Vu de l'étranger, quel regard sur la politique française ?

 Par

Jacques Boitreaud

Une semaine après l'affaire Leonarda qui a mené tous les hommes politiques aux devants des caméras, l'Assemblée Nationale était presque vide lors du débat sur le financement de la Sécurité Sociale, un sujet pourtant bien plus grave et essentiel pour l'avenir de notre pays. Et pourtant, au même moment, les débats au Congrès américain sur le budget fédéral et la résolution du shutdown monopolisent l’attention de l'opinion publique. Un contraste frappant, qui tend à prouver que le futile s'est imposé en France comme le sujet de débat de prédilection pour toute la classe politique. Entre les échanges de politesses à l’Assemblée, les débats autour des couacs gouvernementaux et les faits divers sur-médiatisés, on assiste au règne absolu de la

politique du spectacle

. Mais l’absence d’actions concrètes du gouvernement n’échappe pas aux regards étrangers, qui vont jusqu’à s’interroger sur la ligne politique tenue par François Hollande. Souvent entre cynisme et amusement, voire totale incompréhension, la presse étrangère tente de décrypter l’actualité politique qui anime notre quotidien. Mais reste parfois perplexe…

Un Président en manque d'autorité et de popularité

Tout d’abord, le récent sondage TNS-Sofres fait de François Hollande le leader politique d’une grande puissance le moins apprécié au monde, avec seulement 23% de sondés satisfaits. Malgré toutes les circonstances atténuantes liées à la conjoncture économique, le contraste avec les 81% de popularité de Mme Merkel est flagrant. Cette inquiétante impopularité est relevée par bon nombre de journalistes étrangers, qui en déduisent une incapacité manifeste du gouvernement à rassurer ceux même qui l’ont élu ! Si The Economist souligne “L'incapacité de Mr Hollande à convaincre ses propres partisans qu'il contrôle la situation”, le Spiegel va plus loin encore en expliquant que “Valls a du intervenir à la radio pour défendre son supérieur, Francois Hollande, qui a endommagé sa cote de popularité par des interventions absurdes”. La position de faiblesse du président à l'échelle nationale est donc unanimement relevée à l'étranger, et plus encore que cette crise de popularité c'est l'absence totale de perspective positive pour le Président qui frappe. Dans un article sur Leonarda, The Economist remarque ironiquement que “A chaque fois que les choses semblent aller au plus mal pour Francois Hollande, elles empirent encore”.

Aussi, Francois Hollande renvoie une image d'isolement politique, que les journaux étrangers ne se privent pas de relever. Ainsi, The Economist conclue cyniquement “le bilan est qu'un président affaibli voit son autorité contestée jusque dans son propre camp”, et le Guardian relève l'intervention d'Harlem Désir venant contredire le Président quelques minutes après son intervention sur Leonarda: “Quelques minutes plus tard, le leader du PS, Harlem Désir, apparaît sur une autre chaine pour défendre une position contradictoire. Ainsi même des membres de son parti sont mécontents de sa tentative de compromis”.

Attaqué de toutes parts, Francois Hollande suscite jusqu’à l'inquiétude des journaux étrangers qui s'interrogent sur sa capacité à inverser la tendance. The Economist relève les mots d'un député socialiste se disant “inquiété par son leadership”, et met en relief le contraste avec l'attitude “prodigieusement sereine” du Président. De là découlent plusieurs hypothèses ironiques pouvant expliquer le comportement étrange du président, par exemple : “Il est possible qu'il ne soit qu'un optimiste provocateur, qu'il croie que la croissance va revenir d'elle même et et que les problèmes vont se résoudre”! Derrière cette supposition transparaissent l'étonnement et le scepticisme de nos voisins européens qui voient la France embourbée dans une crise d'autorité profonde que le gouvernement divisé peine à résoudre.

Un immobilisme structurel préoccupant

Plus encore que cette crise de popularité, ils constatent l'absence troublante de débat de fond sur la situation économique, pourtant préoccupante. En Allemagne, le Spiegel relève ainsi le débat qui fait rage autour de Leonarda, tout en montrant que la position de Francois Hollande appelle autant de critiques de droite que de gauche. Le quotidien germanique s’interroge donc sur la pertinence d’un tel débat puisqu’aucune ligne politique claire n’est défendue par la majorité. Cette polémique autour d’un fait divers ne permet même pas de lever un débat de fond sur l’immigration illégale, souligne The Economist. Ainsi, en observant avec un peu de recul le débat politique en France, on en vient à se demander quand les sujets fondamentaux, les problèmes criants auxquels la France doit faire face, sont abordés !

L’impression dominante est celle d’une gigantesque diversion : pour éviter le plus longtemps possible d’évoquer les “tabous” tels que la rigueur, la compétitivité, la réforme des retraites, on amplifie des affaires de la moindre importance, en jouant sur les passions plus que sur la raison, à coup de « petites phrases ». Ainsi, en Espagne, El Pais remarque que “l'affaire Leonarda occulte les débats plus importants sur la fiscalité et la rigueur, d'autant plus que le gouvernement paraît débordé par le ras-le-bol fiscal des citoyens”. Le quotidien espagnol évoque même “la paralysie incontestable du projet politique socialiste.”

The Economist s'interroge enfin sur la stratégie mise en oeuvre par son gouvernement pour résoudre les problèmes économiques criants auquel il fait face, tant l'immobilisme structurel est latent: “La France émergeant tout juste de la récession avec une prévision de croissance de 0.2% en 2013, Hollande a saisi l'occasion de proclamer un rebond de l'économie, et une baisse rapide du chômage.” Ces prévisions semblent clairement illusoires pour les journalistes britanniques qui ironisent ensuite “Cela pourrait être une stratégie pour regagner la confiance, mais il pourrait aussi en être vraiment convaincu !”.

Ces regards critiques sur l'absence de réformes de fond rappellent aisément le traitement médiatique réservé à la Grèce au bord de la faillite il y a quelques années, dans une moindre mesure certes mais ils restent un avertissement.

La montée du Front National

Mais ce qui préoccupe le plus, notamment Outre-Atlantique, c’est la progression du FN, porté par cet immobilisme de fond et ces affaires théâtrales qui divisent jusque dans les rangs de la majorité. La dernière fois que le nom d’une modeste ville française était apparu dans un article du New York Times, c’était lors de la tuerie de Toulouse. Aujourd’hui, c’est la victoire du FN à Brignoles qui est prise comme exemple symbolique de la montée d’un parti d’extrême droite, parfois considéré comme xénophobe et nationaliste à l’étranger, que le gouvernement affaibli ne semble pas en mesure de contrer: “la victoire décisive du FN ce dimanche dans la petite ville de Brignoles semble représenter bien plus qu'une défaite pour les partis plus centristes - PS et UMP -” analyse ainsi le New York Times. Le quotidien fait une analyse lucide de la situation, remarquant que “Mme Le Pen, en tentant de faire oublier l'image d'un parti raciste et xénophobe et en se tournant vers des thématiques anti-immigration et anti-crime, touche un plus large public”.

Si un événement est retenu par toute la presse étrangère comme symbole de la montée du FN, c'est le sondage du Nouvel Observateur - presque passé sous silence en France- selon lequel le FN arriverait en tête des élections européennes avec 24% des suffrages. Ce chiffre, cité dans le Spiegel, El Pais, le New York Times et The Economist témoigne de l'inquiétude croissante devant la montée de l'euroscepticisme. Alarmiste, le New York Times estime même que “les Etats Européens sont impuissants devant la montée du sentiment d'euro-phobie”, tandis que El Pais consacre un article de plusieurs pages à Marine Le Pen, espérant ainsi faire prendre conscience du danger des extrêmes à moins d'un an des élections européennes.

Ainsi, les regards extérieurs sur notre actualité politique se focalisent sur trois thèmes: la crise d'autorité et de popularité du gouvernement, l'inquiétant immobilisme structurel et la percée incontestable du Front National. Plus grave encore, cette impression unanime de chaos politique remet en question la crédibilité du président, et nuit à la représentation des intérêts français sur la scène internationale. Si Francois Hollande est, comme le titre The Economist “sous le feu des critiques, même dans son propre camp”, alors comment peut-il prétendre à une quelconque légitimité ? Un leader politique n'est écouté dans les négociations internationales que parce qu’il représente un peuple, une nation dont il porte les revendications. En bon démocrate qu'il est, il sait qu'il tire son autorité de la confiance que le peuple lui accorde pour le diriger. Si moins d’un français sur quatre lui fait confiance, il sera difficilement considéré comme un interlocuteur fiable par les autres dirigeants...

Jacques Boitreaud

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