France 2025 : politique ou voyance ?

Pendant leurs vacances, les ministres du gouvernement Ayrault ont dû disserter sur la France de 2025. Alors que les objectifs fixés par François Hollande sont reniés un à un (taux de croissance sans cesse revus à la baisse, réforme des retraites quasi-inexistante, chômage en pleine progression), et qu'une reprise en trompe-l’œil de la croissance masque l’inefficacité de leur travail, ces ministres se sont autorisé quelques pages de rêve éveillé. On aurait pu lire une myriade de propositions concrètes, de leur mise en place à leurs conséquences à long terme, dans l’esprit du rapport Gallois, malheureusement si rapidement oublié. On a finalement droit a un conte de fées, à un état des lieux onirique de la France, totalement déconnecté de la situation actuelle. Sans expliquer ni pourquoi ni comment, on nous peint une France à nouveau rayonnante, un tableau brillant qui n’est qu’un gigantesque mirage.

Cet exercice de style est en effet marqué par des prévisions surréalistes que personne aujourd'hui ne peut prendre au sérieux. Pierre Moscovici prévoit tout d'abord le plein-emploi pour 2025, alors même que la promesse présidentielle d'inverser la courbe du chômage d'ici 2014 semble difficilement réalisable sans avoir recours aux emplois aidés. Bien qu'aucun organisme économique ne se risque à des prévisions à échéance 2025, l'OCDE annonce une hausse du taux de chômage à 11,2% fin 2014. Comment le gouvernement, qui sera alors en place depuis 2 ans, peut-il prétendre le retour au plein emploi dix ans plus tard sans envisager un changement de « cap » et sans nouvelle proposition concrète ? En effet, les quelques pistes concrètes évoquées par le Ministre de l’économie pour réaliser son rêve de plein emploi sont les mesures déjà en place depuis un an, comme les emplois d’avenir par exemple, dont l’efficacité mérite d'être débattue. Ainsi, en plus de nous promettre une situation qui paraît inaccessible, M. Moscovici ne nous donne même pas les moyens d’y croire ! Comment prévoir un renversement favorable de la situation économique si aucun changement de grande ampleur n’est engagé dans la politique économique du gouvernement ? Et comment dresser de telles hypothèses sans prendre en compte une conjoncture économique si instable et imprévisible ?

En plus de nous promettre une situation qui paraît inaccessible, M. Moscovici ne nous donne même pas les moyens d’y croire !

De même, Cécile Duflot affirme (sans la moindre explication) que 6 millions de logements neufs auront été édifiés, ce qui représente une moyenne de 550 000 logements construits par an. Objectif pour le moins ambitieux, voire surréaliste, lorsqu’on sait qu’en 2012, seulement 250 000 ont été construits, à comparer à l’objectif de 500 000. Les prévisions pour 2013 stagnent autour de ce chiffre, et, pire, le nombre de logements mis en chantier baisse au fil des ans. Comment la ministre du logement, dont les objectif sont déjà très loin d’être atteints, peut elle encore majorer les chiffre ? Et lorsqu'elle écrit que "trouver un logement sera devenu une étape plaisante de la vie" et que "chacun disposera d'un toit" (oui chacun !), son tableau est plus proche de l'utopie que d'une perspective réaliste !

En outre, ce voyage dans le futur met en lumière le manque de coordination entre les différents ministères, déjà mis en valeur par les multiples erreurs de communication au sein du gouvernement. Chaque ministre vante bien évidemment les bienfaits de son travail actuel et le justifie en inventant des conséquences futures aussi improbables que loufoques. Pour Arnaud Montebourg par exemple, la France est redevenue une grande puissance industrielle, et le secteur représente 20% du PIB ! Comment ? En misant sur « l’innovation et les technologies de pointe ». Or il est aujourd’hui évident que la France accuse un retard important dans le domaine de la recherche et de la technologie sur les autres grandes puissances et sur son voisin allemand. Même quand M. Moscovici met en garde contre une imitation du « modèle industriel allemand », basé sur la recherche et l’innovation, amené à se reconvertir d’ici 2025, le Ministre du redressement productif persiste à vouloir faire de la France une puissance industrielle majeure.

Cette opération de communication illustre enfin de la meilleure des manières le conflit entre les ministres de la Justice et de l’Intérieur, révélé au grand jour avec la publication d’une lettre polémique de Manuel Valls. Madame Taubira promet ainsi d’avoir mis fin à la surpopulation carcérale par l’application des peines « alternatives », mises en place en 2014 par la réforme… Christiane Taubira, dont la rivalité avec Manuel Valls n'est plus un secret, comme le montrent les multiples révélations de la presse à ce sujet. Le ministre de l'Intérieur dresse lui aussi un tableau flatteur de son domaine de compétences. En grand visionnaire, il évoque les « forces de l’ordre 3.0 », plus efficaces, mieux connectées et plus proches de la population, alors même qu’il fait face à une recrudescence des violence anti-policières, comme l’illustrent les événements de Trappes. Violence à laquelle aucun acte concret ne semble répondre efficacement, malgré une volonté féroce (et intéressée ?) fièrement affichée devant les caméras.

A la fin du séminaire gouvernemental de rentrée, le constat est encore plus cruel : cet exercice d’auto-promotion politique n’a en rien permis de lutter contre les difficultés présentes, mais n’a pas non plus donné lieu à l’élaboration d’une stratégie sérieuse pour prévenir les écueils de demain. Les prévisions euphoriques des Ministres n’ont été accompagnées d’aucune annonce importante et le gouvernement ne s’est pas donné la peine d’expliquer comment il comptait y parvenir.

Cet exercice d’auto-promotion politique n’a en rien permis de lutter contre les difficultés présentes

Ainsi, ce numéro de voyance interroge sur les réels objectifs de ce gouvernement : en nous faisant miroiter un avenir radieux, on nous aveugle des difficultés actuelles. Pire encore, on voudrait nous expliquer qu’il n’y a qu’à patienter pour que l’horizon s’éclaircisse. C’est l’apologie de l’inaction. Pour endormir les déçus, les désespérés, et tous ceux qui assistent au naufrage du modèle français, François Hollande a choisi de les bercer d’une douce musique, un travail qui relève plus de l’illusionnisme que de la politique.

Jacques Boitreaud

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