Interview du maire FN Marc-Etienne Lansade

Interview du maire FN Marc-Etienne Lansade

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Marc-Etienne Lansade, 40 ans, est le nouveau maire frontiste de Cogolin (Var), une commune de 11 000 habitants proche de Saint-Tropez. Il a remporté les élections avec 53,1% des suffrages devant le maire sortant, Jacques Sénéquier (DVD) en faveur duquel les candidats PS et UMP s’étaient retirés.

Parisien d’origine et homme d’affaires, Marc-Etienne Lansade s’est engagé en politique au Front National il y a deux ans seulement à l’occasion de l’élection présidentielle avant de connaître une ascension fulgurante. Sa première apparition publique avait marqué les esprits: le 28 février 2013, en pleine séance du conseil municipal, M. Lansade, encore totalement inconnu, s’assoit aux côtés des élus avant d’être logiquement écarté. Il commente: « C’était un coup: je voulais qu’on parle de moi. Ça a fonctionné. »

Il y a quelques mois, vous étiez encore quasiment inconnu en politique. Pourquoi vous être engagé en politique et pourquoi avoir choisi le Front National ?

Marc-Etienne Lansade lors de notre entretien

Je me suis engagé en politique pour passer d’un rôle de spectateur à un rôle d’acteur. Pendant toute ma vie, j’ai été consterné par l’action politique menée dans mon pays sans avoir eu ni le temps ni le courage de m’engager politiquement. Au Front National parce que encartédepuis près de vingt ans me semble-t-il et parce que, après l’élection de François Hollande et l’échec patent de la politique de Nicolas Sarkozy, il me semblait essentiel de proposer une forme de politique alternative.

Quelle a été la première mesure que vous avez prise à Cogolin et quels sont vos projets pour cette ville ?

Le premier projet est de rétablir la sécurité, c’est la raison pour laquelle j’ai engagé une politique de recrutement de policiers municipaux pour arriver à des effectifs cohérents vis-à-vis de la population cogolinoise aujourd’hui. Les premières mesures ont été essentiellement des mesures de gestion de l’urbanisme puisque l’urbanisme est un point absolument crucial. […] Et, pour l’anecdote, j’ai fait écrire « liberté, égalité, fraternité » sur la mairie, qui était absent et qui me semblait un élément important.

En quoi la gestion d’une ville par le Front National diffère-t-elle de la gestion d’une ville par un autre parti ?

Elle diffère pour plusieurs raisons. D’abord parce que nous sommes épiés et surveillés à longueur de temps, nous devons donc être particulièrement attentifs. Elle doit être particulièrement saine et surtout refléter notre volonté politique nationale. J’ai très clairement mené ma politique en expliquant que j’emploierai plus de fonds publics pour la sécurité des personnes et des biens plutôt que pour de l’argent par exemple pour le CCAS qui aujourd’hui est une forme d’assistanat auquel je veux totalement mettre un terme. Donc la gestion politique, la gestion quotidienne d’une ville est la démonstration d’une capacité de faire les choses différemment. Le choix des entreprises partenaires de ma ville est également important dans la mesure où je suis très attentif aux fournisseurs et au fait que mes fournisseurs fassent travailler des entreprises françaises avant des entreprises européennes et bien sûr avant des entreprises internationales.

Recevez-vous des directives ou des aides de l’administration du Front National ?

Absolument pas, nous sommes totalement indépendants. Le Front National peut mettre à notre disposition des aides si nous les sollicitons, mais il n’y a absolument aucune intrusion du Front National dans la gestion de nos villes.

Capture d’écran 2014-06-07 à 00.09.33La forte montée du Front National lors des élections municipales a pu donner lieu à un certain nombre de polémiques. Deux mois après, le climat est-il toujours aussi tendu à Cogolin et quelles sont vos relations avec les habitants et les autres formations politiques ?

Vous savez, aujourd’hui, quand je marche dans la ville, je crois que j’ai été élu à 90% à la Fidel Castro. Bien évidemment ce n’est pas le cas. […] Il y a une opposition qui est saine et naturelle de gens qui ne partagent pas mon opinion. Mais au-delà de quelques trublions probablement hors-la-loi et pour la plupart sans papiers qui ont essayé de mettre à mal mon élection le soir des municipales, aujourd’hui la sérénité règne dans la ville, je n’ai chassé personne. Il n’y a eu aucun changement administratif, les fonctionnaires sont en place, ils travaillent avec moi, d’une façon un petit peu différente, beaucoup plus moderne que mon prédécesseur, mais il n’y a pas d’opposition. Et nous verrons demain à l’occasion des élections européennes l’influence des politiques locales sur les élections plus importantes.

On a souvent assisté dans le passé à la monté de mouvements d’extrême-droite qui ont disparu rapidement. A votre avis, aujourd’hui, le succès du Front National est-il encore l’un de ces phénomènes momentanés ou est-il révélateur d’une crise plus profonde ?

Le fait que vous qualifiiez le Front National de mouvement d’extrême-droite est probablement excusable par votre jeune âge mais est la démonstration d’une faible connaissance en politique. […] Mais le Front National est né il y a quarante ans, donc si pouvez parler d’un mouvement éphémère… Je pense que par rapport à votre courte existence, ce n’est déjà pas mal. Le Front National n’est absolument pas un mouvement d’extrême-droite, c’est un terme utilisé par ses détracteurs qui souhaitent mener une politique européiste dont nous nous détachons parfaitement. On ne passe pas de 25 à 35% juste parce que les gens changent d’opinion, mais parce qu’une certaine partie de la gauche par exemple  a pu nous rejoindre parce que nous nous retrouvons sur des valeurs de souveraineté nationale. Aujourd’hui il y a une grande différence politique avec les mouvements comme l’UMP et le parti socialiste qui ont participé à cette folle construction de l’Europe ultralibérale, en dépit du bon sens. L’Europe aurait dû être construite fiscale et sociale, et certainement pas économique et financière comme elle est construite aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle tous les peuples européens sont la victime de cette construction européenne. Et ceux qui sont souverainistes, qui sont pour l’Europe comme je le suis mais contre l’Union Européenne telle qu’elle a été construite, rejoignent ou les rangs du Front National ou, pour une infime partie, le Front de Gauche avec Robespierre-Mélenchon, mais tous les gens un peu sérieux viennent rejoindre le Front National pour mener ce combat qui est un combat de souveraineté nationale, d’unité nationale.

Que pensez-vous de cette décision de l’un de vos confrères de ne pas commémorer l’abolition de l’esclavage ? Est-ce que vous aviez l’intention de faire la même chose dans votre ville ?

Je n’ai pas pour habitude de juger les comportements des uns et des autres, cela me parait être une polémique sans aucun intérêt. Bien évidemment cette commémoration aura lieu dans ma ville. Je pense que Marine Le Pen et Marion Le Pen qui se sont exprimées sur le sujet se dissocient de ce genre d’initiatives. Mais je ne connais pas les détails du sujet, je ne sais pas quelle était cette célébration, je suis très loin de ce genre de polémiques.

[…]

Pourquoi avez-vous pris la décision de revaloriser vos indemnités d'élu alors que vous vous étiez engagés pendant votre campagne à réduire les coûts de fonctionnement de la ville?

Ce n’est pas moi qui ai décidé de ce changement d’indemnités mais la directrice générale des services, puisque notre ville est passée de moins de 10 000 habitants à plus de 10 000 habitants, ce qui fait que par une règle de trois assez simple que même une jeune étudiante peut réussir à comprendre, mes indemnités sont passées à une strate supérieure, mais le taux n’a pas été changé. De même, on a parlé de mes frais de représentations, alors qu’ils sont les plus misérables de toutes les communes avoisinantes. On a passé sous silence le fait que je renonce à mes véhicules de service, etc, etc. Et bien évidemment mes indemnités sont par rapport aux villes comparables et aux strates équivalentes absolument minables. Mais évidemment cela excite un petit peu des journalistes de bas étage incompétents et juste en manque de sensations de raconter des histoires de cette nature, ce qui est à des années-lumière de la réalité.

Que pensez-vous de cette phrase prononcée par Jean-Marie Le Pen en votre présence : «Monseigneur Ebola peut régler en trois mois l’explosion démographique dans le monde » ? Ne pensez-vous pas que cela donne une mauvaise image du Front National ?

Vous voyez là une représentation du travail journalistique bas de gamme : M. Jean-Marie Le Pen, puisque j’étais, me semble-t-il, le seul et unique témoin, n’a jamais tenu un propos de cette nature. […] A la fin d’une discussion longue de géopolitique dont je vais vous épargner les détails, M. Jean-Marie Le Pen a conclu sa phrase en me disant que, de toute façon, Monseigneur Ebola peut régler le problème en… Je ne sais pas si c’était régler le problème en trois mois, mais en fait c’était sa volonté de manifester son incertitude sur l’avenir et que, même si nous faisons des plans sur la comète et des plans très détaillés, dans trente secondes une météorite peut venir s’écraser sur nous, les petits hommes verts peuvent débarquer, la grippe espagnole peut venir nous décimer et que de toute façon nous ne maitrisons pas tout d’une façon aussi structurée et intellectualisée qu’on peut l’espérer. Donc sortir cette phrase de son contexte… Vous voyez, vous reprenez des nouvelles de l’AFP… Non, vous ne reprenez même pas des nouvelles de l’AFP : vous reprenez des propos de journalistes qui ont eux-mêmes repris des propos de l’AFP, donc vous ne savez absolument pas de quoi vous parlez, et vous relayez des ragots un petit peu comme votre nouvelle génération passe des informations sur les réseaux sociaux sans bien évidemment s’assurer de ses sources, ce qui est la preuve d’un problème journalistique assez considérable.

Entretien réalisé le 24 mai 2014 par Diane Richard

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