Ces entrepreneurs qui se lancent en politique

Ces entrepreneurs qui se lancent en politique

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Qui peut faire de la politique ? Est-ce un métier réservé à une élite formée à l’ENA ou y a-t-il une place pour d’autres points de vues, d’autres formations ? Il est relativement courant que des entrepreneurs se lancent en politique, mais leur chemin n’est pas sans embûche. Voici un exemple de ce type de parcours.

En arrière-plan, l'hémicycle de l'Assemblée Nationale Au premier plan, les silhouettes de trois entrepreneurs en politique : Jean-Christophe Fromantin, Denis Payre et Charles Beigbeder (de gauche à droite)
En arrière-plan, l'hémicycle de l'Assemblée Nationale Au premier plan, les silhouettes de trois entrepreneurs en politique : Jean-Christophe Fromantin, Denis Payre et Charles Beigbeder (de gauche à droite)

Février 2008 : Jean-Christophe Fromantin est donné gagnant des municipales à Neuilly par un sondage du Figaro. Cet entrepreneur à succès (fondateur d’Export Entreprises) qui n’a débuté sa carrière politique qu’un an auparavant lors des législatives de 2007 (auxquelles il termina deuxième), se retrouve plongé dans une lutte d’influence faisant intervenir le président de la République Nicolas Sarkozy lui même, qui soutenait son fils, lui aussi acteur de la bataille pour la mairie.

Ce cas illustre parfaitement bien la situation politique de la France : le simple citoyen, qui après une carrière réussie, s’engage en politique, butte contre les parachutés et les protégés des puissants. Face à lui une liste UMP inattaquable : celle de David Martinon, énarque et porte parole de la présidence, investi avec l’aide de Nicolas Sarkozy, et présentant dans sa liste Jean Sarkozy.

Sans Jean-Christophe Fromantin donc, tout se serait bien passé : le protégé et le fils du président se seraient retrouvés en deux mois de campagne dans les salons de la mairie de Neuilly pour fêter la victoire, comme cela arrive si souvent lors des parachutages de jeunes diplômés. Comme le disait un internaute du blog MonNeuilly.com, « si l’UMP présentait un hamster, il serait élu », car l’étiquette UMP, c’est à Neuilly le label Sarkozy.

Mais la présence de ce candidat divers droite change la donne. Il a cet atout majeur de connaître le monde de l’entreprise de fond en comble, pour en avoir créé une, et d’être familier avec les enjeux de la mondialisation, ayant été un de ses acteurs par l’intermédiaire de sa société d’import-export.

Après ce fameux sondage qui donne à Jean-Christophe Fromantin une victoire de 5 points face à David Martinon, la liste UMP vole en éclats. Martinon se retire, Jean Sarkozy, après avoir créé une liste dissidente, renonce lui aussi, et Fromantin est investi par l’UMP, pour finalement remporter le siège tant convoité. C’est l’un des rares exemples d’entrepreneur ayant réussi son entrée sur la scène politique.

Dans un contexte de crise économique, de tension sociale, et en même temps d’explosion des technologies, les PME apparaissent comme une solution efficace au problème du chômage et de la perte de compétitivité du pays, et c’est ainsi que les entrepreneurs incarnent dans une certaine mesure un espoir pour les citoyens (excepté peut-être pour les membres du NPA, dont le nom -nouveau parti anticapitaliste-, résume les intentions, ou encore le Front National, qui appelle "traîtres" ceux qui vendent l’entreprise qu’ils ont créé à des firmes étrangères).

C’est ainsi que ceux qui contribuaient à la réussite du pays dans l’ombre veulent aujourd’hui mettre fin aux grandes doctrines des partis institutionnels en s’engageant en politique.

Alors que selon le dernier baromètre du CEVIPOF, 87% des citoyens considèrent que les dirigeants politiques ne se préoccupent pas ou peu d’eux, cette « troisième voix », qui incarne aux yeux de presque tous la réussite, se fait de plus en plus entendre et se pose en opposition au partis traditionnels.

Des hommes d’actions à l’image de Jean Christophe Fromantin, on en retrouve surtout dans les listes dissidentes, comme par exemple à Paris celle de Charles Beigbeder, dont le mouvement « Paris libéré » présente 20 candidats dissidents dans chaque arrondissement de la capitale. Lui aussi est un serial entrepreneur, ayant fondé Poweo ou Audacia, un fond d’aide aux entrepreneurs, qui a connu ses échecs (liquidation de sa société Happytime en aout 2012).

Si certains candidats « Paris libéré » ne sont crédités que de 1 ou 2% dans les sondages, on peut tout de même souligner un certain engouement pour ces hommes de l’entreprise reconvertis. C’est ce qu’exprime une autre emblème de cette tendance, Denis Payre, fondateur du parti « Nous Citoyens », dans une interview accordée au Carnet Politique en novembre 2013:

« Nous voyons le succès que l’on a en quelques semaines : nous existons depuis un mois et demi, nous étions 100 au départ et nous sommes aujourd’hui près de 7000, en ne présentant que six propositions sur la vie politique ».

En effet, cette nouvelle catégorie de politiques apporte dans le débat politique de nouveaux arguments essentiels et efficaces dans cette période de crise budgétaire et économique, à savoir le souci et le devoir d’efficacité des dirigeants : « La responsabilité, c’est celle des chefs ! Dans une entreprise, quand quelque chose ne marche pas, ce sont les chefs qui sont responsables », déclarait-il aussi au Carnet Politique.

Ainsi, de nouvelles voix émergent entre les discours habituels dans lesquels droite et gauche se critiquent mutuellement. Face à l’élite institutionnelle, sortie de l’ENA et monopolisant les postes des cabinets ministériels, se dresse une autre élite, sortie elle d’HEC, de Polytechnique et d’autres grandes écoles. Celle-ci a pu apprendre par une vie active en entreprise, ce qui marche et ce qui ne marche pas lorsqu’il s’agit de retrouver une croissance absente, tandis que les premiers tentent de gouverner un pays avec des acquis d’il y a trente ans.

Alors que Jean-Louis Borloo propose aux français une alternative à la dichotomie UMP/PS, ceux-ci pourraient plutôt se laisser tenter par ces entrepreneurs dont le projet est une alternance à la politique-métier, et qui apparaissent comme un échappatoire pour une économie en perte de vitesse.

Gageons que d'ici trois ans, leurs idées prendront plus d’ampleur. Et qu’un jour, les idées des hommes politiques ne soient plus issues ni de grandes théories, ni d’une simple bonne volonté, ni des deux réunis, et encore moins d’une ambition personnelle, mais d’une volonté de modifier efficacement un système dont l’expérience d’un entrepreneur a su montrer les failles.

 Rodolphe Grivet @rodolphegrivet

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