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Face aux Etats-Unis, la position hésitante des hommes politiques français

« Il est facile pour moi de réussir en politique étrangère. Je regarde ce que font les Américains et je fais le contraire. » Jaques Chirac, en prononçant ces mots devant Tony Blair et Gerhard Schröder, résume assez bien une règle de diplomatie souvent vérifiée depuis 1945. Cependant, c’est ce même Jaques Chirac qui, le mercredi 19 septembre 2001, survole le site de Ground Zero en hélicoptère à la demande du maire de New-York, faisant par la même occasion attendre le secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan. Mais la relation franco-américaine passait avant tout … jusqu’à ce que en 2003, la France tourne le dos aux Etats-Unis à propos de la guerre en Irak.

La relation franco-américaine est « un dialogue de qualité et de confiance » nous dit sur son site le ministère des Affaires Etrangères. En effet, peut-on se passer de ce soutien incontournable du monde occidental que sont les Etats Unis ? Mais à quel prix ? Nos représentants sont ils prêts à accepter d’être écoutés partout pour pouvoir conserver cette relation intacte ? Dès que des différends apparaissent entre nos deux pays, c’est la panique dans le monde politique, et la cohérence fuit à grands pas.

Face à la supériorité américaine, la première des règles valant pour tous les partis politiques semble être de dire que nous sommes aussi forts que les Etats-Unis. La France n’a jamais vraiment accepté de n’être pour les Etats Unis qu’un allié parmi tant d’autre. Elle a peut-être aussi moins accepté de devoir sa victoire dans les deux guerre mondiales à ces GIs venus de l’autre côté de l’Atlantique, dont nous commémorons aujourd'hui le souvenir (100 ans de la Première Guerre mondiale et 70 ans du débarquement en Normandie).

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Nous sommes aussi forts…

C’est ainsi qu’à l’ONU, qui reconnaît l’anglais et le français comme langues officielles, un employé est chargé de s’assurer que chaque document, bien sûr rédigé en anglais pour que tous le comprennent, soit aussi traduit en français. Nous sommes donc aussi forts.

Et il en a été de même pour les débats sur la guerre en Libye puis en Syrie : Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous deux tenu à montrer que la France était à l’origine de toute action, qu’elle était initiatrice. Nous sommes aussi forts ! Mais quand Barack Obama a abandonné l’idée d’intervenir en Syrie, François Hollande tempère peu à peu son discours, et l’idée d’une intervention est partie aussi vite qu’elle était venue.

Et il en a été de même lors du scandale Prism, révélé par Edward Snowden, dont certains demandent le droit d’asile en France : plus qu’un scandale diplomatique, c’est un électrochoc pour tous : les américains nous ont espionnés pendant plusieurs années, enregistrant des quantités gigantesques de données, et nos propres services ne l’ont pas détecté. Ils ont même poussé jusqu’à surveiller les ordinateurs des chefs d’Etat du G20. Alors que tous les autres pays européens ont préféré leurs intérêts à une opposition frontale aux Etats Unis, seule la France a fait plus que convoquer un ambassadeur, en demandant le report du début des négociations du traité transatlantique, s’écartant encore un peu plus des positions de Mme. Merkel. Encore une exception française…

La France semble aujourd’hui détenir une place qu’elle ne mérite pas dans le concert des nations : elle siège au conseil de sécurité de l’ONU avec deux des trois pays les plus peuplés au monde (la Chine et le Etats-Unis), elle possède l’arme nucléaire, alors que des pays bien plus peuplés ne l’ont pas, elle ne cesse de se dégrader économiquement alors que peu à peu, tous les autres pays se redressent. Notre présence sur la scène diplomatique semble surdimensionnée par rapport à notre véritable capacité d’action, et c’est à chaque fois une déception de voir que nous ne sommes pas écoutés : souvenons nous encore une fois de la volonté de François Hollande d’aller en Syrie quand les Etats-Unis ont fini par y renoncer.

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Réalité et chimères, l’impossible équation

C’est ainsi que nos dirigeants, de droite comme de gauche, lorsqu’ils sont confrontés aux Etats-Unis, ne peuvent que gentiment réprimander la première puissance mondiale par des discours solennels, presque jamais suivis par des actes conséquents. La relation franco-américaine n’est pas une relation d’égalité : comme le dit Ezra Suleiman, intellectuel américain passionné de la France, l’Amérique, « comme toute puissance dominante, ne demande pas à ses alliés de l’aimer, mais seulement d’être dociles et utiles ». De ce point de vue là, nos dirigeants n’ont pas de nombreuses possibilités d’action. D’un côté, les grands principes, et de l’autre la réalité.

Cependant, nous l’avons vu avec la guerre en Irak, les dirigeants français sont aussi capables d’agir à l’encontre des Etats-Unis.

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Mais il faut noter que la France avait derrière elle de nombreux autres pays, comme ceux d’Amérique du Sud, et qu’elle a beaucoup perdu en réputation aux Etats-Unis : une francophobie s’y est développée à un tel point que certains américains se filmaient en train de casser des bouteilles de champagne français en signe de désaccord. Lorsque Arnaud Montebourg avait pris à parti le PDG de Titan Maurice Taylor, on remarquera que ce n’est que lorsque ce dernier s’est effacé au profit des syndicats qu’un accord a pu être trouvé. Pour finir, aujourd’hui, dans le cas d’Alstom, il est intéressant de remarquer que le gouvernement n’a pas toujours été uni derrière Arnaud Montebourg, ce qui montre bien à quel points les dirigeants français sont démunis face à des entreprises américaines comme General Electrics dont les ressources sont incomparables à celles de l’entreprise françaises.

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L’avantage de ne pas gouverner, c’est que la réalité est moins contraignante : si une déclaration du Président de la République peut susciter des réactions à l’ONU, il n’en est pas de même pour tous les hommes politiques, et ceux-ci le savent bien.

Les Etats-Unis leur permettent de réveiller en nous la fibre patriotique éteinte : ce pays nous rappelle tous ce que nous voudrions avoir (industrie informatique, cinématographique, pétrolière, culture de liberté) ou tout ce que nous abhorrons (finance omniprésente, peine de mort, impérialisme). Ce qui torture le plus notre petite nation, c’est que son glorieux héritage lui est sans cesse rappelé, alors que les Etats Unis, eux, font étalage de leur puissance.

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Un argument politique

L’incapacité d’un gouvernement à prendre des mesures contre les Etats-Unis en raison de la supériorité étatsunienne est donc sans cesse utilisée par l’opposition pour remettre en cause la compétence de l’exécutif. C’est ainsi que Laurent Fabius faisant campagne contre Nicolas Sarkozy le qualifiait de « futur caniche du Président des Etats-Unis ».

Il est alors souvent d’usage pour l’opposition d’en appeler au « gaullisme ». Ce mot a un double intérêt : tout d’abord, il exprime une très haute idée de la France et de la Vème République, mais ensuite, il permet à n’importe quel homme ou femme politique mettre en valeur la justesse de son propos : puisque nous devons au Général notre place (aussi absurde soit elle) dans la diplomatie internationale, suivons sa doctrine et tout ira pour le mieux.

Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon, pour qui l’anti-américanisme est une religion, vont même plus loin : ce sont eux qui lors du scandale Prism demandaient que la France accueille Snowden. Ce genre de déclaration provocante ne saurait que plaire à leur électorat… Collez l’étiquette « atlantiste » sur n’importe qui, et il sera haï des deux partis. En effet, leurs arguments électoraux se basent sur la fierté française, sur la nostalgie et sur le fait que la France n’est moins forte que les Etats-Unis seulement parce qu’elle est mal dirigée. Avec eux, le « nous sommes aussi forts » se transforme en « nous sommes plus forts, ou en tout cas nous devrions l’être ». Chez eux, l’antiaméricanisme va au delà de la simple défense des valeurs française et des intérêts de la nation : c’est un rejet en bloc de toute la culture d’outre-Atlantique et un mépris constant pour le peuple américain.

C’est ainsi que le 22 mai dernier, les communistes ont demandé aux députés de voter pour « la suspension immédiate des négociations » du traité transatlantique, qui a agité la campagne des élections européennes, alors même que de nombreux domaines, comme celui de la culture, ont déjà été retirés des débats pour ne pas trop fâcher. Ce grand marché transatlantique est présenté par les extrêmes comme un cheval de Troie menaçant notre indépendance. M. Mélenchon va même jusqu’à déclarer :

« Ceux qui ont aimé le gros lourd de Titan vont adorer la suite de l’histoire. Ce genre de débiles sera bientôt chez lui en Europe. »

Aucune phrase n’illustre mieux ce qu’il pense des américains.

Avec la crise économique qui a touché profondément la France, l’essor des entreprises américaines notamment dans le secteur informatique, la puissance militaire et diplomatique des Etats-Unis, les nombreux débats internationaux sur des sujets comme l’Ukraine, la Syrie, ou l’ouverture des négociations sur le grand marché transatlantique, notre pays se trouve aujourd’hui confronté au problème d’une puissance américaine en pleine transformation, et le rapport que les hommes politiques ont avec les Etats-Unis fait de plus en plus partie intégrante de leur positionnement sur l’échiquier politique. Il semblerait cependant qu’aujourd’hui, toute prise de position constitue un risque, et qu’ainsi, mis à part les partis extrémistes, l’hésitation plus que la décision caractérise notre classe politique dans le rapport à adopter envers les Etats-Unis.

Rodolphe Grivet @rodolphegrivet

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