Le grand défi de l'éducation française

Le grand défi de l'éducation française

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Par edfou

64 milliards d’euros. C’est la somme dépensée par l’Etat derrière la mission “Enseignement scolaire” pour l’année 2013, maintenant ainsi l’éducation au premier poste de dépenses au niveau de l’Etat et des collectivités territoriales. Et pourtant, le constat est amer : l’Education nationale sombre inexorablement d’année en année, comme le montre la succession d’études, dont le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) pointant encore récemment les carences d’un système français jadis excellent… Les statisticiens de l'OCDE placent en effet la France à la 25e place sur 65 participants –à la 18e sur les 34 pays membres de l'OCDE. Avec un score de 495 points, elle se situe tout juste dans la moyenne des pays de l'OCDE, mais loin derrière ses voisins allemands, suisses, belges et scandinaves... Des résultats plus que décevants pour la cinquième puissance mondiale. Retour sur le naufrage d’un système expirant.

Des inégalités qui se creusent

    Cette étude pointe en premier lieu le poids croissant des inégalités sociales. L’école de la République se révèle incapable de faire progresser et, à terme, de faire réussir les élèves les moins privilégiés. La France est aujourd’hui le pays de l’OCDE où l’écart des résultats entre élèves issus de milieux favorisés et défavorisés est le plus fort : deux fois celui du Canada, du Japon ou de la Finlande. Un véritable fossé se creuse entre les classes sociales et la réussite, entre le secteur privé et le secteur public. Les chiffres sont écrasants : plus de la moitié des effectifs des classes préparatoires aux grandes écoles sont des enfants de cadres et de professions supérieures, 6,3% d’ouvriers. S’il y a à peu près autant d’enfants très performants depuis 2003 en France, on compte en revanche beaucoup plus d’élèves en difficultés, ce qui sous-entend que le système tend à se dégrader par le bas.

Un niveau qui chute

   En outre, le niveau moyen tend chaque année à diminuer un peu plus. Ainsi, à l’entrée en 6ème, près de 30% des élèves connaissent des difficultés en lecture. « La racine de l’échec scolaire est là » d’après Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale, « parce que quand on est en difficulté de lecture et d’écriture, on est en difficulté partout. » La France décline ainsi vers une forme de médiocrité qui tend à se généraliser d’années en années. L’exemple le plus flagrant est celui des sciences, et plus particulièrement des mathématiques. La baisse du niveau moyen dans ce domaine est telle qu’elle risque d’aggraver le déficit d’ingénieurs et dont la France manque cruellement pour rester compétitive sur le plan de l’innovation.

"Quand on est en difficulté de lecture et d’écriture, on est en difficulté partout." - Luc Ferry

    Selon le mathématicien Laurent Lafforgue, « à la fin d’une terminale S, les élèves ont perdu, en mathématiques, l’équivalent d’une année et demie par rapport à leurs ainés d’il y a trente ans… » Et la mesure annoncée par Vincent Peillon, devant laquelle il a finalement reculé concernant les classes préparatoires, n’améliorerait certainement pas les choses et n’apporterait aucune remédiation au dysfonctionnement du système actuel… Si ce n’est la dévalorisation du statut de ceux qui sont en charge de la formation des élites du pays.

    D’autre part, à l’instar des professeurs des classes préparatoires, le statut de l’enseignant s’est lui aussi dégradé, et avec lui, son autorité. La profession n’est plus valorisée, comme en témoignent notamment les salaires des enseignants (primaire, collège, lycée confondus) se situant en-dessous de la moyenne des pays de l’Union Européenne.

    Le résultat global est dramatique : Au total, chaque année, plus de 120 000 jeunes quittent le système avec, au mieux, le brevet et parmi lesquels 10% ne suivront pas de formation. Le baccalauréat n’est plus qu’un diplôme dont la valeur fictive ne constitue en rien une garantie de ne pas rejoindre la longue liste des demandeurs d’emploi…

Un système à réinventer

   Le système est à bout de souffle, et les réformes entreprises ne font que prolonger sa vie. Mais rien n’est fait pour attaquer le mal à la racine. Le pays ne forme pas assez d’ingénieurs, et ceux qui le sont partent à l’étranger, sous la pression d’une fiscalité souvent confiscatoire. En effet, le succès de certains, qui devrait susciter l’admiration des autres, ne fait que cristalliser l’animosité et la rancœur. Il faut donc retrouver le gout de l’effort et de l’excellence ! Sans cela, la France ne tiendra pas face à la concurrence impitoyable des pays qui ont réussi leur entrée dans le processus de mondialisation.

Que faire ?

    Comme l’indique cet état des lieux, les conditions sine qua non du redressement du système éducatif français passent principalement par la réduction des inégalités scolaires entre les différentes classes sociales, la revalorisation des programmes scolaires, ainsi que le développement et la stimulation de la dimension créative de chaque élève.

Ces deux premières conditions peuvent être satisfaites par une série de mesures simples qu’énumère entre autres Jacques Attali dans son livre Urgences françaises, telles que la mise en place d’effectifs réduits dans les classes de CP, afin de permettre à l’enseignant de cibler les difficultés de chaque élève et de lui proposer un suivi adapté le plus tôt possible. Luc Ferry propose également le transfert massif de moyens dans les ZEP (financier, support numérique, nombre d’enseignants accrus), un (ré)enrichissement des programmes, notamment en mathématiques, et enfin la multiplication significative des promotions d’ingénieurs dans les grandes écoles (d’autant plus que la demande au niveau mondial est considérable, et que les formations dispensées restent encore très réputées).

L'Element, de Ken Robinson, vient de paraitre en France

Par ailleurs, il s’avère nécessaire de placer la créativité des enfants au centre du dispositif. Ken Robinson, spécialiste mondialement reconnu dans le domaine de l’éducation, explique dans son ouvrage l’Elément,  qui vient de paraître en France, l’importance de cultiver les passions et l’originalité de chaque enfant. Si la révolution éducative qu’il propose est loin d’être à l’ordre du jour, l’idée directrice selon laquelle il est important de conserver du temps afin de rechercher son talent propre reste néanmoins intéressante. En effet, pour progresser, un élève a besoin d’aimer ce qu’il fait et de découvrir ce pourquoi il est doué.  Ken Robinson mise alors sur l’élaboration d’un programme scolaire enrichi afin de pallier les carences du système d’éducation actuel, qui a « une vision étroite et obsolète de l’intelligence. »

    La France est une nouvelle fois à la croisée des chemins. Le dernier classement PISA est une nouvelle mise en garde sur l’état dramatique du système éducatif français. La France ne peut plus se contenter de vivre sur ses acquis. Sans un véritable sursaut, le marasme dans lequel s’enfonce lentement le système éducatif depuis plusieurs années conduira immanquablement à des répercussions  économiques importantes pour la cinquième puissance du monde, incapable de faire face à la concurrence de pays dont le niveau d’éducation serait bien supérieur au nôtre. La France ne peut se satisfaire de la médiocrité, l’Education nationale doit être reformée, au-delà des rythmes scolaires qui n’en sont qu’une composante. Il faut donc la réformer une fois de plus, mais dans un souci d’équité et de promotion du gout de l’effort, pour permettre à chacun d’atteindre son niveau d’excellence.

@edfou_

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