Imperméable

Il y a une semaine, François Hollande donnait un entretien à TF1 et France 2 dans les jardins de l'Elysée. Cet exercice de communication aurait pu être une brillante réussite pour le chef de l'Etat. Au moment où il n'a plus la confiance des Français et où sa parole ne porte plus, François Hollande aurait pu se permettre l'audace de faire de nouvelles annonces, attendues par une grande majorité des Français. Au contraire, François Hollande s'est montré inaccessible, indécis, et souvent insensible au contexte dans lequel évolue le pays. En ce 14 juillet ensoleillé, François Hollande s'est montré … Imperméable.

Imperméable sur la forme d'abord. Le président s'exprimait dans les jardins de l'Elysée, un cadre prestigieux pour un président en mal d'autorité, qui avait pour but de donner à François Hollande la carrure présidentielle qu'il n'a jamais obtenu aux yeux de l'opinion, sauf peut-être lors de l'intervention militaire au Mali. Ce choix est cependant une erreur de communication. En effet, cet arrière-plan lumineux, luxueux et bucolique semble être en contraste complet avec ce que ressentent les français. En temps de crise, ils attendent d'un Président de la République de la gravité et de la solennité, et le cadre estival d'un jardin, certes splendide, ne semble pas entrer en résonance avec l'état d'esprit actuel des Français. De plus, il avait promis qu'il n'inviterait pas les journalistes à l'Eysée pour l'interviewer afin d'éviter tout soupçon de connivence. La présidence normale est donc enterrée, après avoir renoncé à prendre le train pour ses déplacements officiels et à aller à la rencontre des Français. Or, ce reniement intervient au moment-même où il apprête à lancer une réforme difficile sur les retraites, dans un climat politique déjà défavorable. Il s'est donc privé d'une opportunité de réaliser une promesse facile à tenir, envoyant ainsi un mauvais signal à l'opinion alors qu'il a besoin de son soutien. Plus symboliquement enfin, on pouvait entendre au loin résonner des sirènes de pompiers, comme les sons des menaces extérieures auxquelles François Hollande resterait sourd.

Imperméable ensuite au dialogue ; François Hollande avait en effet de grandes difficultés à répondre directement et avec précision aux question qui lui étaient posées. Aux questions posées par les journalistes qui lui faisaient face, en premier lieu, Laurent Delahousse ayant dû s'y reprendre à trois reprises pour qu'il admette qu'il y aurait des hausses d'impôts pour 2014, bien qu'elles seraient "le moins élevées possible". La difficulté à admettre les efforts futurs est de nouveau une erreur de communication, en période de doutes concernant la ligne politique du gouvernement, car elle trouble le message politique et le fait alors apparaître comme hésitant. Difficulté à répondre aux questions des Français aussi, éludant les questions concernant l'économie et le pouvoir d'achat en se plaçant face à l'Histoire, évoquant le bilan de son quinquennat et "la France de 2020", alors que les Français attendent des résultats immédiats sur des questions si urgentes. Heureusement, celui-ci répond : "le premier principe c'est la confiance. Les Francais ne doivent pas céder au défaitisme." Or les Français sont plus pessimistes que jamais, comme l'indique la dernière étude de l'Insee à ce sujet.

Après tant de reniements sur la forme, pourquoi ne pas engager le changement sur le fond ?

Imperméable sur le fond aussi, puisque François Hollande s'est refusé à annoncer de nouvelles mesures à l'occasion de cette interview, alors que les Français lui reprochent son immobilisme. Sa parole semble perdre de sa puissance, son refus de changer de cap et de stratégie en est peut-être une cause. Là où les Français subissent la crise de plein fouet et où le chômage augmente sans discontinuer, François Hollande annonce "la reprise économique" et promet d'inverser la courbe du chômage avant la fin de l'année, sans énoncer les outils qui lui permettront de réaliser cette prouesse (sachant que les emplois aidés, financés par l'impôt, devaient être la clé de son succès). De telles affirmations, sans aucun élément tangible pour les accompagner, donnent le sentiment d'un Président coupé des réalités du pays et hermétique aux réactions de ces concitoyens. Elles entretiennent la méfiance du peuple vis-à-vis de l'exécutif, qui s'est déjà illustrée dans les élections législatives partielles, toutes perdues par les socialistes. De même, alors que l'exploitation du gaz de schiste a permis aux Etats-Unis de créer un million d'emplois et de relancer les emplois dans des secteurs de haute-technologie, François Hollande balaye cette hypothèse d'un revers de main. Et dès qu'il le peut, il accuse l'ancienne majorité d'être responsable des déboires de son gouvernement, comme s'il n'était toujours pas sorti de la campagne présidentielle. "Je me bats", affirme-t-il. Sans annoncer de mesure concrète qui puisse le confirmer. Certes, la politique est un mélange complexe de dilemmes entrecroisés dans des enjeux beaucoup plus vastes, avec des conséquences imprévisibles. Cependant, après tant de reniements sur la forme, pourquoi ne pas engager le changement sur le fond ?

Imperméable enfin, aux critiques portant sur ses propres contradictions. Il semble assumer avec un certain aplomb les nombreux reniements qui ont marqués toute son intervention. "Je me suis ravisé", dit-il sur le fait d'inviter des journalistes à l'Elysée. La promesse de ne pas augmenter les impôts en 2014 est désormais nuancée, ils seront augmentés "si nécessaires". François Hollande ne se soucie pas de la politique politicienne, ne regarde pas vers l'élection de 2017 et encore moins vers ses potentiels adversaires, mais évoque constamment la France "dans dix ans" comme s'il était déjà réélu. Il dit que le gouvernement doit avoir une ligne politique claire, mais énonce la critique du budget comme la seule ligne à ne pas franchir. Règle surprenante qui ressemble à un aveu : ce n'est là qu'un moyen de dire qu'il ne peut pas se passer d'Arnaud Montebourg, pour le courant qu'il incarne à gauche et qui représentait 17% des suffrages lors des primaires de 2011.

François Hollande prend un grand risque politique. Son intervention, se voulant optimiste et rassurante, se révèle inquiétante.

Certes, François Hollande a compris que la France traversait aujourd'hui un moment historique et il est conscient de l'importance de sa tâche face aux difficultés du pays. Toutefois, en s'appuyant sur la méthode Coué et en délivrant un message clivant fortement avec ce que vivent les Français, il prend un grand risque politique. En effet, s'il réussit à redresser le pays et à inverser durablement la courbe du chômage, peut-être pourra-t-il regagner du crédit auprès de l'ensemble des Français. S'il échoue, la défiance vis-à-vis du monde politique, qui ne cesse de s'accroître, pourrait atteindre son paroxysme et provoquer une crise politique majeure, d'autant plus si cette défiance se traduit par une abstention, ou par un vote extrême. Quoiqu'il en soit, son intervention, se voulant optimiste et rassurante, se révèle inquiétante. Elle met une fois de plus en doute la parole de l'exécutif… Reste maintenant à savoir pour combien de temps.

François d'Estais @fdestais

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