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Ce qu'il faut retenir du second tour des élections municipales

Ce qu'il faut retenir du second tour des élections municipales

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« La déroute », « la débâcle » ou « la raclée » : ce sont les termes violents employés par les leaders de la gauche pour qualifier les résultats du second tour des élections municipales. François Hollande aurait même parlé à ses proches d'une "dégelée". Si Lille, Lyon ou Paris restent acquises à la gauche, Jean-Claude Gaudin fait mentir les pronostics à Marseille en s’assurant la majorité absolue au Conseil Municipal. Dans les agglomérations plus modestes, l’UMP et les centristes triomphe : Saint-Etienne, Toulouse, Reims, Angers et même Limoges, à gauche depuis cent ans, passent à droite.  Le parti de Marine Le Pen quant à lui réalise le plus beau score de son histoire en s’imposant dans 13 mairies dont Béziers, où Robert Ménard est « soutenu » par le FN, mais aussi Fréjus et le septième secteur de Marseille. Les leçons à tirer de ces deux tours d’élections locales sont lourdes, et ceci pour l’ensemble de la classe politique française.

Une "vague bleue"

La droite, comme au premier tour, arrive largement en tête de ces élections. En obtenant près de 46% des suffrages exprimés et en raflantà la gauche 171 villes de plus de 9000 habitants, l’UMP et ses alliés du centre droit ont obtenu une véritable victoire qui les remet sur les rails de la reconquête tant annoncée. Ainsi, les quotidiens Le Figaro et L'Opinion y voient la "vague bleue" tant attendue par la droite.

Une "punition" pour le PS

On ne peut pas en dire autant du coté des socialistes. Mais le désaveu des électeurs auprès des maires de gauche relève avant tout d’un vote-sanction face à la politique du gouvernement. Dans les villes où les enjeux politiques étaient forts, la gauche a perdu. Les électeurs socialistes ont préféré rester chez eux traduisant ainsi leur mécontentement face à une "dérive" libérale du gouvernement. On assiste ainsi à la montée d'une abstention volontaire, quasi-militante, témoignant du désaveu de la politique au niveau national. Tandis que là où le débat s’est porté sur des enjeux locaux, le PS a conservé ses mairies. De ce point de vue, la nationalisation du scrutin voulue par Jean-François Copé semble avoir fonctionné.

Une victoire symbolique pour le FN

Du coté du Front National on fête une victoire « historique ». « C’est la fin du bipartisme » prophétiseMarine Le Pen sur l’ensemble des plateaux télévisés. Le dispositif médiatique impressionnant déployé afin de suivre l’ensemble des candidats FN lui donnerait presque raison. Mais pourtant, les chiffres définitifs sont tout à fait différents : Alain Juppé soulignait ainsi sur Twitter l'absence d'une vague bleue marine, pourtant au coeur des commentaires médiatiques.

https://twitter.com/alainjuppe/status/450344850563821568

En effet, l’extrême droite ne remporte que 6.84% des suffrages, ce qui correspond à 1 598 conseillers municipaux sur les quelque 208 000 élus. Néanmoins, ces nouveaux maires auront des comptes à rendre et on ne doute pas que les médias seront particulièrement attentifs à la bonne gestion des mairies frontistes. Ainsi, d'après le politologue Dominique Reynié interviewé par Le Monde :

 Chaque ville gagnée par le FN aux municipales sera donc un boulet pour Marine Le Pen jusqu'à la présidentielle. Paradoxalement, ses bons résultats de 2014 risquent de l'affaiblir pour 2017.

Cependant, cette forte médiatisation des victoires du Front National lui a permis d’acquérir une dynamique positive en vue des prochaines élections européennes.

L'extrême-gauche n'est pas morte

Enfin, l’extrême-gauche, que l’on a tendance à oublier, se maintient dans 98 mairies. Ce succès est passé sous silence dans les médias, au profit des victoires du parti de Marine Le Pen. Mais il ne fait aucun doute que Jean-Luc Mélenchon et ses camarades du Parti Communiste sauront trouver les mots pour s’adresser au nouveau chef du gouvernement, Manuel Valls :

"François Hollande nomme comme Premier Ministre le plus grand commun diviseur possible de la gauche (...) A un désastre électoral, le chef de l'Etat répond par un suicide politique"

http://www.dailymotion.com/video/x1kxy8s_reaction-contre-valls-premier-ministre-j-l-melenchon_news

Des conséquences nationales immédiates

Ces résultats vont lourdement peser sur la suite du calendrier politique au niveau national. François Hollande semble avoir pris acte de cette défaite. Le prochain remaniement annoncé ce soir correspondrait à l’attente des français : 76% d'entre eux y étaient favorables le 24 mars dernier, d'après un sondage Ifop SAS. Les contours du prochain gouvernement seront dessinés par Manuel Valls, ministre le plus populaire de l'ex-gouvernement Ayrault. Il aurait obtenu le soutien d’actuels ministres comme Benoît Hamon, Arnaud Montebourg  mais aussi celui du sénateur écologiste Jean-Vincent Placé et de celui qui devrait lui succéder Place Beauvau : François Rebsamen, l’actuel maire de Dijon.

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Mais cette nomination ne semble pas faire le consensus au sein de la majorité parlementaire. La gauche de la gauche, réunie autour de Martine Aubry et les proches de Cécile Duflot, conteste cette nomination. Elle réclame, à l’instar de Jérôme Guedj : "un virage à gauche" pour contenter ces électeurs socialistes qui dimanche : « ont voté avec leurs pieds ». A l’UMP, Jean-François Copé demande à rencontrer le Président de la République qu’il qualifie de  « profondément minoritaire » tout en rejetant l’éventualité d’une union nationale.

La majorité est divisée, l’opposition fête sa victoire et l’extrême droite entame son implantation locale. Le Président de la République peine à renouer avec les Français, qui ne comprennent pas le sens de sa politique, et les abstentionnistes ont trouvé de nouveaux adhérents. Le constat est effrayant. Mais aux grands maux il faut appliquer les grands remèdes. Et si le remède de François Hollande, plutôt qu’un remaniement, serait la dissolution de l’Assemblée Nationale ? Ce pari risqué aurait peut-être le mérite de répondre aux attentes des français, à ce changement de cap tant attendu. Après tout  n’est-ce pas lui le Président de la « France apaisée » ?

Nicolas Orliac

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