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Les clés du renouveau français, d’après Pierre Gattaz et Jean-Paul Delevoye

    Lundi 3 février dernier, le Carnet Politique était invité par les idées.fr, le club fondé et présidé par Louis Giscard d’Estaing, à un forum-débat autour du thème du dialogue social et de la compétitivité en France. Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental et ancien médiateur de la République, ainsi que Pierre Gattaz, président du Medef, en étaient les invités. Durant ce débat animé par Pierre-Henri de Menthon, directeur délégué du magazine Challenges, les deux hommes ont dressé leur constat de la situation politique, et développé les principaux chantiers à engager pour enrayer le déclin économique qui se profile. Alors que l’ensemble des indicateurs économiques sont au rouge, que le discrédit politique atteint son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale, et que la société ne cesse de s’enfoncer davantage dans un climat pessimiste et fataliste, chacun doit s’interroger sur ce qu’il veut réellement pour la France. Retour sur les différentes clefs susceptibles de permettre le renouveau français.

Source : Compte Twitter de Louis Giscard d’Estaing
Source : Compte Twitter de Louis Giscard d’Estaing

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« Viser juste »

   « Veut-on créer de l’emploi en France pour nos enfants, nos petits-enfants ? C’est la seule question qui vaille ! » Pierre Gattaz, président du Medef, attire notre attention sur la façon dont est géré le pays depuis trente ans.  La France a jusqu’alors vécu sur ses acquis, se contentant de rajuster à coups de taxes, d’un gouvernement à l’autre,  la perte de vitesse de son système économique inadapté à la concurrence que lui livraient les pays émergents dans un contexte de mondialisation toujours plus poussé. Mais aujourd’hui, les caisses sont vides, la dette a explosé, et le déficit ne parvient pas à être stabilisé. La France n’a plus le choix, elle doit savoir rebondir et prendre en main son destin. D’après Jean-Paul Delevoye, « aujourd’hui le pays doit viser juste

   Sur le plan politique et social, la situation du pays reste tout aussi préoccupante pour Jean-Paul Delevoye, qui propose une explication : « Nous ne sommes pas en crise, nous sommes en métamorphose, c’est-à-dire que la société dans laquelle on se retrouvera dans quelques années n’aura plus rien à voir avec celle que nous connaissons. [...] Par ailleurs, toutes les sociétés sont construites sur trois grands sentiments. Les sociétés qu’elles soient entrepreneuriales, qu’elles soient politiques, qu’elle soient étatiques se bâtissent sur les espérances, les peurs, ou les humiliations : et nous sommes dans un moment très particulier car les espérances communistes, fracassées avec la chute du mur de Berlin, les espérances libérales et l’autorégulation des marchés fracassées par la chute de Lehmann Brothers, les espérances religieuses sont en interrogation et partout dans le monde les espérances politiques apparaissent plus comme des stratégies de conquêtes de pouvoir que des pouvoirs au service d’un projet de société. »

Un discrédit inquiétant

    En effet, le discrédit politique est à son plus haut niveau depuis la dernière guerre comme l’indique l’ensemble des sondages : seules 22% des personnes interrogées font encore confiance aux appareils politiques selon un sondage Ipsos ! Une situation qui trouve ses origines dans une alternance qui a déçu, dont les promesses électorales se sont envolées face à la réalité de l’exercice du pouvoir. Mais aussi dans des luttes d’influence et de pouvoir quotidiennes, dont l’élection du président de l’UMP, théâtre des ambitions personnelles en novembre 2012, fut le paroxysme…  A la question « Quel regard portez-vous sur les politiques ? », une majorité répond : « Ils ne s’occupent pas de nous ». Une réponse qui en dit long sur l’état des relations qui lient les responsables politiques et le peuple. « Le peuple ne croit plus en la parole des hommes politiques et quand les gens ne croient plus en rien, ils sont prêts à croire en tout », déclare l’ancien médiateur de la République, faisant allusion à la montéedes populismes en France.

 « Nous ne souffrons pas en France d’un excès de politiques, nous souffrons d’un excès de politiciens » - Jean-Paul Delevoye

Jean-Paul Delevoye, par lucasbotton (Flickr)

    Cependant, dans le même temps, c’est le crédit de l’entrepreneur qui se retrouve renforcé. En effet, en période de crise, c’est la solidarité de proximité qui prime. Aujourd’hui, les Français demandent des gages d’efficacités sur le plan économique, avant toute exigence sociale -une première !-, et une majorité d’entre eux sont conscients qu’il faut desserrer l’étau qui pèse sur les entreprises. Cette prise de conscience des Français pourrait être le signal pour le gouvernement d’engager la série de réformes attendues et nécessaires pour le redressement du pays. On peut ainsi s’attendre à ceux que la parole des entrepreneurs soit de plus en plus écoutée dans les prochaines années : une nouvelle voix, affranchie de toute considération idéologique alimentant le débat dans cette période de crise économique et guidée par une logique d’efficacité.

S’engager dans une politique de l’offre assumée

Pierre Gattaz, par ygourvennec (Flickr)

    De la même manière, pour Pierre Gattaz, il est indispensable que l’exécutif fasse le choix de la politique de l’offre de l’entreprise, et de la mondialisation : « C’est le choix qu’ont fait la Corée du Sud, la Chine, l’Inde. En un mot, le choix de tous les pays qui réussissent actuellement ». Actuellement, les entreprises françaises sont asphyxiées par la fiscalité, et réalisent les marges les plus faibles d’Europe : 28%,  alors que la moyenne de l’Union Européennes situe au-dessus des 40%. Il apparait alors impossible d’innover, d’investir, de former, de créer des emplois avec des profits trois à quatre fois moins élevés qu’en Allemagne.

    D’après le président du Medef, la France est capable de créer un million d’emplois à l’horizon 2017 si le gouvernement décide de mener pleinement la bataille de l’emploi et d’ouvrir plusieurs chantiers. « C’est par l’entreprise qu’on crée la richesse. On parle d’abord d’économique puis de social. C’est dans ce sens-là et non l‘inverse qu’il faut procéder », martèle Pierre Gattaz.

    Tout d’abord, le coût du travail qui apparait en France comme un véritable frein à l’embauche. Il y a un décalage de compétitivité énorme avec l’Allemagne : 116 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires au total, 65 sur le coût du travail et 51 en ce qui concerne les charges. D’autre part, la fiscalité en général écrase l’entreprise et l’empêche d’investir. En outre, la libération et l’oxygénation des entreprises passent avant tout par une baisse significative des dépenses publiques qui représentent 57% PIB en France (à comparer avec 45% en Allemagne et 49% en moyenne en Europe). « Si on ne baisse pas les dépenses publiques, on ne baissera jamais le coût du travail, et on ne baissera jamais la fiscalité. » observe le président du Medef. Enfin, il faut ouvrir le chantier de la simplification. « Le pays est ligoté par un environnement de quatre-vingt-cinq codes de 400 000 normes et tout ce petit monde-là augmente de 3 à 4% par an. C’est insupportable. Quand vous êtes à la tête d’une PME de 20 ou 30 personnes, c’est délirant ! » Actuellement le code du travail français fait plus de 3600 pages alors que la Suisse connaît une situation de plein emploi avec un peu plus de 60 pages. Les entreprises sont ligotées par les normes, et un code du travail trop complexe, la situation est devenue intenable !

Trouver des solutions au chômage

    Par ailleurs, on compte tous les ans plus de 400 000 emplois non pourvus, alors que le taux de chômage n’a jamais été aussi élevé. Cette situation pour le moins inouïe est révélatrice du décalage qui existe entre les débouchés actuels et les besoins du pays : un dialogue et une étroite coopération doivent être instaurés entre les régions et l’enseignement : les voies d’apprentissages doivent être tirées et guidées par le marché, ce qui suppose de concentrer les efforts sur l’attractivité des métiers pourvoyeurs d’emplois. On manque, par exemple, de 80 000 à 100 000 commerciaux par an. La France pourrait toutefois tirer son épingle du jeu avec les bouleversements des prochaines années à venir.

    Le président du Medef attire l’attention sur les principaux défis que la France doit impérativement relever pour reprendre l’ascendant sur ses concurrents directs. En premier lieu, le monde à équiper : avec plus de sept milliards d’individus et l’émergence d’une classe moyenne mondiale considérable,  les entreprises françaises doivent s’implanter sur de nouveaux marchés et favoriser l’exportation. En métropole aussi, des secteurs dynamiques se dessinent comme la silver-economy (l’économie des biens et services pour personnes âgées) ou la transition énergétique, et il faut accentuer les recherches en ce qui concerne l’exploitation du gaz de schiste,  l’agroalimentaire ou encore le numérique qui sera pour Pierre Gattaz, la « troisième révolution industrielle ». Le pouvoir doit enfin promouvoir l’audace créative et favoriser la création d’entreprises, ce qui suppose la mise en place d’une fiscalité motivante qui récompense la prise de risque.

« Il faut intégrer systématiquement devant le mot social le mot économique, on ne peut pas faire de social s’il n’y a pas d’économie devant » - Pierre Gattaz

Sortir des dogmes idéologiques

Photo du débat-forum organisé par LesIDées.fr, le club de réflexion politique de Louis Giscard d’Estaing dans la salle Lamartine de l’Assemblée Nationale (© François d’Estais)
Photo du débat-forum organisé par LesIDées.fr, le club de réflexion politique de Louis Giscard d’Estaing dans la salle Lamartine de l’Assemblée Nationale (© François d’Estais)

Photo du débat-forum organisé par LesIDées.fr, le club de réflexion politique de Louis Giscard d’Estaing dans la salle Lamartine de l’Assemblée Nationale (© François d’Estais)

    Finalement, la politique en France est trop souvent menée par le dogme, dans un aveuglement idéologique complet qui dégrade l’image de la  France à l’étranger et nuit à l’attractivité du pays. Les politiques et en particulier le gouvernement doivent s’affranchir de leur action doctrinale, arrêter avec les mesures fiscales dogmatiques qui sont amplifiées et ont une résonnance considérable à l’étranger et effrayent les investisseurs potentiels ! Et pour cela il faut sortir de la « dictature du court terme » pour reprendre les termes de l’ancien médiateur de la République, « les entreprises parlent actionnaires à trois mois,  les politiques parlent des prochaines échéances électorales… » C’est cette angoisse du court terme qui paralyse malheureusement trop souvent l’action de nos dirigeants.

« Il faut arrêter avec le dogme qui nous tue en France »  - Pierre Gattaz

    Ainsi, le pacte de responsabilité proposé par le Président est une chance à saisir. Le pays a besoin d’un projet, d’une vision. La France a besoin de perspectives. L’exécutif doit définir un plan clair et ambitieux pour les prochaines années. Il faut expliquer la situation à tous les Français, communiquer, faire preuve de pédagogie afin de faire  accepter aux salariés, aux cadres, à la fonction publique les grandes mutations et les réformes dont le pays a besoin pour repartir. Le patronat doit engager un dialogue constructif avec les syndicats, au-delà de l’équation conflictuelle charges/emplois, pour relever l’économie française afin que la France soit de nouveau conquérante et enthousiasmante. Mais pour cela, il faut que les gens y croient. Il faut que la totalité de la classe politique accompagne ces réformes. La France a tous les atouts pour occuper pleinement la place à laquelle elle doit prétendre sur la scène mondiale, mais la situation dans laquelle se trouve le pays fait que nous ne pouvons plus aujourd’hui nous permettre de jouer à des jeux politiciens.

 « Tout est à inventer, tout est à écrire » - Pierre Gattaz

Nous remercions Madame Isabelle d'Halluin pour son invitation, ainsi que Monsieur Louis Giscard d'Estaing pour son accueil.

Edouard Fouquet @edfou_

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