Municipales : les enjeux de la bataille de Paris

Le maire sera une femme pour la première fois dans l’histoire de la ville. A moins d’une grande surprise, le prochain maire de la capitale sera en effet Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) ou Anne Hidalgo (PS). Mais cette élection historique ne semble pas captiver : les sondages indiquent des taux d’abstention élevés, soulignant le peu d’intérêt que suscite une nouvelle opposition UMP/PS. Cependant, entre les difficultés de NKM à rallier son propre camp et celles d’Anne Hidalgo à se dissocier de la politique fortement impopulaire du gouvernement, la campagne pour la mairie de Paris soulève des enjeux majeurs.

Des enjeux des deux côtés de l’échiquier politique D’un côté : la gauche mise à mal par bientôt deux ans de pouvoir. De l’autre : la droite en quête de recomposition et de crédibilité. Deux partis cherchant à reconquérir la confiance d’un peuple tenté par les extrêmes, face à l’impuissance des partis traditionnels. Le centre s’est repositionné en s’alliant avec NKM, mais cela semble susciter bien des difficultés à la candidate UMP: l’accord, suspendu puis rétabli avec de nouvelles modalités, renvoie en effet l’image peu reluisante d’une cuisine électorale opportuniste. Tous ont compris le tremplin que constitue Paris pour l’avenir, et chaque camp peine à mettre en place une stratégie pleinement efficace.

La gauche face au risque de l’abstention Anne Hidalgo, donnée gagnante par les sondages, se voit progressivement rattrapée par sa concurrente. Selon un sondage CSA pour Le Figaro, BFMTV et Orange paru le mercredi 8 janvier, NKM serait même devant au premier tour: 39%, contre 38% pour son adversaire. Le second tour resterait en revanche favorable à Anne Hidalgo, créditée de 51,5% des voix. La candidate socialiste souffre de l’impopularité du gouvernement dont elle a tenté de se désolidariser en multipliant les critiques à son égard. Son statut de bras droit du maire sortant, Bertrand Delanoë n’a pas joué non plus en sa faveur. Plagiant un certain slogan politique, NKM ne cesse d’appeler à du changement à la tête de la capitale… Cependant, le principal danger qui guette le camp socialiste est celui de l’abstention. En effet, selon les derniers chiffres, les sympathisant PS sont les plus nombreux à annoncer qu’ils vont s’abstenir (autour de 40%), tandis que la droite serait davantage mobilisée (environ 30%).

La droite en difficulté Malgré cette opportunité pour la droite, la campagne de NKM n’est pas exempte de couacs. La candidate UMP a par exemple déclaré dans le magazine Elle, le 19 novembre, qu’elle trouvait dans le métro « des moments de grâce », s’attirant ainsi les railleries de toutes parts : « Zut, mon moment de grâce est en retard », pouvait ainsi lire sur le réseau social Twitter. L’image « bobo » qu’elle véhicule s’en trouve renforcée, un mauvais point pour sa communication qui s’enlise semaine après semaine. La composition des listes électorales s’annonce aussi pour elle un vrai casse-tête, entre jeux d’influence et conciliation des susceptibilités. Sur Facebook ou Twitter, à la radio ou dans la presse écrite, la bataille des petites phrases s’enchaine, au sein-même de l’UMP : Jean Tibéri déclarait ainsi en décembre dernier « Elle fait n’importe quoi ! ». Charles Beigbeder présente ainsi une liste dissidente, Paris Libéré, après que sa place sur la liste du 8ème arrondissement lui a été retirée. Sans compter le bras de fer sous-jacent entre François Fillon et Jean-François Copé, qui tentent d’avancer leurs pions dans cette partie de poker menteur, sachant pertinemment que NKM, si elle gagne Paris, posséderait un atout indéniable pour une éventuelle candidature à la présidentielle.

Des programmes pas si éloignés Si l’on s’intéresse de plus près aux programmes respectifs des deux candidates, on trouve les mêmes thèmes principaux: garantir l’accès au logement pour tous, améliorer la sécurité et les transport publics, promouvoir l’environnement à travers l’urbanisme et les énergies renouvelables. Pour atteindre ces objectifs, les mesures annoncées ne sont guère éloignées. La seule vraie différence réside dans la priorité accordée à chacun de ces objectifs : ainsi, sans surprise, Nathalie Kosciusko-Morizet met en avant la sécurité, reprenant la rhétorique classique de la droite, tandis que Anne Hidalgo insiste sur le système d’attribution des HLM. Leurs programmes programmes respectifs ambitionnent en effet de répondre aux attentes des électeurs, 45% à juger que la lutte contre la délinquance est une priorité, 43% pour le logement, 36% pour les transports en commun. Fait notable : ils étaient 37% à faire de la sécurité une priorité il y a 6 mois, soit 8 points de moins qu’aujourd’hui.

Une valeur symbolique En conclusion, l’élection de Paris pourrait bien servir de symbole pour l’ensemble des élections municipales. Permettre à l’UMP de prouver son unité retrouvée, ou dans un résultat contraire, permettre au PS de souffler avant les européennes. Certains pronostiquent une situation intermédiaire, sans victoire de la droite, ni défaite de la gauche : « Paris, c'est plié (pour la droite), Marseille risque d'être perdu. Le PS va s'en sortir et le Front national gagnera des villes. (…) Il n'y aura donc pas de vague bleue, et on parlera surtout dans les médias d'une vague bleu Marine. ». Cette analyse, rapportée par Le Canard Enchaîné le 31 décembre dernier, émane d’un certain... Nicolas Sarkozy. Il suit de près la campagne de son ex-porte parole de campagne et multiplie les rendez-vous rue de Miromesnil. Et si c'était pour préparer une contre-attaque… dès 2014 ?

Ghislain Lunven @glunvendc

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