Pourquoi le Salon de l'Agriculture est un rendez-vous politique

“Y aller n'est pas une garantie de succès, ne pas y être serait une faute.” Voilà la règle politique fixée par Jacques Chirac, maître incontesté des visites-marathons du Salon de l'Agriculture. Cet événement annuel, qui accueille chaque année près de 700 000 visiteurs, apparaît effectivement aujourd'hui comme un rendez-vous incontournable pour les hommes politiques. François Hollande s'y est ainsi rendu samedi matin pour l'inaugurer, dans un contexte de tensions fortes avec le monde agricole, concernant notamment le prix du lait et l'écotaxe, deux sujets sensibles pour lesquels les agriculteurs ont rappelé leur capacité de mobilisation. En 2010, Nicolas Sarkozy ne s'était pas rendu au Salon, et s'était attiré de vives critiques. À en croire que le Salon de l'Agriculture est devenu un passage médiatique obligé pour tout homme politique, mais pourquoi ?

Une tradition

Le Salon de l'Agriculture, c'est avant tout une tradition qui s'est imposée pour les candidats et pour les hommes d'Etat comme un rendez-vous avec la France des agriculteurs et des provinces rurales. Les présidents y passent généralement le jour de l’inauguration. Dès 1951, René Coty visitait ainsi le concours agricole. En 1968, avant les crises de mai, le général de Gaulle vient à la rencontre d'un monde agricole en pleine transformation lors de ce qui est désormais un salon international. Chaque président, à l'exception de François Mitterrand, se plie ensuite à l'exercice, se faufilant de dégustation en dégustation avec plus ou moins d'habileté... Au risque de ne parfois trébucher. On se souvient bien entendu de Nicolas Sarkozy en 2008, mais aussi de François Hollande l'an dernier répondant à un enfant à propos de son prédécesseur : “Tu ne le verras plus”... Provoquant un tollé à droite.

C'est donc une tradition, qui peut être à double-tranchant concernant l'image, où chaque fait et geste est scruté, interprété et analysé.

Cependant, ce rituel s'avère malgré tout indispensable.

Un enjeu politique

 C'est en effet un moment important pour le monde rural et un moyen pour les hommes politiques d’afficher une authenticité, un attachement aux territoires. “Le salon de l’agriculture, c’est toujours une unité de temps, de lieu, où se retrouvent les agriculteurs, les citoyens et le politique.” explique Stéphane Le Foll, l'actuel ministre de l'Agriculture, dans une interview à Libération.

 “Le salon de l’agriculture, c’est toujours une unité de temps, de lieu, où se retrouvent les agriculteurs, les citoyens et le politique.” - Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture

Un moment politique et médiatique périlleux pour la gauche dans le contexte actuel : “Le salon est toujours un moment politiquement délicat, surtout pour la gauche car on n’est pas dans un monde professionnel très acquis à notre cause au départ", explique-t-il. L'électorat des agriculteurs, en effet, est majoritairement favorable à la droite, et à l'approche des élections municipales, la gauche a besoin de tous les soutiens qu'elle peut encore recevoir. Les candidats de droite et du centre ont en effet obtenu 76,5% de leurs suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, soit 21 points de plus que dans l'ensemble de la population d'après une étude de l’IFOP.

Sur le plan de l'image, on n'a pas relevé cette année de faux pas : pas de huées à l'arrivée de François Hollande au Salon, pourtant craintes par le Président lui-même, ni de polémiques avant la séquence politico-médiatique des élections municipales. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault, en visite aujourd’hui, n’a pas non plus subi de débordements.

https://twitter.com/Matignon/status/437883501451288576

Pour les élus, c'est un moment important, on l'a vu, mais ça l'est aussi pour les candidats : à chaque élection, tous les candidats y défilent pour rappeler leur profond attachement à la ruralité… En cette année d’élections municipales, Nathalie Kosciusko-Morizet s’y est ainsi rendu hier et Anne Hidalgo devrait s’y rendre au cours de la semaine.

https://twitter.com/nkm_paris/status/437614854992822272/

Un enjeu économique

 Au-delà des enjeux politiciens dont on a bien saisi la portée, il y a aussi une dimension économique à intégrer. Les évolutions profondes dont sont actuellement acteurs les agriculteurs nécessitent un regard attentif des pouvoirs publics pour permettre un dialogue constructif entre les deux partis. Venir au Salon de l'Agriculture est ainsi une forme de témoignage de l'intérêt porté par les politiques aux évolutions du métier et à l'avenir de la profession. Des négociations peuvent dès lors être plus facilement engagées avec une classe sociale souvent oubliée des discours politiques.

Sur une question telle que le prix de vente du lait fixé par la grande distribution alimentaire, les tensions peuvent être extrêmement vives et les révoltes rapides. C’est pourquoi le Président de la République a plusieurs fois été interpellé sur ce sujet durant son déplacement.

Les enjeux économiques que soulèvent ces questions dépassent de loin le simple cadre de la ruralité et impliquent aussi des acteurs économiques majeurs : tous les acteurs de l’industrie agro-alimentaire sont concernés, et par extension chaque consommateur. Une question essentielle donc, d’autant plus à un moment où la question de l'emploi et du chômage est sur toutes les lèvres.

En bref

Le Salon de l’agriculture soulève donc des enjeux plus larges que l’on pourrait le penser à première vue. Il fait aujourd’hui figure de théâtre dans lequel les hommes politiques sont scrutés et dont ils ne peuvent se soustraire, c’est un passage obligé auquel ils ne peuvent échapper. « Les absents ont toujours tort », dit l’adage populaire. C’est à peu près ainsi que l’on pourrait résumer le rapport entre le Salon de l’Agriculture et les politiques.

François d’Estais @fdestais

Ces entrepreneurs qui se lancent en politique

Ces entrepreneurs qui se lancent en politique

Les jeunes dans les municipales : Mathieu Beaufrère (UDI)

Les jeunes dans les municipales : Mathieu Beaufrère (UDI)