Pourquoi l'Europe divise l'UMP

    Dès le lendemain du 30 mars dernier, le compte à rebours électoral était relancé dans les états-majors des partis politiques. Les élections européennes qui auront lieu du 22 au 25 mai prochain, remplissent déjà les colonnes des rubriques politiques de nos journaux préférés. Les militants aussi sont sur le pied de guerre comme en témoigne la campagne d'affichage de l'alliance centriste UDI-Modem lancée le lendemain du second tour des élections municipales par un affichage sauvage dans les rues de Paris.

A l'UMP, après s'être réjouis de cette première victoire électorale, les ténors du parti  se sont réunis, mardi 15 avril afin d'approuver, lors d'un bureau politique , le texte définissant la stratégie à suivre pour ces élections européennes. Tous, sauf Laurent Wauquiez, ont donné leur accord quant à la marche à suivre pour le parti. Mais si le manquement du député-maire du Puy-en-Velay parait sans grande conséquence, il est le révélateur d'un débat profond qui agite militants et dirigeants de l'UMP. Lui qui veut revenir à une Europe des six ne se retrouve pas dans les propositions du parti pour les européennes, et il est critiqué au sein de son propre camp :

"Une idée stupide", selon Alain Juppé

 

"C’est pas sérieux ! Nous avons été au gouvernement, il était ministre des affaires européennes, c’est pas sérieux ! L’Europe des six c’est la CECA, c’est la communauté économique du charbon et de l’acier, c’est 60 ans en arrière, ce n’est pas responsable !" déclare aussi François Baroin

   En effet, M. Wauquiez n'est pas le seul à s'être placé en désaccord avec les positions du premier parti d'opposition. Il a signé avec Henri Guaino, dont l'intention est de ne pas voter UMP le 25 mai prochain, une tribune, publiée par le Figaro, très critique à l'égard de l'Union européenne. Soutenus par 37 autres députés de l'opposition, les deux hommes disent vouloir des "remises en causes profondes" sur l'immigration, la politique économique, monétaire ainsi que sur le fonctionnement institutionnel de l'UE. On peut ainsi y lire :

L'austérité aveugle qui détruit la croissance et creuse les déficits, ça ne peut plus durer.

Il nous faut maintenant tirer des conclusions politiques en rupture avec les atermoiements des dernières décennies.

Xavier Bertrand s'est lui fait remarqué dans une interview publiée dans le JDD du 13 avril, où il appelait l'UMP à une ligne claire et forte indispensable, selon lui, pour remporter ces élections.

Aujourd'hui, l'Europe ne fonctionne pas comme elle le devrait.

 (Sur Laurent Wauquiez qui prône le retour à l'Europe des Six)On ne s'en sortira pas en revenant cinquante ans en arrière! Ce n'est pas comme cela qu'il sera possible de construire l'Europe, soyons réalistes! Des erreurs ont été commises et il est nécessaire de les reconnaître et de les réparer.

 Sans oublier, au passage, de ne s'en prendre à ses amis de l'UMP qui jouent la division:

Si l'UMP a une ligne politique claire, nous gagnerons cette élection.

Enfin, Rachida Dati, en deuxième position sur la liste UMP  pour l’Île-de-France, faisait part récemment, sur Twitter, de son soutien à ces personnalités qui, par leur liberté de ton, mènent un débat constructif sur la question européenne.

https://twitter.com/datirachida/statuses/456439663167692801

   Ces prises de paroles contradictoires entre les ténors d'un même parti peuvent donner l'impression d'une grande cacophonie. On pourrait évoquer le retour d'une guerre des chefs, de la volonté de se différencier simplement pour exister dans le paysage politique. Mais ces différences de positions entre les dirigeants de l'UMP ne sont pas anodines. Elles sont le reflet d'une fracture profonde au sein du mouvement, principalement sur la question européenne et qui date de la création du parti.

   L'UMP a été fondée, en 2002 avec pour premier nom: "Union pour la majorité présidentielle". Sa mission était de rassembler toute la droite autour de la candidature de Jacques Chirac. Elle s'est surtout constituée à l'époque des anciens membres du RPR (Rassemblement pour la République) et de la grande majorité des élus de l'UDF (l'Union pour la démocratie française).  Cette convergence des forces de la droite et du centre-droit a paru logique car ces mouvements trouvaient dans leurs programmes respectifs de nombreuses prises de position communes. Excepté sur... l'Europe.

Sur ce point précis le désaccord était profond. En 1992 lors du référendum sur la ratification du traité de Maastricht,  l'UDF, le Parti socialiste et les dirigeants du RPR, à savoir Jacques Chirac et Edouard Balladur, firent campagne pour le "oui". Or une fronde menée par Philippe Séguin et Charles Pasqua faillit faire triompher le "non". Les militants du RPR suivirent massivement la consigne de vote de ces deux ténors du parti. Ce n'est que la forte implication du Président de la République François Mitterrand, qui permis au traité d'être ratifié.

    Ces deux partis dont les grandes voix se sont opposées sur la question européenne fusionnent donc 10 ans plus tard derrière un programme commun. L'UMP arrive à faire cohabiter en 2002, dans un même parti, la droite de Séguin et celle de Giscard d'Estaing. Pour se faire,  des sacrifices ont été nécessaires. Comme l'écrivait récemment Eric Zemmour, le mot d'ordre était le suivant: "Au RPR les places, à l'UDF les idées". On peut donc penser que l'UMP est aujourd'hui, en ce qui concerne l'Union européenne, un parti de droite avec un programme de centre-droit.

    Or depuis que le Modem et l'UDI ont décidé de faire campagne commune, cette situation est devenue intenable pour le parti de Jean-François Copé. Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont ainsi fait renaître l'espoir d'un grand parti centriste sur le modèle de l'UDF. Le centre-droit a trouvé dans l'Alternative un mouvement en adéquation avec ses convictions mais qui ne recueille que 10% des intentions de vote. Le fait est que le fédéralisme européen n'est plus à la mode ces temps-ci.

    L'UMP est donc face à un dilemme crucial. Amputée de son maigre électorat centriste elle pourrait partir à la reconquête de celui-ci, mais elle s'attirerait les foudres d'une majorité de ses sympathisants. L'autre possibilité serait de prendre acte de la séparation avec ses électeurs du centre. Avec ce poids en moins sur les épaules, le premier parti d'opposition pourrait alors assumer pleinement les idées de la "droite décomplexée" chère à Jean-François Copé. Armé ainsi il lui serait plus aisé d'affronter le Front National sur son propre terrain. Contrairement à ce que pensent les dirigeants socialistes, ce n'est pas la dérive droitière de l'UMP qui est à l'origine de la percée du parti de Marine Le Pen. Au contraire, c'est bien le manque d'un véritable parti de droite qui a permis au FN de s'affirmer sur la scène politique.

    A l'heure où certains sondages donnent l'extrême droite en tête des élections européennes, il est urgent que les dirigeants de l'UMP entendent ces petites voix qui bruissent au sein de leur parti et qu'ils aimeraient faire taire. Car il se pourrait que ces insupportables murmures soient en fait la voix de la raison.

Nicolas Orliac @OrliacN

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