L'UMP ne répond plus

OPINION

Drôle de période à l’UMP. Le bruyant bal des boules puantes a laissé place au grand silence des vacances, après une séquence où le parti d’opposition était une fois de plus au bord de l’implosion. En vérité, l’UMP vivote depuis maintenant deux ans, sans idée, sans vision et sans proposition pour inventer la France de demain. Elle n’incarne plus rien et n’est incarnée par personne. Sous Jean-François Copé, l’UMP subsistait, s’illustrant de plus en plus comme une droite conservatrice, repliée sur elle-même, plus tournée vers ses succès électoraux que vers les électeurs. Elle bondissait sur chaque occasion pour demander de façon grotesque et grossière la démission des ministres.

L’UMP est désormais à l’ère glaciaire, paralysée en attendant le congrès de l’automne. Un tombeau vide au sommeil si profond que personne ne voit par quoi il pourrait être troublé. L’instauration du triumvirat n’a pas permis de combler le vide idéologique et politique qui s’était formé sous la présidence de Jean-François Copé, et tous se regardent en chiens de faïence, attendant le prochain coup politique qui permettra à l'autre de prendre l'avantage. Une victoire du Front National aux dernières élections n’a pas suffi, que faut-il désormais ? On se demande même si cette ère d’inactivité et de panne politique ne pourrait pas se prolonger jusqu’au retour de l’homme sauveur, ce Nicolas national aux allures de héros se battant chaque jour contre les méchants juges qui veulent sa peau. Les dossiers judiciaires qui s’accumulent contre lui apparaissent aujourd’hui comme une muraille infranchissable, dont la hauteur décuple à chaque fois que ce retour se précise.

En plus d’être inexistante sur un plan politique et idéologique (je mets quiconque au défi de définir en une phrase et de façon claire l’orientation du parti), la gestion de l’UMP ressemble à un bras d’honneur permanent à ses militants. Même des élus UMP (nombreux) ne paieraient pas leur cotisation au parti. Les révélations et les affaires s’accumulent, qu’il s’agisse du salaire exorbitant de Geoffroy Didier en tant que conseiller de M. Hortefeux, des factures de téléphones démentes de Rachida Dati (10 000€/an, d’après Le Canard Enchaîné), ou du Sarkothon, qui aura finalement servi à rembourser un parti incapable de gérer ses dépenses (ou de les dissimuler), si les informations concordantes de la presse se révèlent exactes.

Je pense à ces Français qui, pour ne pas voir s’éteindre un mouvement politique et maintenir la pluralité du débat d’idées, ont donné pour le « Sarkothon ». Ils se retrouvent aujourd’hui humiliés par les révélations de la presse et incapables de retrouver dans le débat cette voix qu’ils voulaient préserver. 

Je pense à ces Français qui espéraient trouver, en plaçant un bulletin UMP dans les urnes, une opposition intelligente, solide et claire.

Je pense à ces Français inquiets pour l’avenir de leur pays et de leurs enfants, qui aimeraient voir des décisions politiques et des débats d’idées qui répondent à leurs préoccupations. 

Au lieu de cela, une guerre d’ego, grandiose mais vaine, emplie de haine et se trompant de direction.

Le constat ne doit certes pas s’appliquer à tous les élus et responsables politiques de droite. Nombre d’entre eux, profondément intègres, font au quotidien un travail remarquable dans un souci d’intérêt général, notamment au niveau local. Nombre d’entre eux ont un réel engagement politique pour des valeurs et des convictions qu’ils ont le courage de défendre en dépit du climat délétère qui domine le jeu politique.

Malheureusement, la direction de l’UMP, ses cadres parisiens en particulier, ont totalement détruit la confiance des militants et perdu le sens de leur action. Du moins ils n’arrivent plus à la communiquer. Si la communication ne doit pas devenir une fin en soi, elle doit cependant exister pour transmettre des idées.

Un boulevard immense s’était ouvert avec l’échec progressif de François Hollande. Il a été comblé par une guerre sans merci à la poursuite de la primaire de 2016, qui désignera un candidat à la présidentielle pour l’UMP (si le parti existe toujours d’ici là). Ces primaires, ce poison de l’intérieur qui accroit les tensions entre les leaders du parti et les place en adversaires, ont transformé le parti de la rue de Vaugirard en un immense baril de poudre prêt à imploser. Ce sont leurs prémices qui se jouent sous nos yeux.

Et c’en est désolant. Pas pour l’UMP. Pas pour la droite. Pour la France entière.

François d'Estais @fdestais

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