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Le vote blanc pour lutter contre l'abstention ?

A une semaine des élections municipales, dont les résultats auront un écho médiatique important, l’abstention s’annonce massive. Dans ce contexte, la reconnaissance du vote blanc, votée le 21 février 2014, pourra peut-être relancer une situation politique en apparence bloquée. La loi entrera en vigueur le 1er avril, et sera donc effective pour la première fois lors des élections européennes du 25 mai.

Quelle différence entre vote blanc, vote nul et abstention ? Le vote blanc se définit par le dépôt dans l’urne d’une enveloppe sans bulletin, ou contenant un papier dépourvu de toute indication. Le Parti du Vote Blanc Français lui attribue cette signification : « Je veux participer mais ce que vous me proposez ne me convient pas ». Le vote nul, en revanche, est le résultat d’une erreur de manipulation et n’est généralement pas intentionnel. Cependant, certains électeurs utilisent le vote nul pour manifester leur désaccord, ce qui revient à une abstention détournée. Plus radicalement, le refus de la part de l’électeur de se rendre aux urnes manifeste un désintérêt total pour la vie politique. Si l’abstention peut également être utilisée comme un moyen d’exprimer son désaccord, elle est vue généralement comme une simple non-participation et n’a aucun effet sur les résultats.

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Avant ce 21 février, le vote blanc était assimilé un vote nul. Cette règle a été formalisée pour la première fois dans l’article 30 du décret réglementaire du 2 février 1852 pour l’élection au Corps Législatif, avant d’être reprise dans l’article 9 de la loi du 29 juillet 1913 ayant pour objet d’assurer le secret et la liberté du vote ainsi que la sincérité des opérations électorales. De nombreuses propositions de lois ont dès lors été déposées afin de voir reconnaître le vote blanc (26 propositions entre 1993 et 2012). Cela tient tout simplement à ce qu’il n’est pas justifié d’assimiler des citoyens qui manifestent un désintérêt total pour la politique du pays, et des citoyens qui ne se reconnaissent pas dans l’offre politique mais font tout de même l’effort d’aller voter. Les bulletins blancs ne sont d’ailleurs symboliquement pas fournis par l’Etat lors d’une élection : c’est à l’électeur de venir avec son propre bulletin blanc.

L’abstention se maintient à un niveau élevé depuis quelques années : ainsi, pour le premier tour des élections présidentielles, elle n’a quasiment pas cessé d’augmenter depuis 1974, avec un pic en 2002 (28,4%), pour arriver en 2012 au taux de 20,5%. Il semble manifeste que le fait que la non-comptabilisation du vote blanc n’est pas étranger à ces statistiques. En effet, à quoi bon se déplacer un dimanche pour glisser une enveloppe vide dans l’urne si cet acte est considéré comme inexistant ?

Le texte, qui dispose que « les bulletins blancs seront décomptés séparément et annexés en tant que tels au procès-verbal », apparaît donc comme une avancée démocratique. Toutefois, bien qu’explicitement mentionnés dans les résultats des scrutins, les votes blancs ne seront pas comptés dans les suffrages exprimés. Cela signifie que rien ne change dans la pratique : les votes blancs ne constitueront toujours pas de catégorie distincte, avec un certain pourcentage, dans les résultats des suffrages (par exemple : candidat A 40%, candidat B 35%, vote blanc 25%). Il sera toujours un vote nul dans les faits et le total obtenu par les différents candidats fera toujours 100% ; la seule différence est qu’il sera mentionné (par exemple : candidat A 57%, candidat B 43%, plus un certain nombre de votes blancs). Cela tient à ce que le Président doit être élu « à la majorité absolue des suffrages exprimés » : si les bulletins blancs avaient été comptabilisés lors du second tour de la présidentielle de 1995, aucun des deux candidats n'aurait eu la majorité absolue. Jacques Chirac, qui l'avait emporté face à Lionel Jospin, n'aurait obtenu que 49,5% des suffrages. De plus, le vote blanc ne sera reconnu ni aux élections présidentielles, ni aux référendums locaux. On mesure donc là toute la limite de cette loi, dont l’apport démocratique n’est en réalité qu’apparent. Le vote blanc, pour être réellement significatif, devrait être comptabilisé dans les suffrages exprimés.

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Ce n’est pas pour autant qu’il faudra abuser du vote blanc. Il devra simplement remplacer l’abstention protestataire – car le vote blanc est un acte citoyen, tandis que l’abstention s’apparente à un refus de la citoyenneté. Un taux élevé de votes blancs devrait conduire les partis politiques à se remettre en cause: révélateur d’une absence d’adhésion des citoyens à leurs dirigeants, et une défiance générale à l’encontre de la classe politique. Si le vote blanc doit rester exceptionnel, c’est parce qu’il est un simple signe de protestation et qu’il n’est pas productif en soi, puisqu’il constitue en définitive un non-choix. Au-delà du fait qu’un taux élevé de votes blancs serait inquiétant quant à l’avenir politique de notre pays, il poserait la question de l’efficacité, voire des effets potentiellement néfastes du vote blanc. La reconnaissance du vote blanc est indispensable et son utilisation préférable à l’abstention ; mais tout pays a besoin de dirigeants et se cacher derrière une enveloppe vide ne mène nulle part : cela revient à laisser les autres décider et à subir une politique que l’on n’a pas choisie. Faut-il alors voter pour le « moins mauvais » des candidats ? Oui, car il vaut mieux un mauvais dirigeant choisi qu’un mauvais dirigeant subi.

Diane Richard

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