Rencontre avec Denis Payre, président de Nous Citoyens

Rencontre avec Denis Payre, président de Nous Citoyens

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Propos recueillis par François d'Estais et Jacques Boitreaud 

Denis Payre a fondé deux entreprises, Business Objects et Kiala, devenues leaders mondiaux dans leur secteur. Nommé «Entrepreneur de l’année» en 1996 aux côtés de Steve Jobs et Steven Spielberg, il s’est aujourd’hui lancé un nouveau défi : transformer la politique française. Il y a un mois et demi, il a lancé le mouvement politique Nous Citoyens, qui se donne pour mission de construire un projet novateur avec la société civile afin de réformer le pays en profondeur. Nous Citoyens a récemment présenté ses propositions pour renouveler la vie politique, nous l’avons rencontré à cette occasion. 

Denis Payre, le 26 novembre dans les locaux de Nous Citoyens

Quel constat dressez-vous sur la France d’aujourd’hui ? Nous pensons que la France est une surdouée qui s’ignore, et qu’elle a toutes les capacités pour réussir dans la mondialisation : le prestige, la capacité de raisonnement, la créativité. La France est un pays qui fait rêver le reste du monde. Quand on connaît ce pays et son talent, la situation actuelle de chômage et de précarité de masse est un scandale absolu ! La France est dans un état très volatile. Il y a même, selon moi, un début d’insurrection, pour l’instant pacifique. Des mouvements comme les Bonnets Rouges sont très représentatifs de ce qui est en train de se passer dans la société. Avec les Bonnets Rouges, on assiste à la fin de la fable de la lutte des classes : toutes les composantes de la société française et des entreprises concernées se sont rassemblées pour dire : « Le problème, c’est l’Etat ».

La situation actuelle de chômage et de précarité de masse est un scandale absolu !

Qui est responsable de cette situation ? La responsabilité, c’est celle des chefs ! Dans une entreprise, quand quelque chose ne marche pas, ce sont les chefs qui sont responsables.

Quelles sont les missions de Nous Citoyens dans le contexte actuel ? Nous Citoyens a deux missions : la première, incarner une troisième voix par rapport aux partis traditionnels pour éviter la montée des partis extrémistes et dangereux. La seconde, accompagner la montée en puissance des frustrations pour essayer de transformer ce mouvement de colère, qui pourrait être négatif et violent, en quelque chose de positif et de constructif, en proposant un véritable projet pour le pays. Le but est de réformer une fois pour toutes, sérieusement et efficacement : c'est pourquoi nous créons un projet de réforme ambitieux et novateur, ce qu’aucun autre parti n’a réussi à faire récemment.

Nous créons un projet de réforme ambitieux et novateur

Pensez-vous que l’on peut réellement réformer la France ? Je pense que si un Président est élu sur un vrai programme de réformes, transparent et largement accepté, les mouvements de contestations auront très peu de prise et très peu de crédibilité. Le modèle, c’est Schröder : il a pris le risque de faire les réformes, et grâce à lui l’Allemagne a été remise sur les rails pour un certain nombre d’années. Il a privilégié l’intérêt du pays à sa propre carrière. C’est pourquoi il faut corriger les faiblesses de certains politiques par des mécanismes vertueux, comme nous le préconisons par des propositions telles que la limitation à deux mandats consécutifs pour une même fonction.

Pourquoi établir à deux mandats le maximum de mandats à une même fonction pour un élu ? Nous pensons que pour qu’un élu puisse mener une politique dans la durée, deux mandats sont nécessaires. Pour un certain nombre de projets, comme les programmes d’urbanisme, il est important de s’inscrire dans la durée. On ne peut donc pas demander un mandat non renouvelable. Mais limiter à deux mandats consécutifs pour une même fonction permet d’éviter l’installation d’élites politiques carriéristes à la tête des villes ou du pays. Regardez par exemple Jean-Claude Gaudin ou Alain Juppé, qui se présentent tous pour un quatrième mandat à la tête de leurs villes respectives…

Denis Payre sur le plateau de Des Paroles et Des Actes, sur France 2, le 28 novembre 2013

Comment comptez-vous imposer cette idée à une classe politique installée au pouvoir depuis toujours ? Il est vrai que nos recommandations sont ambitieuses, mais il y a une telle attente du côté des citoyens que les politiques seront obligés de s’emparer de ces questions. Nous voyons le succès que l’on a en quelques semaines : nous existons depuis un mois et demi, nous étions 100 au départ et nous sommes aujourd’hui près de 7000, en ne présentant que six propositions sur la vie politique. Nos propositions créent de l’engouement car elles sont concrètes. D’autres propositions sur l’éducation sont à venir, après des constats hallucinants dans l’organisation de l’Education nationale. L’Education nationale, c’est le bateau ivre, qui ne fonctionne que grâce au travail remarquable et à la conscience professionnelle d’une majorité d’enseignants ! Sur des sujets comme ceux-ci, c’est la pression populaire qui va permettre de l’emporter.

Nos propositions créent de l’engouement car elles sont concrètes

Pour 2017, vous demandez exceptionnellement un mandat présidentiel non renouvelable, pourquoi ? Nous recommandons exceptionnellement, pour le mandat présidentiel de 2017 et compte tenu des circonstances, que le candidat ne se présente que pour un mandat. Il devra dire, dès le début, qu’il n’est pas candidat à sa réélection. Contrairement à Nicolas Sarkozy, qui en 2007, pensait déjà à 2012 : il était par conséquent dans une logique de limitation de prise de risque. La France devra, dès 2017, faire les réformes nécessaires : elle n’a pas le droit de se tromper.

Comptez-vous retourner au septennat ? Non, pas nécessairement. Je pense que cinq ans est une durée suffisante, les principales réformes devant être faites dans les douze premiers mois. Dans la situation actuelle, je ne sais pas si les Français et les marchés financiers auraient la patience d’attendre plus longtemps. Je me demande même dans quelle mesure 2017 n’est pas un peu éloigné, compte tenu de la tournure que prennent les événements.

Comment les partis politiques réagissent-ils à votre entrée sur la scène politique ? Les partis politiques nous nous ont quasiment tous contactés. Mais nous restons très prudents, car nous ne voulons pas de tentative de récupération. Nous sommes avant tout neutres et transpartisans.

Comment vous imposer sur la scène politique sans devenir à votre tour un politique de carrière ? Je débute en politique, mais je n’ai pas vocation à faire cela toute ma vie ! Nous Citoyens annoncera le 12 décembre son projet pour les élections municipales. Nous nous appliquerons à nous-mêmes les principes nécessaires pour ne pas avoir de politiques de carrière. Par exemple, les candidats « labellisés » Nous Citoyens devront signer une charte, et conformément à nos propositions pour changer la vie politique, s’engager à ne pas exercer plus de deux mandats dans la même fonction.

Nous sommes avant tout neutres et transpartisans

Chaque candidat Nous Citoyens devra signer une charte

Qui seront les candidats Nous Citoyens ? Une cinquantaine de listes nous ont d’ores et déjà contactés depuis le lancement il y a un mois et demi. Ces candidats sans étiquette sont issus de la société civile et souhaitent faire bouger les choses au sein de leurs communes. Par exemple, des habitants de Grigny, dans l’Essonne, ont fondé le Parti des Grignois (PDG) en 2008. La commune, gérée par des communistes depuis 30 ans, avait été placée sous tutelle de l’administration à cause de sa gestion catastrophique. Un certain nombre de citoyens ont donc décidé de dresser une liste sans étiquette pour prendre la mairie. Ils ont réussi à obtenir 27% des suffrages, mais ont perdu à cause d’une coalition socialo-communiste, qui les a empêchés de prendre la mairie. Cinq d’entre eux ont été élus et ils se présenteront certainement en 2014 sous l’étiquette Nous Citoyens. C’est un bon exemple de l’action que nous souhaitons mener.

Vous souhaitez incarner une troisième voix dans le débat public, mais de quel parti traditionnel vous diriez-vous le plus proche ? Quelle tendance politique globale défendez-vous ? Aujourd’hui, quelle est la différence entre la droite et la gauche ? Ce sont les mêmes étatistes forcenés, ce sont les mêmes individus qui sortent des mêmes écoles. Je viens d’un monde où tout ce qui compte, c’est le bon sens et les résultats. Nous définissons donc la politique que nous voulons mener par le bon sens, et aussi par des valeurs : nous sommes des républicains  et nous refusons les extrêmes. Nous croyons en la solidarité, mais en une vraie solidarité. Nous sommes des européens, nous sommes pragmatiques et humanistes. Libre à vous de nous placer sur l’échiquier politique…

Propos recueillis par François d'Estais (@fdestais)

 Plus d'informations sur Nous Citoyens : http://www.nouscitoyens.fr

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