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Charles Beigbeder : "La droite peut remporter la bataille de Paris"

L'annonce de sa candidature avait fait grand bruit. Charles Beigbeder, entrepreneur émérite, fait partie de ces candidats dissidents qui écornent la candidature d'union que souhaitait créer Nathalie Kosciusko-Morizet. Il a réussi à fédérer derrière son mouvement "Paris Libéré" les candidats de droite souhaitant porter une autre voix lors des élections municipales à Paris.

Lancé depuis mi-décembre dernier dans la course à la mairie de Paris, il a accepté de répondre à nos questions.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de vous porter candidat ?

Selon le CEVIPOF, 87% des Français pensent que les hommes politiques ne s’occupent que très peu de leurs problèmes quotidiens. D’ailleurs, 35% des Français annoncent leur intention de ne pas participer au scrutin municipal au mois de mars prochain. Ce désaveu sans précédent est une réalité qui m’interpelle profondément.

Pourtant, je ne crois pas une seconde que les Français se désintéressent du destin de leur pays, ni de celui de leur ville. La preuve en est l’émergence considérable de mouvements citoyens qui prennent en charge les grandes questions agitant notre société : des Pigeons aux  Poussins, en passant par les Tondus, les Bonnets Rouges et La Manif pour Tous, ou plus récemment, les mouvements Nous Citoyens et Paris Libéré, tous ont l’impression de ne pas être entendus par les professionnels de la politique qui comptent pourtant en leur sein des hommes de grande valeur.

 Le personnel politique ne se renouvelle pas suffisamment

Car il ne s’agit pas avant tout d’un problème de personnes mais d’un dysfonctionnement de notre démocratie : le personnel politique, clos sur lui-même, ne se renouvelle pas suffisamment et s’enferme dans une gestion bureaucratique de la vie municipale, s’affranchissant difficilement de logiques étroitement partisanes : clientélisme, gestion électoraliste de la politique du logement, intrigues de palais, la plupart des élus sont coupés des préoccupations quotidiennes des Parisiens. Ils ignorent le monde de l’entreprise qui constitue pourtant la réalité fondamentale de la vie économique avec ses défis et ses risques, et ne savent pas appliquer aux collectivités locales les méthodes qui ont prouvé leur efficacité dans le secteur privé. Restaurer la confiance dans la classe politique implique donc de gouverner au plus près des citoyens, avec des personnalités compétentes issues de la société civile et du monde de l’entreprise. Je m’y engage.

Pour ma part, je ne suis pas un homme politique mais un citoyen lassé des négligences et des gaspillages ainsi qu’un chef d’entreprise ayant créé plus de 2 000 emplois à Paris et inquiet devant le déclin économique et culturel de notre capitale.

Si je me présente aujourd’hui devant les électeurs, c’est parce que je pense que l’alternance est possible et que la droite peut remporter la bataille de Paris, à condition toutefois d’élargir l’offre politique. En effet, de nombreux parisiens de la droite et du centre ne se reconnaissent pas, à tort ou à raison, dans la candidature actuelle de Nathalie Kosciusko-Morizet. Ils sont donc tentés par l’abstention ou le vote contestataire et notre devoir est de les impliquer de façon constructive dans cette campagne. C’est à ce prix que nous remporterons la bataille de Paris et pour c’est cela que j’ai présenté des listes dans tous les arrondissements de la capitale.

Quel est votre bilan de la gestion socialiste de Paris ?

Le bilan de la municipalité sortante est catastrophique et les Parisiens le ressentent cruellement. Dans un contexte de crise économique, il y avait plus urgent à entreprendre queParis Plage ou Les Nuits Blanches. Je rappelle qu’entre 2007 et 2012, la taxe foncière a augmenté de 70% et que dans le même temps, les dépenses publiques ont explosé de manière exponentielle, à commencer par l’augmentation du nombre de fonctionnaires qui s’élève aujourd’hui à 73 400 en comptant toutes les entités dépendantes de la Mairie de Paris. Cela représente un ratio de 33 fonctionnaires pour 1 000 habitants, contre 8 pour 1 000 pour le Grand Londres : un rapport de 1 à 4 !

Le bilan de la municipalité sortante est catastrophique et les Parisiens le ressentent cruellement.

J’ajoute que l’endettement a été multiplié par 4 sous les deux précédentes mandatures qu’une dette de 1 500€ pèse aujourd’hui sur chaque Parisien. Je n’évoque même pas les dépenses sociales de la Ville de Paris qui s’élèvent à plus d’1,5 Md€ et qui profitent souvent rarement aux Parisiens. Pourquoi 29% des logements sociaux sont-ils proposés à des non Parisiens ? Faut-il aussi rappeler à quel point la municipalité socialo-communiste de Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo a employé son temps à arroser généreusement de subventions les associations qui étaient proches du PS ? 200 M€ annuels de subventions pour des associations dont l’utilité publique de certaines reste parfois à démontrer, est-ce normal en temps de crise ? Les Parisiens n’en peuvent plus de devoir payer pour les errements économiques de nos gouvernants. Élu maire de Paris, je baisserai de 10% en 6 ans le taux de nos impôts locaux.

Quelles sont les grandes lignes de votre projet pour Paris ?

Ils reposent sur un principe simple : rendre aux Parisiens la gestion de leur ville. Je considère anormal de décider à leur place sans les consulter, surtout lorsqu’il s’agit de grands projets qui ont des impacts sur l’urbanisme à long terme : création du TGI de Paris aux Batignolles, Tour Triangle dans le 15ème, chantier des Halles dans le 1er, réaménagement de l’avenue Foch dans le 16ème, pourquoi les Parisiens ne sont-ils pas consultés sur ces initiatives ? Veut-on construire Paris sans eux voire contre eux ? Après, il ne faut pas s’étonner que des candidats émettent l’idée saugrenue et ruineuse de détruire la Tour Montparnasse. Nous consulterons donc systématiquement les Parisiens par voie de votation sur les projets majeurs de la mandature, qui, en matière urbaine et architecturale, représentent une dépense supérieure à 50 M€.

Notre deuxième axe consiste à rétablir les finances de la Ville de Paris sur une base saine. Nous lancerons donc, sitôt élus, un audit participatif des dépenses municipales où les Parisiens pourront, sur les principaux sujets (propreté, circulation, etc.) faire des suggestions d'amélioration des services et d'économies budgétaires. Par exemple en matière de crèches où la collaboration avec le secteur privé pourrait représenter une source d’économie considérable. Dans le même ordre d’idées, nous demandons le rattachement de l’Inspection Générale de la Ville de Paris (IGVP) au Conseil de Paris, afin de garantir un maximum de transparence.

Notre troisième axe, c’est la bataille de l’emploi. François Hollande tente désespérément d’inverser la courbe du chômage mais ne peut y parvenir, prisonnier qu’il reste du logiciel socialiste qu’il tente vaguement d’assouplir à l’approche des échéances électorales. Pour notre part, nous restons fidèles à nos principes : c’est le travail, l’effort et le mérite qui créent les emplois et il est nécessaire de donner un maximum de souplesse au monde du travail si l’on veut que les entrepreneurs embauchent. Élu maire de Paris, j’utiliserai le droit à l’expérimentation locale, comme me l’autorise la loi du 28 mars 2003, pour déroger ponctuellement au code du travail, afin de mettre en place le contrat de travail unique, à durée indéterminée, qui inclut, en annexe, le détail des indemnités de départ du salarié selon un barème proportionnel à l’ancienneté. Un tel contrat qui évite les recours contentieux aux Prud’hommes, fluidifierait le marché du travail et faciliterait les embauches. Fidèle à sa vocation, Paris deviendrait ainsi le laboratoire de la France de demain.

Comme Nous Citoyens, avez-vous l'intention d'apporter un certain renouveau en politique en présentant des candidats issus de la société civile ?

Oui, c’est même la raison principale qui m’a conduit à lancer le projet Paris Libéré. Le fait que Nous Citoyens ait eu la même intuition que nous, prouve que notre démarche répondait à une vraie attente. Comme je le soulignais précédemment, je trouve anormal que la plupart des catégories socio-professionnelles qui composent la tissu économique parisien (commerçants, artisans, professions libérales, chefs d’entreprises) soient sous-représentés par rapport aux hommes politiques issus de la fonction publique. J’ai le plus grand respect pour les fonctionnaires, qui travaillent souvent honnêtement sans être considérés à leur juste mesure sur le plan salarial, mais je trouve anormal qu’ils fournissent le gros de troupes de nos hommes politiques. Élu maire de Paris, je veillerai à cet équilibre et exigerai que les conseillers de Paris n’effectuent pas plus de deux mandats consécutifs, afin d’éviter tout phénomène de routine et de privatisation de la fonction.

Enfin, n'avez-vous pas peur que votre initiative divise la droite et fasse gagner la gauche ?

On nous pose très souvent cette question et je vous ferai la même réponse : il ne s’agit pas d’une élection présidentielle et notre candidature n’empêche nullement la droite d’être présente au second tour. Nous apportons au contraire un dynamisme à cette campagne qui commençait à enfermer les Parisiens dans le duo Hidalgo / NKM. Notre initiative a surpris, parfois déplu, mais nous savons qu’elle est un facteur de rassemblement de la droite et du centre.

Nous apportons un dynamisme à cette campagne qui commençait à enfermer les Parisiens dans le duo Hidalgo / NKM.

Il n’y a quasiment aucun risque qu’une liste d’alternance à la coalition socialo-communiste ne soit pas effectivement présente au second tour. Si cela était le cas dans un arrondissement, nous nous engagerions à retirer nos candidats. Il suffit de franchir la barre des 10% pour être présent au second tour. Le premier tour, c’est la bataille des convictions, le second tour, c’est le vote utile.

Merci à Charles Beigbeder (@CBeigbeder) et à son équipe de nous avoir accordé cet entretien. Propos recueillis par Jacques Boitreaud

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