Le vote de méfiance

    Alors que dans quelques jours, les députés vont devoir accorder ou non leur confiance au tout nouveau gouvernement Valls, une méfiance grandissante des français vis à vis de la classe politique se dégage à l’issue des deux scrutins des municipales.

Ce manque de confiance s’adresse en premier lieu au président de la République, François Hollande, qui ne réussit toujours pas à gagner l’adhésion des Français à sa politique. Le chiffre le plus symbolique de cette incompréhension est bien sûr le score du PS, qui ne réunit que 40,6% des voix, avec les candidats divers gauche, alors que l’UMP, qualifiée par Jean-François Copé de « premier parti de France » au soir du second tour, réunit avec les centristes 45,9% des suffrages sur l’ensemble du territoire. Les membres du gouvernement Ayrault n’ont pas été épargné, et c’est ainsi que Pierre Moscovici à Valentigney, Guillaume Garrot à Laval et Marie-Arlette Carlotti à Marseille n’ont pas été réélus ou élus comme maires de ces municipalités.

Une page qui se tourne ?

Ce vote que l’on peut maintenant qualifier de vote sanction suit-il pour autant la logique de l’alternance droite-gauche, selon laquelle le gouvernement en place sortirait toujours perdant des élections de mi-mandat ? A première vue oui, mais si l’on compare les résultats de dimanche dernier avec ceux de la dernière « débâcle » socialiste de 1983, où le nombre de mairies de plus de 9 000 habitants passées à droite était environ inférieur de moitié à celui d’aujourd’hui (155), ce modèle serait aujourd’hui devenu obsolète. La politique de François Hollande, alliée à tous les effets sociaux et psychologiques de la crise économique que la France subit depuis 2007, aurait donc provoqué une rupture de cette logique si bien vérifiée au cours des trente dernières années. C’est ainsi que, dans les villes de plus de 10 000 habitants où le président avait réuni plus de 60% des suffrages en 2012, le taux d’abstention était de 43,1%, là où dans celles où il n’avait pas réuni une majorité, le taux d’abstention s’élevait dimanche à 38%. Les meilleurs témoins de ce tournant sont les résultats des villes de Limoges et de Bobigny, fidèles à la gauche ou à l’extrême gauche depuis respectivement 1912 et 1925, qui sont depuis dimanche acquise à la droite. C’est désormais un maire centriste qui empruntera l’avenue Maurice Thorez ou l’avenue Lénine pour se rendre à son bureau de la mairie de Bobigny.

Un désaveu de la classe politique

Mais ces élections ne traduisent pas seulement un rejet du pouvoir socialiste. C’est aussi, et surtout, un désaveu ferme et violent de la classe politique qui transparait avec les résultats annoncés dimanche. En effet, le taux d’abstention maintenant tristement célèbre (36% des citoyens majeurs ne seraient pas allé voter) exprime un désintéressement profond et un manque de confiance grandissant des français vis à vis de ceux qui aspirent à les représenter. C’est ainsi que la jeune génération a totalement délaissé les bureaux de vote cette année : comme le rappelait Najat Vallaud-Belkacem au soir du deuxième tour sur TF1, un jeune sur deux ne s’était pas exprimé lors de la première échéance du scrutin. On comprendra aisément ce chiffre par le taux record du chômage des jeunes dans notre pays, dont l’augmentation de 0,3% fut encore annoncée dans la semaine entre les deux tours. Et bien que la politique de François Hollande en faveur de ceux qui débarquent sur le marché du travail a montré quelques signes encourageants, cette augmentation est une nouvelle incitation pour ces chômeurs précoces à ne plus faire confiance aux dirigeants. Combien d’électeurs, qui en mai 2012 s’étaient prononcés en faveur de François Hollande et de son changement, sont aujourd’hui déçus ? Ce sont ces mêmes électeurs qui ont, ces deux dernières semaines, grandi le rang des abstentionnistes désabusés. Combien d’autres se sont senti trahis pas les cadres de l’UMP à l’occasion des élections internes ? Combien encore se sont détournés de l’actualité politique, quand celle-ci était, juste avant le premier tour, saturée d’affaires en tout genre, de prétendus mensonges, d’attaque ad hominem venant des deux partis, et d’innombrables accusations de fraude et de corruption? L’image de nos hommes et femmes politique pourrait aujourd’hui être trop noircie pour que les électeurs puissent encore voire en eux l’espoir d’un redressement.

Le Front National

C’est ainsi qu’émerge la dernière preuve de la méfiance des Français : le Front National. Les médias ont suffisamment tiré les conséquences de son score pour qu’on le fasse encore, mais il est intéressant de remarquer la façon dont le parti controversé s’est positionné pour obtenir ce résultat sans précédent dans son Histoire. Marine Le Pen et ses soutiens n’ont eu de cesse de critiquer la bipolarité du système politique français, dont ils savaient les deux pôles détestés, pour se distinguer le plus possible des deux « pestiférés politiques ». Et à cela, même François Bayrou et Jean Louis Borloo, qui ont beau s’être unis sous le signe de l’alternative, n’y peuvent rien, car le centre restera toujours cette région du paysage politique qui, faute de ne pas pouvoir (ou vouloir) se couper de la gauche ou de la droite, est pour l’instant lui aussi condamné au « tous pourris » des français déçus.

Rodolphe Grivet @RodolpheGrivet

Vers une VIème République ?

Ce qu'il faut retenir du second tour des élections municipales

Ce qu'il faut retenir du second tour des élections municipales