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Ce qu'il faut retenir du premier tour des élections municipales

Dimanche soir, les discours des invités politiques se relayant sur les plateaux des chaines de télévision étaient quasiment prévisibles au mot près. D’un côté, le PS apparaissait comme le grand perdant de ces élections, et de l’autre l'UMP et le FN rivalisaient de critiques sur la politique du gouvernement, en évoquant un "vote sanction" de la part des électeurs. Les intervenants socialistes avançaient quant à eux qu’ils avaient limité la casse, et pointaient du doigt la responsabilité de l’UMP dans la montée de l’extrême droite. De l’autre côté de la table, les invité UMP rejetaient la faute sur le PS, au milieu de représentants FN qui répétaient que le vote FN était devenu un vote d’adhésion et non plus de contestation. Mais au-delà de ces joutes verbales habituelles et infructueuses, que peut-on retenir du premier tour des élections municipales de dimanche ?

Qu’en est-il des chiffres exactement ?

Tout d’abord il faut noter les taux d’abstention extrêmement élevés : 35,87%, record en la matière. Sans surprise, la droite est en tête avec 46,5% des voix. C’est un niveau correspondant à ceux d’avant 2008 et ce résultat relance le parti après les déboires qu’il a connu depuis les élections de son dirigeant. Le second tour devrait confirmer cette victoire, certains ténors de l'opposition misent sur une défaite cuisante du Parti Socialiste. L’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy aurait ainsi déclaré en privé:

"Ça n'était que la première vague, la réplique est toujours meurtrière"

En deuxième position, la gauche, avec 37,7% des voix évite la déroute malgré un net recul par rapport aux précédentes élections. En troisième position, le Front National, qui réalise une percée : 4.7%, soit trois fois plus qu’il y a 6 ans. Cependant, ce résultat doit être relativisé. En effet, le FN a présenté plus de 500 listes, soit près de six fois plus qu’en 2008. Paradoxalement, ce résultat de l’extrême-droite rend pour le moment un service au PS, provoquant des dizaines de triangulaire et empêchant l’UMP d’obtenir quelques succès supplémentaires. Comme le titrait récemment Le Huffington Postsur sa page d'accueil, « le FN sonne le glas du bipartisme », grâce à quelques scores hautement symboliques comme à Marseille ou à Béziers. Il s’affirme désormais comme la troisième force politique du pays, s’interposant entre UMP et PS qui se partageait la scène politique depuis plus de 10 ans.

Dans les grandes villes, le scrutin est relativement serré. Gérard Collomb et Martine Aubry pour le PS arrivent respectivement en tête à Lyon (avec 35% des voix) et à Lille (avec 34% des voix). Du côté de l’UMP, Paris voit Nathalie Kosciusko-Morizet arriver en tête avec 35,6% des voix, et Jean-Claude Gaudin recueille 38% des suffrages à Marseille. Seul Alain Juppé bénéficie d'un net succès dans une ville majeure puisqu'il a été réélu dès le premier tour à Bordeaux. Ceci ne manquera pas de renforcer sa crédibilité pour la suite des événements, et il n'écarte pas la possibilité d'une candidature à la prochaine élection présidentielle...

Infographie Le Carnet Politique
Infographie Le Carnet Politique

Quel impact sur la politique pour les prochains mois ?

Depuis 2008 la gauche n’avait connu que des succès lors des élections, qu’elles soient locales ou régionales. Mais après son arrivée au pouvoir en 2012, l’impopularité des mesures prises dans un cadre de dépression économique avait rendu prévisible un échec à ces élections de mi-mandat. Il est désormais quasi-certain que François Hollande procédera prochainement à un remaniement, étant donnée la sanction cinglante contre la politique de Jean-Marc Ayrault. Une source proche du gouvernement rapporte même que dans l’optique du remaniement, la plupart des ministres auraient mis en pause les réformes en projet craignant devoir les abandonner.

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De l’autre côté de l’échiquier politique, l’UMP sort grand vainqueur de ces élections. Son alliance avec l’UDI semble fonctionner et elle rompt avec la spirale des défaites électorales sur ces 6 dernières années. Ce résultat conforte Jean–François Copé dans sa politique et constitue peut-être son premier réel succès depuis qu'il est à la tête du part. Pour le moment, les dissensions au sein du parti semblent avoir été oubliées... A moins qu'elles ne soient simplement laissées de côté ?

Enfin, le FN s’impose comme troisième force politique. Il provoque des dizaines de triangulaires, limitant le succès de l'UMP, que la gauche désigne pour responsable de sa banalisation. Se proclamant comme la véritable alternative, le Front National espère pouvoir éviter le reflux de cette vague bleue marine. Un succès qui devra donc se confirmer lors du deuxième tour des municipales, et qui semble d'ores et déjà acquis aux élections européennes tant l'euroscepticisme semble gagner du terrain.

Ghislain Lunven @glunvendc

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