Pourquoi les hommes politiques se passionnent pour le football

ANALYSE

Nicolas Sarkozy est un fidèle des tribunes du Parc des Princes lors des matchs du PSG. François Hollande regarde en direct chaque match de l’Equipe de France sur le grand écran qu'il a fait installer au Palais de l'Elysée. François Rebsamen, ministre du travail, prépare un livre sur l'histoire politique de ses Coupes du monde. Mais qu’ont-ils tous à se passionner pour le football ? Pourquoi nos hommes politiques semblent-ils accorder une si grande importance au ballon rond ?

Durant cette Coupe du Monde, on peut voir de façon spectaculaire la récupération systématique (ou les sincères félicitations, selon l’interprétation que l’on en donne) que font les hommes politiques de chaque victoire de l’Equipe de France de football. Un moyen de montrer sa proximité avec les Français ? Une façon de rassembler un peuple de plus en plus déchiré sur le plan politique ? Une tentative de créer un climat d’apaisement ? Peut-être… Toujours est-il que François Hollande s’est empressé de tweeter ses félicitations à l’Equipe de France dès sa qualification pour les quarts de finale de la Coupe du Monde :

https://twitter.com/fhollande/status/483671161390501888

Il avait par ailleurs rendu visite aux joueurs avant leur départ au Brésil, et depuis il appellerait le sélectionneur de l’Equipe de France après chaque match, d'après  Le Parisien du 24 juin dernier.

Cette attention toute particulière n’est pas innocente : François Hollande a en mémoire le large regain de popularité de Jacques Chirac en 1998 suite à la victoire de l’Equipe de France. Jacques Chirac avait alors gagné quinze points et Lionel Jospin dix points dans le baromètre Ipsos-le Point, réalisé le jour et le lendemain du match France-Italie (en quarts de finale). La fièvre footballistique avait alors créé « un climat d'union nationale » rapporte l’Ipsos. Une preuve que leballon rond peut avoir des incidences sur le monde politique, et c’est là une bonne raison pour la classe politique de s’y intéresser. Comme l’expliquait alors Roland Cayrol, politologue :

« Chaque fois qu’il y a un sentiment d’enthousiasme collectif pour un événement, ça aide à tout voir en rose, y compris les décideurs politiques. Plus profondément que ça, il y a le sentiment que les choses vont plutôt mieux en France. »

https://www.youtube.com/watch?v=2qDpA4roLRo

Et pourtant, en 1998, à la même époque, le taux de chômage frôlait les 11%… Ca ne vous rappelle rien ? François Hollande n’hésite donc pas à filer des métaphores entre le football et la situation politique de la France, comme le 24 juin dernier :

« Vous savez dans la vie sportive comme politique il faut prendre les étapes les unes après les autres. J'en connais qui parlent déjà de la finale, et puis qui sont écartés dès les huitièmes. Vaut mieux être prudents mais savoir où nous allons »

Une métaphore qu’il avait déjà commencée à l’issue de la qualification de l’Equipe de France pour le Mondial, en novembre 2013 :

« C'est une victoire de l'équipe, d'une équipe qui s'est battue, de la première minute jusqu'à la dernière. Qui y a cru, qui s'est rassemblée. Les victoires en ce moment on les goûte particulièrement. On dit, cette équipe, elle n'y arrivera pas, elle ne peut pas y arriver. Elle y est arrivée. Et nous montre un exemple. Il faut y croire. »

Bien entendu, il ne faut y voir aucun message subliminal de la part du Président de la République...

Cependant, Bruno Le Maire n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de faire des métaphores :

« C’est une équipe qui est simple, qui ne se la ramène pas, qui ne se la joue pas. Ça change avec ce qu’on a connu par le passé ! Et puis il y a une très grande sérénité, (…) Il n’y a pas de personne starifiée, (…) c’est un vrai esprit d’équipe et c’est comme ça qu’on gagne. »

Simplicité, sérénité, esprit d’équipe… Son portrait craché, en somme ?

Nicolas Sarkozy était intervenu durant le fiasco qui se déroulait lors de la Coupe du Monde de 2010 : il avait personnellement demandé à Roselyne Bachelot, alors Ministre des Sports, de se rendre en Afrique du Sud pour apaiser une situation qu’elle avait alors qualifiée de « désastre moral ».

Surtout, l’ex-président est un fier supporter de l’équipe du Paris Saint Germain. Récemment, le documentaire Campagne intime portant sur sa campagne présidentielle en 2012, le montrait regardant, à son domicile, un huitième de finale de la Coupe de France Dijon-PSG, quelques heures avant… D’annoncer sa candidature ! Sa passion pour le club ne se dément décidément pas. Il avait même fait l’objet d’un article de L’Express expliquant qu’il pourrait devenir président du club s’il ne revenait pas en politique ! Un article qui n’avait rien d’humoristique, et qui montre bien les collusions entre ces deux univers. En mai dernier, il lançait même à des élus qu’il recevait :

« Les journalistes me demandent souvent si je veux devenir président du PSG. Mais les mecs n'ont pas compris : je suis déjà président du PSG! Ils n'ont qu'à venir voir au Parc, Nasser me place systématiquement à côté de lui, juste à côté du président du club adverse » (L’Express)

 

Qui voyait-on, aux côtés de Nicolas Sarkozy lors de la finale de la Coupe de France ? Un certain Manuel Valls, depuis devenu Premier Ministre.

Lui aussi fait partie des politiques qui suivent de près le football, et qui a des attaches familiales avec ce sport :

« Le Barça, c’est mon club. C’est le cousin germain de mon père qui a écrit la musique de l’hymne du Barça. (…) Mes premières sensations politiques ont un lien avec ce club, le clasico Real Madrid-Barcelone, c’était et ça reste une confrontation politique, culturelle. J’ai pas mal joué quand j’étais gamin. J’étais un avant-centre aux pieds carrés. »

 

Bien d’autres exemples pourraient être cités : François Rebsamen, qui prépare un livre sur les Coupes du Monde. Luc Chatel, aujourd’hui secrétaire général de l’UMP, se disaiten 2010 « passionné de foot » et expliquait qu’il jouait « milieu récupérateur » dans sa jeunesse. Récupérateur, vraiment ? 

http://www.dailymotion.com/video/xczs29_luc-chatel-et-sa-passion-du-footbal_sport

On se souviendra aussi de la charge d’Arnaud Montebourg contre les maillots Nike de l’équipe de France de football fabriqués en Asie, ou des réactions de Marine Le Pen après les débordements qui avaient suivi très récemment la qualification de l’équipe d’Algérie pour les huitièmes de finale. 

En bref, chaque élément de cette Coupe du monde est l’occasion de réagir, de s’émouvoir ou de faire passer un message politique. Les responsables politiques, aptes à récupérer toute actualité, s’illustrent particulièrement dans ce sport populaire qu’est le football.

Mais la raison pour laquelle ils se passionnent pour ce sport est peut-être ailleurs… Et si nos hommes politique se reconnaissaient dans le football ? Après tout, un terrain de football n’est pas si différent du jeu politique… Un camp à gauche. Un camp à droite. Des joueurs luttant les uns contre les autres, se taclant parfois violemment pour atteindre leur but. Une opinion publique entoure cette arène et scrute, hurle, s’émeut à chaque action. Assis dans son fauteuil de la tribune présidentielle, Nicolas Sarkozy ne se voit-il pas trépigner sur le banc des remplaçants, attendant paisiblement son retour dans le jeu ? Installé à ses côtés, Manuel Valls ne s’imaginerait-il pas attaquant sur le côté droit ? François Hollande, dans son Palais de l’Elysée, ne se verrait-il pas en entraineur d’une équipe qui se doit de redonner espoir ?

L'espoir, et si c'était ce qui manque aujourd'hui le plus à notre pays ? Si une équipe de football en est capable, pourquoi pas des élus de la République ?

François d'Estais @fdestais

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