Les voeux ratés de François Hollande pour 2014

Par François d'Estais

La dégradation de la communication de François Hollande a participé à son effondrement dans les sondages en 2013, qui le créditent aujourd'hui de 21% d'opinion favorable (d'après TNS Sofres). Ses vœux pour 2014 représentaient sa dernière opportunité de trancher avec une communication émaillée de profondes crises durant l'année: l'intervention improvisée en pleine affaire Cahuzac, les divergences au sein du gouvernement parfois même entre le Premier ministre et le Président (par exemple à propos de la pause fiscale), et surtout son allocution lors de l'affaire Léonarda, qui a jeté un profond discrédit sur son autorité. Pourtant, les vœux qu'il a prononcés ne se sont pas détachés de cette communication chancelante et maladroite, décevant tant sur le fond que sur la forme.

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Cet exercice de communication obligé et contraignant était bâclé sur la forme. C'est à se demander comment les équipes de communication de l'Elysée ont pu laisser apparaître de telles carences : écran vert du plus mauvais effet, faux drapeaux incrustés en arrière-plan, superposition du logo des chaines de télévision et de celui de l'Elysée,... La liste est longue et même si elle peut paraître anecdotique, elle renvoie inconsciemment une image d'amateurisme dont le Président se passerait bien actuellement. De plus, le ton de François Hollande est monotone, manque de chaleur et de naturel, peut-être à cause d'une lecture trop marquée (et trop visible) de son prompteur lui donnant un regard fuyant. Il n'aime pas la communication et cela se voit. Ceci vaudra à Jean-Luc Mélenchon ce tweet repris plus de 400 fois:

https://twitter.com/JLMelenchon/status/418099737871810561

Sur le fond aussi ces voeux sont dans la continuité de “la méthode Hollande”, oscillant entre flou et compromis. Un pari risqué, et finalement perdu.

Concernant les impôts, tout d'abord, il admet, 18 mois après sa prise de pouvoir, que “les impôts sont devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler...” sans omettre de rappeler la responsabilité de ses prédécesseurs : “...depuis de nombreuses années”. Il reprend ainsi l'idée de “ras-le-bol fiscal” évoquée par Pierre Moscovici en août dernier, qui fait apparaitre le gouvernement comme incertain et faillible, annonçant des baisses d'impôts après les avoir fortement augmentés. Un double discours difficile à entendre pour des électeurs qui se sentent dupés par l'Etat, bien conscients que l'approche d'échéances électorales n'y est pas étrangère.

"Je n’ai qu’une priorité, qu'un objectif, qu’un engagement, c'est l'emploi !"

Quant au chômage, il admet qu'il “est resté à un niveau encore élevé, même si la tendance s'améliore.” Sans faire mention, donc, de la promesse faite plus d'un an plus tôt d'inverser la courbe du chômage, pourtant dans tous les esprits. Autrement dit, c'est un semi-aveu d'échec qui le confronte à son impuissance, or c'est précisément sur cette impuissance des partis traditionnels que se fonde la popularité des partis populistes. Mais il réaffirme une nouvelle fois son engagement : “Je n’ai qu’une priorité, qu'un objectif, qu’un engagement, c'est l'emploi !

Dans ce but, il annonce la création d'un “pacte de responsabilité”, qu'il évoque sans en annoncer les contours techniques réels.

De nouveau, le doute peut s'installer, même s'il sera probablement éclairé par des déclarations futures. Mais ce doute est dangereux : en réaffirmant une politique de l'offre, il sous-entend un cadeau de plus fait aux entreprises, alors que là où les ménages vont subir une augmentation d'impôts de plus de 12,5 milliards d'euros, les entreprises vont déjà bénéficier d'un allègement de 10 milliards. Des actes qui tranchent avec les discours éminemment virulents de la campagne. On notera qu'il parle bien de “charges”, qui appartient normalement au lexique traditionnel de la droite. Un nouveau moyen de jongler avec les contradictions, et peut-être l'esquisse d'un tournant politique et économique majeur dans son quinquennat.

François Hollande se fixe aussi trois domaines d'action principaux pour 2014, sans pour autant se fixer d'objectif explicite. Son erreur de l'inversion de la courbe du chômage, objectif avec lequel il s'est réellement ligoté politiquement (on attend encore de voir si l'objectif est finalement atteint), semble l'avoir enclin à la prudence. Cependant, il n'en approfondit aucun et nous laisse de nouveau en suspens, notamment sur la simplification de l'organisation territoriale : s'agit-il de supprimer un échelon du millefeuille administratif ? La question reste pour l'instant sans réponse. Il en va de même pour les thèmes tels que l'isolement, les otages, la transition énergétique, l'Allemagne, l'histoire, l'amour de la France : tout est évoqué, rien n'est développé, diluant ainsi terriblement le propos. Cela le rend diffus, confus, et il empêche l'émergence de ce qu'il manque le plus à la France d'aujourd'hui : une vision.

"La France sera forte"

Enfin, il finit par un appel à l'espoir, dont il aurait finalement pu se contenter car c'est la partie la plus porteuse de son allocution. Il affirme vouloir que la France soit forte. "La France sera forte" ? Oui, c'est bien ce qu'il affirme, lors d'une anaphore, rappelant ainsi le slogan de campagne d'un certain... Nicolas Sarkozy ! Une référence dont il ne se serait jamais permise au début de son mandat, quand il s'efforçait encore d'être l'extrême inverse de son prédécesseur.

En conclusion, même si la portée des voeux doit être relativisée, ces derniers n'auront pas marqué de tournant significatif du point de vue de la communication du chef de l'Etat. Ils sont finalement assez représentatifs de la méthode Hollande, naviguant entre les contradictions et jouant entre les contraires. Un jeu dangereux qui n'a jamais marché depuis le début du quinquennat.

François d'Estais @fdestais

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