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Tout changer

Par François d'Estais

D’après le sondage publié par le JDD dimanche dernier, 91% des Français demandent que François Hollande “change tout”. Une nouvelle preuve que l’immobilisme actuel de la classe politique ne peut continuer. François Hollande ne cesse de faire le balancier, perdu dans des calculs électoraux qui restent infructueux. Le Premier ministre poursuit ses envolées lyriques à l’Assemblée Nationale, ne répondant aux questions pratiques et précises des députés. Et que fait l’opposition, si ce n’est tâtonner pour trouver sa ligne politique, illisible depuis plus d’un an ? Le drame est en train de se jouer, sous nos yeux. Tout le monde le prédit et chacun se voit déjà, à 20 heures, devant son écran de télévision et contempler l’ampleur du séisme. Le FN s’afficher fièrement comme le parti en tête des élections municipales. Personne ne le veut, mais personne ne fait rien pour l’éviter.

La question du leadership

Le drame du paysage politique actuel, c’est qu’aucune figure ne semble en mesure d’assumer un leadership incontesté. Il n'y a plus de figure pour incarner des idées. L'UMP ne trouve toujours pas de leader, ayant trop de chefs à sa tête affichant leurs ambitions personnelles avant de ne promouvoir leurs idées. Jean-François Copé traîne toujours comme un boulet la fraude présumée pour l’élection à la présidence du parti, tandis que Harlem Désir éprouve des difficultés à réunir son camp, en proie à des divisions idéologiques internes profondes. Jean-Marc Ayrault est incapable de tenir son gouvernement, et François Hollande de dépasser les clivages politiques. Les dirigeants sont faibles, tant sur le plan des propositions que de l’autorité. Une seule figure est incontestée comme leader du courant politique qu’elle incarne, et cette personne est Marine Le Pen. Les Français aiment avoir un chef, incarnant une certaine idée de la France et de l’action politique. Mais aujourd'hui, seuls les extrêmes semblent avoir des leaders en mesure de leur prêter une oreille attentive.

Une communication inaudible

Le Président de la République est inexistant sur la forme : il n’y a plus d’enthousiasme ni de chaleur dans ses propos, qui semblent calculés et préparés au millimètre près. Sa parole, qui devrait être une arme de précision, transcendant les Français et les clivages, n’a plus aucun impact, et reste enfermée dans le carcan d’éléments de langage plus inefficaces les uns que les autres. Hier, c’était le cap, c’était la boîte à outils, c’était la France de 2025. Autant de subterfuges dont l’illusion n’a pas fonctionné. (voir l'analyse de son allocution du 14 juillet) Peut-on dire les choses clairement, une fois pour toutes ? Cesser les interventions télévisées inutiles, lorsqu'elles n'apportent aucune proposition nouvelle ? Dire la vérité aux Français, sans cesse brandie comme un idéal mais jamais énoncée ?

L'opposition n'a quant à elle pas trouvé le moyen de retrouver une voie cohérente et un porte-parole solide. L'horizon est plat, les Français sont las, aucun leader ne semble émerger et les idées sont toujours floues.

Où sont passées les idées ?

Car la grande question qui mérite d'être posée, c'est  celle-ci : où sont passées les idées ? La question de l'écotaxe, qui n'a pourtant pas fait polémique lors de sa mise en place à l'étranger, en est le dernier exemple en date. Comment justifier le recul temporaire du gouvernement à ce sujet ? La réponse semble bien éloignée de la recherche de l'intérêt collectif, et ressemble plus à un immense calcul électoral visant à satisfaire les Verts. De plus, si l'écotaxe a provoqué un tel tollé en France, c'est parce que la fiscalité est toujours plus oppressante sans que les dépenses publiques soient diminuées. Autrement dit, elle a cristallisé à elle seule l'ensemble des tensions sur la fiscalité pesant sur les entrepreneurs et les ménages, des tensions justifiées lorsque l'on sait que la part des prélèvements obligatoires dans le PIB continuent d'augmenter (+0,15 points en 2014).

Un autre exemple de la nécessité de rétablir le dialogue autour des idées et des réformes : la note qui accompagne la dégradation de la note de la France accordée par Standard & Poor's souligne l'érosion de la confiance du peuple envers ses dirigeants. Or cette situation condamne le pays à l'immobilisme, et c'est bel et bien ce qui inquiète les agences de notations. Trop de discours contre trop peu d'idées nouvelles, voilà quelle semble être la complainte des Français aujourd'hui.

Changer de politique

Face à cette crise politique majeure, il faut tout  changer. Tout. Soulever de grands débats de fond et cesser de se  masquer derrière  le politiquement  correct, qui renforce les extrêmes. Agir, agir avec force et précision grâce à des mesures radicales.

Face à cette crise politique majeure, il faut tout  changer !

Le président de la République voulait réenchanter le rêve français ! Qu’il le fasse ! La France a toujours su se réinventer, pourquoi se crispe-t-elle aujourd’hui ? Une nouvelle fois, nous devons tout changer. Osons penser différemment et réformons le pays en oubliant les querelles partisanes. Lançons-nous dans le combat d’idées, qui est la seule expression réellement motivante de la politique. N’ayons pas peur de changer, c’est ce que les Français ont demandé au second tour de l'élection présidentielle. Sortons du bipartisme, dépassons les clivages ! Déjà certaines initiatives apparaissent dans le pays pour faire renaître ce débat d'idées par le peuple et pour le peuple, à l'image de Nous Citoyens, un nouveau parti politique, créé par Denis Payre, business-angel engagé depuis peu dans la politique par la création de ce mouvement. Ce mouvement politique non partisan veut mobiliser les français autour de débats de fond, réclamer des réformes profondes et inventer une nouvelle façon de faire la politique. Voilà ce dont la France a besoin aujourd'hui ! Des citoyens, de tous horizons, érigeant les réformes et le débat d'idées au premier rang de leurs préoccupations civiques.

http://www.youtube.com/watch?v=P3wHQQUqdFE

 A l'image d'Albert Camus, dont on fête aujourd'hui le centenaire de la naissance, osons penser d’abord aux idées, avant de penser aux clivages, qui sont aujourd'hui dépassés par l'éclatement du paysage politique. Osons dire non à l'immobilisme. Osons demander de vraies réformes sur les thèmes essentiels. Sinon, pour reprendre les termes de Camus, « la société politique contemporaine » risque de devenir, et de rester « une machine à désespérer les hommes »...

François d'Estais @fdestais

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