L'action politique, c'est pour quand ?

OPINION

Il nous faut tirer aujourd'hui un constat accablant : le débat d'idées, le courage et l'action politique se meurent. Réfléchissez. Quand avez-vous entendu pour la dernière fois une idée politique qui vous a interpellée – et qui a ensuite été appliquée pour devenir un vrai projet politique réalisable et réalisé ?

Les candidats, quand ils s’expriment, n’abordent le sujet débattu que de façon superficielle. Leur motivation découle moins d’une volonté de véhiculer une position ou des idées que d’une recherche « d’existence politique ».

En effet, si l’on voit toujours les journaux titrer les « petites phrases » et les plateaux de télévisions accueillir des personnalités se descendant mutuellement en flamme de façon subtile et délicieuse, c’est bien parce que l’on recherche des combats de coq, des exutoires à l'art oratoire (de mise chez les politiques) et des combats ad hominem. Pour reprendre la formule de François Jost dans Le Monde : 

« Ce n’est plus le débat d’idées qui est valorisé, mais la joute verbale, qui devient un divertissement comme un autre. »

Ce phénomène n’est que le symptôme gênant mais bénin d’une pathologie plus profonde : la douloureuse absence de courage politique.

Les acteurs politiques semblent aujourd’hui être paralysés par l’opinion publique, les sondages, l’image d’eux-mêmes qu’ils renvoient à l’extérieur – et ce à toutes les strates politiques : locale (il suffit d’assister à un conseil municipal pour s’en rendre compte : l’opposition ne prend la parole que pour manifester sa présence et signaler qu’elle n’attend qu’une occasion pour remettre en cause l’administration en place), régionale, nationale (souvenez-vous de ces diatribes théâtralisées des députés au moment du débat sur le "Mariage pour tous").

Coopérer, bien sûr, est une idée improbable – si ce n'est folle. Coopérer, ce serait s’abaisser à approuver ce que dit son adversaire donc, en un sens, reconnaître que l’on a tort. Il ne faut pas se méprendre : ce refus de coopération est bien une spécificité française et non un cas général. Au Sénat américain, ou au Bundestag allemand, acquiescer à ce que dit l’autre est plus un signe de force intérieure et d’ouverture d’esprit (avoir le courage de ne pas être hermétique aux idées « d’en face ») que de soumission devant l’autre.

Le problème ne porte donc pas sur la qualité du débat, mais bien sur ce manque de paroles performatives – voire de parole tout court. Ce que reproche la majorité des Français au gouvernement et à ceux qui les représentent, c’est cette stratégie de « l’évitement » adoptée par tant de politiques, celle-là même qui fait qu’ils se sentent oubliés, délaissés, et finalement peu pris en compte dans les débats.

Et quand les responsables tentent d’écouter le peuple, leurs propositions paraissent trop mirifiques pour être vraies, le scepticisme ambiant a vite fait de les classer dans la catégorie des promesses qui ne se réaliseront pas.

La stratégie de l’évitement, c’est aussi faire passer des affaires qui peuvent attendre devant celles qui pressent. C’est créer une polémique sur le mariage homosexuel, médiatiser l’expulsion de la jeune Léonarda, s’afficher au salon de l’Agriculture pour montrer un soutien (factice ?) à la France profonde. Mais c’est aussi soi-même faire l’objet de scandales – l'affaire Gayet, pour ne citer qu'elle...

Passe encore que les politiques soient frileux et casaniers. Tout l'enjeu vient du fait que ce soit la France entière qu’ils ridiculisent sur la scène internationale. A un marasme économique, ils viennent ajouter l’absence de cohésion nationale. Pour un seul pays, cela fait beaucoup. Et la presse étrangère s’en rend bien compte : on ne dénombre plus les articles caustiques de la presse étrangère sur François Hollande, sur les divisions intérieures des partis, ni même les caricatures (françaises) qui moquent la mollesse de l’action gouvernementale.

Où sont passés les Gambetta, les Clémenceau, les Blum et les de Gaulle ? Où sont passés ces grands hommes qui ont façonné l’identité de la France, qui ont forgé sa splendeur et son rayonnement ?

Les risques de l’inaction politique sont ceux que l’on constate aujourd’hui : montée des extrêmes, méfiance envers les élus, désintérêt pour la politique et abstention. C’est le risque de voir la France dépérir, embourbée dans un immobilisme patent, et de voir les partis populistes profiter de la situation pour accéder au pouvoir. C'est ainsi que certains votent FN, « faute de mieux » (comme en 2002), étant donné qu'il est le seul parti qui s'affirme dans l'action.

La solution ? Ne plus attendre ! Engageons nous, manifestons nous, prenons des initiatives, partageons nos idées. Nous seuls pouvons sauver la France d’une mort certaine de la démocratie, nous seuls avons le pouvoir de lui transmettre un souffle vital et régénérateur. Nous sommes le peuple souverain, le progrès, l’avenir.

Violaine Lulin

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