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Les handicapés : les oubliés du gouvernement ?

« La liberté d’aller et de venir ne peut pas attendre dix ans de plus ! » sermonne l’Association des Paralysés de France (APF). Ce coup de gueule intervient après l’annonce de l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 26 février dernier, de reculer le délai prévu par la loi d’égalité des chances de 2005, sur l’accessibilité des infrastructures aux personnes handicapées. Retour sur ce fait, qui semble déranger le gouvernement et témoigne d'un réel problème de volonté des pouvoirs publics...

Un des grands chantiers du président Chirac était de rendre accessible les espaces publics et les transports aux personnes handicapées. Dans cette optique, la loi du 11 février 2005 prévoit de réformer une autre loi datant de 1975, fondée sur le principe de non-discrimination et voulant approfondir la participation et l’intégration des personnes handicapées (aménagement des mairies, écoles, espaces culturels, voiries, transports, commerces, etc.). Selon le ministère de la Santé, on dénombre environ 5 millions de personnes handicapés en France (déficience physique, visuelle, auditive, mentale, cognitive) dont près de 2 millions de personnes à mobilité réduite et qui pourraient directement bénéficier de ces aménagements.  Un délai de dix ans est alors fixé afin de mener à bien ce projet.

Or, à moins d’un an de l’échéance, peu de changements sont à souligner. En effet, à titre d’exemple, 50% des écoles restent à adapter : sur 240 000 enfants handicapés, 110 000 sont accueillis en établissement spécialisés et non dans leur école de secteur. La vie quotidienne est également une épreuve à surmonter : 58% des réseaux de bus ne sont pas accessibles aux handicapés. Un résultat qualifié de « lamentable » par Marie-Arlette Carlotti, l’ancienne ministre déléguée aux personnes handicapées.

Mais malgré la prise de conscience de ce retard, le gouvernement a annoncé la mise en place de nouvelles modalités de la loi de 2005. Un dispositif, les « Agendas d’accessibilité programmée » (Ad’AP) prévoit d’accorder des délais aux acteurs concernés : 3 ans pour les commerces de proximité et les cabinets médicaux, 6 ans pour les maires, écoles et complexes hôteliers et 9 ans pour que la SNCF rende accessible son trafic ferroviaire. Ce projet de loi a été présenté le 9 avril dernier au conseil des ministres par Marisol Touraine, ministre des Affaires Sociales et de la Santé, et doit être adopté cet été.

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Face à ce découragement de la part de l’Etat, qui semble baisser les bras et reculer encore et encore devant les aménagements, permettant de faciliter la vie des handicapés, de nombreuses associations se sont soulevées, comme l’APF. Cette dernière, soutenue  par Philippe Croizon (premier athlète français amputé des quatre membres à avoir traversé la Manche à la nage), a fait partager une pétition sur le site change.org, à l’encontre du nouveau premier ministre Manuel Valls. L’APF souhaite ainsi alerter les pouvoirs publics sur l’importance de l’accessibilité des handicapés. L’association accuse également le gouvernement d’avoir cédé aux pressions de lobbies (fédérations et associations de professionnels de l’immobilier, du tourisme, de commerçants, d’architecte, de mairie, etc.) qui estiment que l’accessibilité est trop longue,  trop chère et trop contraignante à mettre en place… L’APF organisait hier un rassemblement, place de la République à Paris. Cette manifestation était l'occasion de donner la parole à 100 représentants de l'APF, venus de toute la France pour témoigner de la colère des personnes en situation de handicap face au manque d'accessibilité et aux nouveaux délais annoncés.

Ce sujet, assez peu relayé par les médias, montre l'abandon d'une classe politique bien plus préoccupée à améliorer la santé de ses sondages de popularité plutôt que celle de ses concitoyens. Les actions politiques tournées vers la dimension sociale seraient pourtant plus que jamais nécessaires, dans un contexte anomique et individualiste.

Valentin Faye

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