La politique du spectacle doit cesser !

Par François d'Estais

Il aura suffi d'un geste grotesque d'un député UMP pour enflammer le baril de poudre. En imitant une poule pendant l'intervention d'une députée verte, celui-ci a soulevé des réactions ulcérées et a réveillé tous les débats sur la misogynie, au point d'éclipser totalement le reste du débat public. Il aura donc fallu cette immense mascarade pour que l'on s'intéresse de nouveau à ce qui se déroule au Palais Bourbon... Il est consternant de voir sombrer ainsi les derniers débris du débat d'idées en politique. Des deux côtés de l'hémicycle, les élus ont sur-joué l'indignation au point de se livrer à une comédie indigne des responsabilités que leur ont confié leurs électeurs. Cette affaire n'est que le révélateur d'un phénomène plus vaste, qui condamne la politique au discrédit tant que rien ne change.

Les médias y ont une belle part de responsabilité, recherchant en permanence les étincelles, les petites phrases, les querelles personnelles, en un mot : le spectacle. La plupart d'entre eux laisse ainsi de côté l'expression des idées, la remise en perspective, l'analyse du contexte qui leur permettraient de jouer pleinement leur rôle.

Plus consternant encore, les politiques, bien conscients de cette réalité, s'essayent de plus en plus au jeu. Le dernier exemple en date est celui de François Fillon dans son interview pour Valeurs Actuelles. Lui qui avait pourtant concentré ses efforts sur ses propositions pour la France a fini par céder au jeu de la petite phrase facile, s'attaquant obsessionnellement à l'ex-président. François Fillon ravive ainsi les braises de la guerre des chefs à droite, un combat ridicule dont plus personne ne veut. Ce jeu stupide se transforme peu à peu en l'expression une rancœur personnelle, amenant le débat politique au degré zéro. On ne rappellera pas la polémique absurde autour du pain au chocolat de Jean-François Copé, ni celle autour du patrimoine des ministres après l'affaire Cahuzac, qui constituent autant de débats et de polémiques ne soulevant aucune question de fond, au profit de caricatures inutiles.

Le comble de ce drame ? C'est que ce sont ces mêmes hommes et femmes politiques qui constateront, sans la comprendre, et avec un brin de fatalisme, la méfiance des Français vis-à-vis de leurs “"responsables” politiques. “Responsables”... Si seulement.

Assiste-t-on pour autant à la fin du débat d'idées en politique ? Espérons que non. Pour lui laisser toute sa place, il faut que les hommes politiques se consacrent entièrement aux Français, et non plus à leur ambition. Il faut aussi qu'ils fournissent un meilleur contenu aux journalistes, afin que ceux-ci puissent effectuer correctement leur travail. Que les journalistes laissent de côté l'échéance présidentielle comme seule obsession, qu'ils analysent enfin les enjeux et détaillent aux Français les véritables débats contemporains. Les Français ont le droit de savoir sur quelles idées sur quelles convictions se fondent les programmes de chacun. Il faudrait que les citoyens deviennent véritablement acteurs de la vie publique, qu'ils se battent pour des convictions profondes et des idées nouvelles. Or, c'est tout le contraire qui se produit actuellement.

Car voici le triste constat de la situation actuelle : l'abstention est en passe de devenir le premier parti d'opposition de France. Ne nous y trompons pas : c'est elle qui permet l'ascension du FN. Les français se désintéressent de la politique. La raison en est simple : ils attendent toujours la réalisation de la même promesse. Qu'on l'appelle “rupture” avec Nicolas Sarkozy, ou “changement” avec François Hollande, les français attendent toujours les mêmes choses : des réformes. Des réformes, utiles, justes et courageuses, qui viennent bousculer les choses. Mais la crainte perpétuelle des résultats du prochain scrutin paralyse entièrement les dirigeants. C'est pourquoi il faut aussi engager une réflexion sur la question centrale du renouvellement du mandat présidentielle. Un mandat unique de sept ans, non-renouvelable, pourrait permettre de dépasser cette faiblesse de comportement des dirigeants successifs.

La politique de demain peut être lumineuse, grandiose, intense. La politique, c'est partager quelque chose de plus grand que soi, c'est partager un certain idéal, c'est réaliser des aspirations communes. C'est être résolument tourné vers le progrès. Les partis politiques ne cessent aujourd'hui de se renvoyer la responsabilité de leurs propres échecs. Qu'ils incarnent plutôt l'avenir et dessinent les traits d'une nouvelle France ! Cette nouvelle politique serait bien plus motivante, plus entraînante, plus vivante ! Elle incarnerait enfin l'espoir, face à un monde qui semble désormais hostile au bonheur et débordant de morosité.

François d'Estais @fdestais

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