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La place du loup en France

La place du loup en France

Par edfou

    Disparu depuis les années 1940, le loup fait son grand retour en 1992 dans les Alpes-Maritimes. Une apparition qui soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations… Une chose est sûre, vingt ans après le loup déchaîne toujours les passions et les réactions les plus diverses donnant naissance à bon nombre de polémiques régulièrement entretenues. Par ailleurs, Les chiffres des prédations attribuées au carnivore pour l’année 2013 sont vraisemblablement en hausse. Quelle place occupe réellement le loup en France ? Quelles questions posent aujourd’hui son retour ?

carte loup
carte loup

    La première question à se poser est donc celle de son retour au sens strict du terme : Comment le loup est-il revenu en France ? Cette question somme toute peu importante, revêt une dimension cruciale sur l’avenir du loup français. En effet, l'espèce Canis lupus est protégée par la loi dans le cadre de la convention de Berne depuis 1993, date de la signature d'un arrêté qui hissa le loup au rang d’espèce protégée. Néanmoins, cet ajout est uniquement valable dans le cas d'un retour naturel du loup. Si son retour est naturel, le loup ne fait en effet que récupérer la place qui lui revient légitimement sur le territoire français. En revanche, prouver que le loup a été réintroduit par l'homme de façon clandestine pourrait conduire à la perte immédiate de ce statut. L'hypothèse de l'arrivée naturelle s'appuie alors sur le retour des loups depuis les Abruzzes en Italie, où les loups n'ont jamais été totalement exterminés et sont protégés par la loi depuis 1976. Par ailleurs Les loups sont des animaux territoriaux vivant en meute. Chaque meute possède un territoire dont les limites sont déterminées en fonction de l'abondance en nourriture: une structure sociale qui explique la migration de certains individus lors de l’augmentation des populations et par conséquent la colonisation de nouveaux espaces. Ce comportement explique alors la propagation extrêmement rapide du loup dans l’est de la France. On recense actuellement environ 250 loups sur le territoire.  L'arrivée naturelle est donc possible –et même probable- mais n'est pas prouvée. En effet, l'exceptionnelle progression du loup pousse certains agriculteurs à émettre hypothèse d'une réintroduction clandestine par des groupes écologistes. Le problème du mode d'arrivée du loup reste donc entier et aucune hypothèse ne peut être écartée à l’heure actuelle.

    Cependant la question principale de ce retour reste celle de la cohabitation avec l’Homme et notamment avec l’élevage ovin. Alors que les associations écologistes prétendent qu’une cohabitation est possible, les éleveurs et agriculteurs concernés affirment le contraire. Aujourd’hui, la population de loup s’étend jusqu’au sud du Jura, avec une forte présence dans l’arc alpin. Or, la zone abrite également la deuxième région d’élevage ovin du pays qui connait d’importantes prédations. "Les pertes et les conditions de vie des éleveurs sont inacceptables", s’emporte Franck Dieny, lui-même éleveur dans les Hautes-Alpes et président de la Fédération régionale ovine.  De plus,  Le nombre d’attaques est en augmentation continue (de 736 attaques indemnisées en 2008 à 1 084 en 2012), et sur un nombre de zones concernées croissant : 310 unités pastorales concernées par au moins un cas de prédation en 2008, 450 en 2011.

    Depuis plusieurs années déjà, les pouvoirs publics ont mis en place différents systèmes d’indemnisation des dégâts occasionnés par le prédateur tels que le remboursement pour chaque bête tuée de 1,5 fois le prix, l’attribution d’une aide financière pour l'achat d'un chien ou encore la construction de parcs de rassemblement fixes ou mobiles qui permettent de faciliter la surveillance. Ces solutions nécessitent cependant l'emploi d’un nombre accru de bergers et restent par conséquent impensables sur le plan économique pour une majorité des éleveurs. Néanmoins, pour une majorité les indemnisations déjà en vigueur sont considérées comme acceptables à conditions de les combiner à des solutions de prévention efficaces. Ainsi plusieurs organisations professionnelles agricoles proposent la capture de tous les loups qui se trouvent actuellement dans les montagnes des Alpes-Maritimes ainsi que la création en dehors des zones d'élevage de parcs animaliers de grande surface et sous surveillance, dans lesquels les loups capturés pourraient être introduits. En mai dernier, le plan national loup 2013-2017, signé par le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll et Delphine Batho, ex-ministre de l’Ecologie avait pour but de permettre une meilleure gestion du prédateur tenant compte de la bonne dynamique de population de l’espèce. Ainsi ce rapport préconise une gestion différenciée du loup afin que le plan d’action soit territorialisé selon les types d’élevages et les milieux. Le plan loup prend en outre en charge les pertes « indirectes » des prédations (avortements, diminution de la lactation…) et prévoit des prélèvements basés sur le taux de croissance de l’espèce en misant sur une gestion graduée en fonction de la pression exercée par la prédation sur un territoire. Ainsi le nombre maximum de loup dont la destruction est autorisée est fixé à 24 pour la période 2013-2014.

   Cependant, la présence et l’expansion du nombre de loups sur le territoire est aussi un révélateur d’une biodiversité abondante couronnant les efforts de plusieurs années de politiques d’aménagements. En contrepartie, l’arrivée du loup constitue aussi une nouvelle pression sur la faune sauvage, payant déjà un lourd tribut au renard et autres nuisibles qui ne cessent de proliférer sur l'ensemble du territoire. Il devient alors urgent d’agir de façon à concilier à la fois l’intérêt des éleveurs, la protection de l’espèce mais aussi celle des populations d'espèces sauvages déjà établies (cervidés, perdrix, lièvres, lapins…) qui pourraient être menacés par une augmentation conséquente de prédateurs dans les prochaines années – loup, renard et lynx.  Il serait en effet dommageable qu’éleveurs et espèces sauvages fassent les frais de l’aveuglement idéologiques de certains lobbies  écologistes…

    L’enjeu réside désormais dans la construction, avec l’ensemble des partenaires,  d’une vision commune des moyens de cohabitation entre un prédateur présent sur notre territoire, le loup, une activité essentielle pour les zones de montagne, l’agro-pastoralisme ainsi que le maintien de la faune préexistante dans les zones concernées. Mais le chemin pour y parvenir est complexe. Si écologistes et éleveurs – et même chasseurs- dressent globalement les mêmes constats, les solutions à apporter sont loin de faire consensus. Une réponse satisfaisante sera peut-être apportée avec le nouveau plan national ? D’ici-là, il est certain que le loup fera encore parler de lui…

Edouard Fouquet

@edfou_

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