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Rencontre avec Nicolas Dupont-Aignan : "Nous incarnons un patriotisme modéré"

Il souhaite porter un changement majeur, en faisant sortir la France de la zone euro et en renégociant les traités de l'Union Européenne. Ces élections européennes sont pour lui l'occasion rêvée de faire connaître plus largement son mouvement Debout la République, qui se revendique du gaullisme social, et dont il était le candidat aux élections présidentielles de 2012. Il avait alors obtenu 643 907 de voix.

Cet homme, nous l’avons rencontré : il s’agit de Nicolas Dupont-Aignan, président du mouvement Debout La République. Avec Dominique Jamet, journaliste, écrivain, et aujourd'hui tête de liste en Île de France, ils nous ont présenté leur idée de l’Europe d'aujourd'hui et de demain.

Euroscepticisme

Nicolas Dupont-Aignan a gagné un soutien de poids ces dernières semaines, en la personne de Nigel Farage. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais ce dernier est en train de devenir la figure de proue des euro-sceptiques en Europe. Il est le leader charismatique de UKIP (United Kingdom Independence Party) et il compte bien faire changer les choses au sein du Parlement européen. Si Nigel Farage a rejeté les avances du FN, c'est parce que d’après lui :

“Quoi que Marine Le Pen essaye de faire avec le Front national, l’antisémitisme est toujours ancré profondément dans ce parti.”

http://www.dailymotion.com/video/x1p0xsn_discours-de-nigel-farage-europeennes-2014-meeting-de-lancement-de-campagne-debout-la-france_news?start=87

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Discours de Nigel Farage au meeting de lancement de la campagne des élections européennes de

Debout la République

C’est sur cette ligne “patriote modérée”, se voulant “respectable”,  que se fondent les idées de Debout La République. Son euroscepticisme, Nicolas Dupont-Aignan le justifie par la “misère” dont l’Europe est responsable :

“La cause de cette misère, c’est d’obéir à l’euro, à la Banque Centrale, à Madame Merkel.” 

L’euro, qu'il tient pour responsable de la paupérisation des peuples, revient en permanence dans son discours :

“Soit vous gardez l’euro, et vous aurez la baisse des salaires. Soit vous sortez de l’euro, et vous pourrez relancer les salaires, l’économie et l’emploi.”

Nicolas Dupont-Aignan répondant aux questions des journalistes
Nicolas Dupont-Aignan répondant aux questions des journalistes

Lorsque nous lui avons demandé s’il n’y avait finalement pas plus à perdre qu’à gagner dans le cas d’une sortie de la France de la zone euro, voici ce qu’il nous a répondus :

“On ne fera qu'y gagner, je ne vois pas ce qu’on peut y perdre.”

 Nous lui avons aussi demandé sous quelles modalités revenir au franc, puisque c’est son projet. D’après lui, ce changement est inexorable :

“On reviendra au franc, en un weekend, comme ça s’est fait avec l’euro. Ce ne sera pas facile, mais ça se fera grâce à un accord européen, car il ne s’agit pas de le faire en désaccord avec nos voisins. Ce changement se fera naturellement, mais la question, c’est  quand. C’est un problème politique, avant tout.”

 Si les idées de Debout la République sont concentrées autour du rejet de l’Union Européenne, ce parti ne veut pas pour autant la disparition de l’Europe. Il veut rendre sa souveraineté à la France en rapatriant les principaux pouvoirs vers les nations :

“Nous proposons la fin de l’Union Européenne, c’est-à dire la dénonciation de tous les traités européens et le remplacement par un traité simple et lisible entre les nations et l’Europe. On rapatrie 80% des pouvoirs vers les pays : la loi, la frontière, la monnaie, le budget. Ces quatre éléments fondamentaux de la démocratie doivent revenir à la nation !” “Nous voulons aussi un retour à une Europe des coopérations, telle que l’a voulue le Général de Gaulle, à trois ou quatre pays, sur des projets d’avenir : numérique, lutte contre le cancer, énergies de demain, universités européennes,... Comme on a fait avec Airbus..”“Nous croyons à l’Europe des nations et des projets.”

La lutte contre “le système”

Un terme qui revient souvent dans le discours de Nicolas Dupont-Aignan est “Système”. Système, pour désigner à la fois l’Union Européenne et ceux qui la soutiennent, à savoir l’UMP et le PS, qui se rejoignent alors dans une formule qui rappelle “l’UMPS” souvent mis en accusation par Marine le Pen. Lui qui était hier encore membre de l’UMP (il l’a quittée en 2007) souligne aujourd’hui la responsabilité de ces deux partis dans l'affaiblissement de l’idéal européen :

“Les deux grands partis, PS et UMP, exercent une sorte de dictature sur l’opinion publique, pour imposer une Europe qui est contraire à l’intérêt national.”“C’est notre mission de présenter aux Français un patriotisme modéré qui est le seul qui pourra gagner.”

D’après lui, les élections européennes marqueront un désaveu massif des politiques menées par les dirigeants socialistes.

“On ne peut pas exclure un PS à 12% ! Vous n’imaginez pas ce qui va se passer pour le Parti Socialiste aux européennes ! Ils n’ont pas tiré les leçons des municipales : ils ont écouté le vote, et ils ont dit aux Français : “On continue, on va frapper encore plus fort !”. Et c’est pourquoi en ce moment, nous avons énormément de nouveaux adhérents qui viennent de la gauche : près d’un tiers !”

Photo 761
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Ces électeurs de gauche qui le rejoignent auraient vécu comme une trahison les décisions des dirigeants socialistes, qui sont “à genoux devant Bruxelles” :

NDA
NDA

“Ces électeurs ont voté non au référendum en 2005, ont voté pour François Hollande en 2012 en croyant qu’il allait dire non à Bruxelles et qu’il allait réorienter l’Europe. Aujourd’hui, ils considèrent qu’il y a eu une trahison socialiste monstrueuse.”

D’après lui, l’échec de la gauche aux élections municipales n’est que le début d’une transformation majeure du champ politique, qui aboutira à la remise en question des partis de gouvernement qui se succèdent au pouvoir :

NDA
NDA

“Il se prépare un vrai tremblement de terre politique.”

La lutte contre les extrêmes

 Le slogan du mouvement, “Ni système, ni extrêmes” résume bien la philosophie du projet porté par les listes “Debout La France !” : sortir de l’Europe, du carcan de Bruxelles et des 3% soutenus par l’UMP et le PS, sans passer par la voie proposée par les partis extrémistes de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Un “patriotisme modéré”, passant par la remise à plat de l’Union Européenne a toute sa place d’après Nicolas Dupont-Aignan, sur la scène politique française :

NDA
NDA

“On limite le patriotisme au Front National, pour uniquement maintenir au pouvoir le Parti Socialiste. Et moi je déjoue ce piège. On va casser ce piège mortel pour la France.”“Pourquoi les Français seraient-ils obligés de choisir entre des incapables qui nous gouvernent depuis plus de 20 ans (PS et UMP, ndlr) d’un côté, , et des excités (FN et FdG, ndlr) de l'autre côté  ? On peut avoir des gens sereins et apaisés qui veulent défendre la France !”

Son action contre le maintien d’un “système” dérange, un système dont le FN est lui même l’un des pions :

NDA
NDA

“Les partis du système ne veulent surtout pas d’une voix raisonnable qui s’érige contre l’Union Européenne.”“Le Front National sert la survie du système. Une majorité des Français est hostile à l’Union Européenne telle qu’elle se met en place. Les partis de gouvernement ne survivent que parce que le Front National est trop excessif pour rassembler les patriotes français. Je n’ai jamais diabolisé le FN, mais nous incarnons un patriotisme modéré qui est le seul capable de mettre fin à la cogestion UMP-PS.”

Dominique Jamet estime ainsi que Debout la République est le dernier rempart avant le vote FN pour une grande partie des électeurs :

DJ
DJ

“Il y a un certain nombre d’électeurs qui sont tellement exaspérés par la gestion des gouvernements de gauche et de droite, et tellement hostiles à l’Union Européenne, qu’ils seraient capables de voter pour le Front National, qui est un parti anxiogène, de ressentiment, de rancœur, de repli. Ces électeurs nous trouvent sur la route comme le dernier rempart avant qu’ils ne votent pour le Front National. Nous sommes constructifs et rassembleurs, pacifiques plutôt que démolisseurs. Nous sommes différents du Front National.”

Sa cible : les abstentionnistes

C’est donc un positionnement politique original qu’adopte Debout la République, visant à fédérer les eurosceptiques en refusant les extrêmes. En un mot, le parti s’adresse à ceux qui ont aujourd’hui tendance à s’abstenir car ils ne sont satisfaits par aucune des offres politiques existantes :

NDA
NDA

“Il y a des millions de Français qui ne veulent ni le Front National, ni le système. Notre ennemi, c’est l’abstention. C’est notre mission de leur proposer autre chose.” 

Une question subsiste cependant, quant au succès dans les urnes que le mouvement pourrait rencontrer, après avoir obtenu 1,79% des suffrages exprimés à l’élection présidentielle. Mais d’après Nicolas Dupont-Aignan, ce n’est que le début d’un long chemin :

NDA
NDA

“Nous semons. Quand on sème, c’est toujours plus ingrat que lorsque l’on récolte. Mais un jour, nous récolterons.”“C’est un travail de long terme que nous commençons.”

DJ
DJ

QUESTIONS A DOMINIQUE JAMET (Tête de liste "Debout la France !" en Ile de France)

Le Carnet Politique : Votre parti s’en prend au “système”, que vous assimilez à l’Europe, Bruxelles, et ses réglementations. L’Union Européenne est-elle selon vous le seul problème de la France aujourd’hui ? Dominique Jamet : L’UE n’est pas le seul problème de la France aujourd’hui. Mais je pense que désormais les lignes de clivage ne se définissent plus entre la droite et la gauche. Elles se définissent entre ceux qui sont plutôt satisfaits du fonctionnement de l’UE, qui veulent aller plus loin dans le sens de l’intégration, du fédéralisme, de la supra-nationalité, et ceux qui au contraire veulent renégocier les traités et pensent que le temps des Etats-nations n’est pas fini: c’est là le vrai clivage. L’idée des créateurs de l’Europe, qui a échoué très vite, c’était qu’il y ait une diplomatie, une défense et un état d’esprit communs : c’est sur cette base, et non pas sur une base d’intérêts mercantiles que l’Europe devait fonctionner. On a commencé avec la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, et celle-ci avait des visées profondément politiques. C’était une Europe entre des pays de même niveau de vie et de même culture, qui étaient d’accord sur l’essentiel : pas du tout comme l’immense machine à 28, où chaque pays défend, sauf la France, légitimement ses intérêts nationaux. L’Union Européenne est aujourd’hui une addition d’égoïsmes et pas du tout une addition d’idéaux, c’est en cela qu’elle pose problème.

Le Carnet Politique : Vous dites que la France est le seul pays de l’UE qui ne défend pas ses intérêts ? Dominique Jamet : Je pense que la France est le pays où la nostalgie de l’européisme reste le plus vivant, alors que ce n’est pas le cas dans les autres pays d’Europe : l’Allemagne est aujourd’hui satisfaite de l’Europe parce qu’elle lui est favorable, et l’Allemagne défend ses intérêts. Si on était dans une Europe solidaire, ce qui n’est pas le cas, l’Allemagne prendrait en compte la souffrance et les difficultés des peuples d’Europe du Sud et abaisserait la parité de l’euro pour relancer l’économie ou viendrait en aide à ces peuples. L’Allemagne ne fait ni l’un ni l’autre.

Le Carnet Politique : Vous pensez donc que l’Europe s’est trompée de mission ? Dominique Jamet : C’est une question délicate, mais je pense que l’UE s’est développée dans de mauvaises conditions : l’idéal européen a peu à peu été perdu de vue, elle a été prise en main par des administrations, des banques et des technocrates. Elle a été utilisée par certains pays pour recevoir une aide massive... C’est la preuve que ce ne sont plus des volontés politiques qui gouvernent l’Europe, comme par exemple la volonté de fédérer l’Europe en Etats-Unis d’Europe. On a des dirigeants qui représentent théoriquement l’Europe : mais y a-t-il 500 millions d’hommes et de femmes qui se reconnaissent dans José Manuel Barroso et qui se reconnaîtront demain dans Jean-Claude Juncker ? Evidemment non !

Merci à Nicolas Dupont-Aignan et Dominique Jamet d'avoir accepté de répondre à nos questions. Merci aussi à Isabelle d'Halluin pour son accueil.

Propos recueillis par François d'Estais (@fdestais) et Jacques Boitreaud

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