem (36 ans, ancienne ministre des Droits des Femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports) accède au poste numéro 4 dans l’ordre protocolaire du gouvernement – le ministère de l’Education nationale.
  • Une volonté de libéralisation de la politique générale menée par Valls : M. Macron, passé banquier chez Rothschild, promet de prendre des mesures radicales pour redresser économiquement la France. Le jour de sa nomination, Nadine Morano fera remarquer sur Twitter les paroles prononcées par François Hollande au Bourget (aujourd’hui devenues caduques ?) : « Mon ennemi, c’est le monde de la finance ».
  • Une volonté d’affirmer la parité politique : 8 femmes et 8 hommes ministres constituent le nouveau gouvernement, et l’on note que Mme Vallaud-Belkacem est la première femme nommée à l’Education nationale. Souvenons-nous qu’en juin 1936, le gouvernement français comptait pour la première fois des femmes en son sein … Bien du chemin a été parcouru depuis.

Mais le constat le plus navrant n’est pas nouveau : il s’agit de l’effarante – et accablante - interchangeabilité des ministres, c’est-à-dire leur capacité (supposée) à exercer n’importe quelle responsabilité dans tous les champs qu’il est nécessaire de gouverner, et ce quelle que soit la nature de leurs études ou leur niveau de compétence dans le domaine ministériel auquel ils sont affectés.

Ainsi, certains exemples seront édifiants : Fleur Pellerin (bachelière à 16 ans, ESSEC, Sciences Po, ENA), membre du gouvernement depuis 2012, a d’abord géré le numérique, puis le commerce extérieur, et est maintenant ministre de la Culture et de la Communication. Peut-on voir un rapport direct entre ces trois fonctions ? Un travailleur sur le marché « normal » pourrait-il passer d’ingénieur du numérique à commercial à professeur d’art contemporain ? J’en doute.

Les ministres « polyvalents » sont légions. On pourra également citer Ségolène Royal (ministre de l’Environnement (1992-1993), ministre déléguée à l’Enseignement scolaire (1997-2000), ministre déléguée à la Famille (2000-2002)…), Michel Sapin (ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat (2000-2002), ministre du Travail et de l’Emploi (2012-2014) puis ministre des Finances dans le gouvernement Valls), ou encore Alain Juppé, successivement ministre des Affaires étrangères (1993-1995), ministre de l’Ecologie (2007) puis ministre de la Défense (2010-2011).

Enfin, on remarque aussi les anciens qui s’accrochent à leur carrière politique, comme c’est le cas de Laurent Fabius. Ministre sous François Mitterrand (Economie, Industrie, Premier ministre), il est revenu en force au gouvernement de François Hollande en 2012, au ministère des Affaires Etrangères.

En analysant ces parcours tous plus brillants les uns que les autres, on peut en déduire ceci : s’il est primordial que la politique soit un métier (« être homme ou femme politique »), il est inacceptable que nos politiciens soient des « politicards » de carrière, incapables d’innovation politique, sacrifiant le bien commun à leurs propres intérêts professionnels. On note d’ailleurs un problème récurrent en France : le décalage entre la sphère politique et le monde du travail et de l’entrepreneuriat, qui vient sans nul doute de l’absence d’expérience significative dans le monde de l’entreprise de nos élites dirigeantes.

La « professionalisation » de la politique ne veut pas dire qu’il faut privilégier « l’énarchie », au contraire. Je me révolte à l’idée qu’une personne, une fois ayant prouvé sa valeur académique, puisse ensuite accéder à tous les postes qu’il souhaite et même le choisir sans demander l’avis de personne (tandis que dans une configuration normale de marché, c’est l’employeur qui sélectionne son employé, et non l’inverse). Je plaide simplement pour des personnes compétentes dans leur métier, auxquelles on attribuerait une tâche en phase avec leurs qualifications.

Il y a bien une exception française en toute chose, à commencer par la profession de politicien. Peut-être serait-il judicieux pour l’avenir du pays de mettre en place, d’une part, des ministères à dénomination fixe, et d’autre part de « professionaliser » les ministres en les recrutant selon leurs compétences, et non selon leurs diplômes ou leur capacité à véhiculer une image positive du gouvernement en place.

Violaine Lulin @Vayolin_

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