[Opinion] L’Europe : une idée, un avenir

Le Conseil Européen qui s’est tenu ces derniers jours a révélé de profondes divergences entre les partenaires de l’Union Européenne. Ces divergences, que l’on peut aisément qualifier de tensions, s’illustrent depuis plusieurs mois. En avril dernier, le Président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, a invité la France à une « confrontation » avec l’Allemagne. Il est suivi par quelques socialistes qui dénoncent l’ « intransigeance égoïste » de la Chancelière allemande. Plus récemment, un litige sérieux s’est déroulé entre la France et le Président de la Commission européenne, le conservateur José-Manuel Barroso, qui a taxé la France de « réactionnaire » face à sa position sur l’exception culturelle.
 

De mon point de vue, ces petites phrases, ces petites critiques ne sont pas à la hauteur du débat européen. Il y a tout d’abord un amalgame à rayer : beaucoup de socialistes ne se reconnaissent pas dans ces dernières déclarations. Et cela pour une seule et simple raison : la confrontation entre partenaires, entre Etats ne peut pas s’accorder à l’Europe que nous souhaitons construire. Le débat est évidemment nécessaire dans un système démocratique. Ce débat doit cependant être un débat d’idéologies, de pensées : un débat conservateurs-progressistes, un débat droite-gauche. Il est inutile et dangereux pour les socialistes de s’acharner sur Angela Merkel. Elle est certes extrêmement puissante et occupe une place centrale sur les bancs des conservateurs, mais elle a de nombreux alliés et n’incarne pas à elle seule toute la droite européenne : pourquoi ne parle-t-on pas de David Cameron et du Royaume-Uni, de la Suède, de l’Autriche et d’autres pays qui prônent aujourd’hui les politiques d’austérité actuellement appliquées ?

 Il faut donc recentrer le débat européen. Ce conflit d’idéologies doit s’exprimer clairement devant les citoyens de l’Union et particulièrement des pays de la zone euro. Bien entendu, ce débat démocratique s’illustrera aux prochaines élections européennes. L’an prochain, en juin 2014, les européens auront le choix. Il y aura d’un côté le projet conservateur qui se traduit par des politiques d’austérité douloureuses qui font qu’aujourd’hui plus de 26 millions de personnes sont au chômage en Europe, dont 5,6 millions de moins de 25 ans. Cette gestion si brutale de la crise est maintenant critiquée par de nombreux économistes et instituts, dont le Fonds Monétaire International (FMI) lui-même. Personnellement, je considère que poursuivre cette stratégie ne peut nous mener autre part qu’au déclin, qui est déjà si proche.

Il y a une autre voie, une alternative, c’est celle que portera la gauche. Les forces progressistes, de la gauche antilibérale au centre, devront se rassembler autour d’un projet. Le Parti Socialiste européen devra bien entendu se constituer en moteur de cette coalition. Cette nouvelle ligne devra déjà rejeter l’idée de nier l’endettement des Etats européens. Bien entendu, nous devons nous libérer de ce poids qu’est la dette en Europe et réacquérir une certaine crédibilité dans l’économie mondialisée. Le collectif Sauvons l’Europe préconise une réduction du déficit plus lente, plus souple d’environ 0,5% du PIB par an. Cette réduction soutenable permettra de mener en parallèle de grands projets d’investissements à l’échelle européenne. Ils seront portés sur de nombreux plans abattus ou oubliés par la crise violente que nous côtoyons depuis des années et délaissés par les politiques d’austérité : il s’agit de la jeunesse, si meurtrie (environ un jeune européen sur quatre est au chômage), de la transaction énergétique, du numérique et bien d’autres domaines d’avenir. L’Europe doit retrouver l’emploi et la croissance pour avancer : le projet qui sera présenté l’an prochain répondra à ce besoin essentiel.

Au-delà de ce débat sur les politiques à entreprendre, nous devons également lutter pour plus d’intégration européenne, surtout dans la zone euro. La droite et la gauche peuvent s’unir sur ce point : une Europe plus démocratique, plus politique, plus soudée finalement, a vocation à voir le jour. C’est dans cette vision que François Hollande a suggéré l’instauration d’un gouvernement économique de la zone euro qui se réunirait tous les mois, avec un Président au mandat long pour permettre notamment  une harmonisation de la fiscalité, une convergence sur le plan social et un plan de lutte contre la fraude fiscale. Il a également proposé une nouvelle étape d’intégration avec une réelle capacité budgétaire attribuée à la zone euro. Cette solide intégration que nous souhaitons voir naître passera forcément par la création d’une réelle Europe politique. Redonner du pouvoir au Parlement européen, élu démocratiquement, c’est également cet esprit que devrons porter de nombreux politiques l’an prochain. Après dix ans de Commission Barroso qui n’a en rien avancé le projet européen, il faut ressusciter l’Europe de Jacques Delors : démocratie, solidarité, unité.

Il n’est peut-être pas encore temps d’aller jusque-là, et c’est une conviction personnelle, mais je partage le jugement de Gérard Collomb, maire de Lyon, qui affirmait récemment :

« Le fédéralisme européen n’est plus une question idéologique ; c’est aujourd’hui une question de survie. »

 

Vincent Malapert @MalapertVincent

Comprendre les débats autour du gaz de schiste

Nicolas Sarkozy : la stratégie du retour permanent