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Nicolas Sarkozy : la stratégie du retour permanent

Lors d'une conférence qu'il donnait à Londres accompagné de François Baroin le 3 juin dernier, Nicolas Sarkozy aurait affirmé qu'il envisageait très sérieusement un retour en politique, d'après le quotidien Le Monde. Tout comme dans les précédents propos rapportés par la presse, il aurait dit qu'il devrait "revenir par devoir", "si on avait besoin de lui". Mais comment ce retour pourrait-il être possible ? Analyse de ce qui pourrait le faire revenir (ou pas) en politique.

Il a envie de revenir

Nicolas Sarkozy a toujours été un animal politique. Et il l'est encore aujourd'hui. Jean-Marie Chaussonnière disait ainsi dans le documentaire Les Ambitieux diffusé sur France 2 le 28 mai dernier : "J’ai rarement vu un tigre devenir végétarien". Après 30 ans d'engagement en politique, il semble aujourd'hui évident qu'il a envie de revenir et qu'il prépare minutieusement son retour.

En effet, condamné à un silence qu'il s'est imposé au moins jusqu'en 2014, il s'efface mais fait tout pour ne pas se faire oublier. Le silence était déjà rompu trois mois après sa défaite, lorsqu'il avait appelé la communauté internationale à intervenir en Syrie. Et depuis, il distille dans la presse de nombreux commentaires très critiques sur le paysage politique français actuel. Fillon et Copé ? Ce sont des "nuls". Les primaires ? "C'est pour les faibles". Son successeur ? "Hollande est en train de se planter"... Autant d'éléments qui ne laissent pas de doute sur son appétit toujours aussi grand pour ce qui concerne la politique, même si, comme il le confiait à Valeurs actuelles "le monde politique (lui) confère un ennui mortel.". Alain Juppé admettait même récemment "sentir" que Nicolas Sarkozy avait "envie" de se présenter en 2017, ce qu'ont depuis confirmé Bernadette Chirac et Patrick Buisson, selon qui "il s'imposera naturellement comme l'unique recours" (Le Monde, le 8 juin). Ce qui explique que l'ex-président prenne soin de critiquer tout ce qui pourrait se mettre en travers de son chemin. Sa mise en examen dans l'affaire Bettencourt ? "Elle est injuste". François Fillon, candidat "quoiqu'il arrive" ? "C'est un loser". Les primaires de 2016 ? "Elles sont absurdes, le général de Gaulle a voulu un scrutin à deux tours, pas quatre." Ceci explique aussi pourquoi il reçoit beaucoup dans son bureau rue de Miromesnil, et notamment de jeunes députés dont il sera nécessaire d'avoir le soutien en cas de retour.

"Trois semaines avant la présidentielle, (...) le défi de revenir, que personne n'a jamais réussi, l'excitait déjà." - Jean-Louis Borloo

Aussi, les conférences qu'il tient partout dans le monde lui permettent d'entretenir des contacts à l'étranger et de conserver une stature internationale dans l'opinion française, alors que François Hollande est jugé moins performant dans ce domaine que son prédécesseur.

Pour en revenir à son envie, c'est certainement l'analyse de Jean-Louis Borloo qui est la plus intéressante. D'après lui, rapporte le quotidien L'Opinion (édition du 30 mai), "trois semaines avant la présidentielle, Nicolas a compris qu'il allait perdre. Il a alors tout arrêté et préparé son retour. C'est pour cela qu'il était si serein le 6 mai. Le défi de revenir, que personne n'a jamais réussi, l'excitait déjà."

Sa famille politique a besoin de lui

Et pendant ce temps, l'UMP ne parle que de lui. De son mandat. De sa campagne de 2012. De son éventuel retour. Même NKM, engagée dans un combat local pour la mairie de Paris, doit encore se justifier de son opposition à la ligne politique défendue par Patrick Buisson, pourtant adoptée pendant la campagne de 2012 dont elle était la porte-parole.

La plus grande preuve que l'UMP veut son retour est certainement la défaite de François Fillon lors de l'élection à la présidence du parti. Jean-François Copé avait compris que les militants UMP restaient profondément sarkozystes. Il en avait donc fait son cheval de bataille, en annonçant qu'il se retirerait en 2017 s'il décidait de revenir en politique, et en affichant fièrement les soutiens des proches de l'ex-présiendent : Brice Hortefeux, Jean Sarkozy,… Sans compter que lors de cette élection, la Droite Forte, le mouvement sarkozyste de Geoffroy Didier et de Guillaume Peltier, est arrivé largement en tête des motions proposées.

Et puis il y a l'association des amis de Nicolas Sarkozy. Elle est devenue la tribune privilégiée pour ses fidèles, dont Brice Hortefeux et Christian Estrosi sont les gardiens. Elle permet aussi à ses représentants d'avoir une certaine aura médiatique : ils s'expriment très régulièrement dans les médias à l'image d'Isabelle et Patrick Balkany, d'Henri Guaino, en sachant que leurs paroles seront prises comme le message indirect de l'ex-président.

Mais pourquoi un tel engouement pour lui alors qu'il est le premier président à ne pas être réélu depuis Valéry Giscard d'Estaing, lui qui s'était fait facilement détester par son propre camp en apportant son soutien à Edouard Balladur ? La réponse est simple. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy est le seul à rassembler tous les courants de la droite. Même si les modérés avaient pu émettre des doutes sur sa candidature en 2012, il est, plus que jamais, le plus rassembleur de son camp. François Fillon tente clairement de se démarquer des franges les plus à droite du parti, préférant se tenir à l'écart des amalgames et admettant des erreurs durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et la guerre des ambitions ne fait que commencer à l'UMP. Jean-François Copé (qui mise plutôt sur 2022, admettent ses proches) et François Fillon (qui sait que c'est l'une des dernières occasions pour lui de se lancer dans la course à l'Elysée), ne sont pas prêts à lâcher l'affaire. Nicolas Sarkozy est conscient de ce danger : c'est pourquoi, durant la campagne à la présidence de l'UMP, il avait demandé à ses proches de soutenir Jean-François Copé, comme l'expliquent Bruno Jeudy et Carole Barjon dans Le Coup Monté (Ed. Plon), plus facile à maîtriser en cas de retour que François Fillon, qui aurait pu utiliser la présidence du parti comme un tremplin solide vers 2017.

Ses ennemis politiques le craignent

"Tu ne le verras plus." Cette phrase, prononcée par François Hollande lors du dernier Salon de l'Agriculture en réponse à un enfant lui demandant où était Nicolas Sarkozy, avait sonné comme un révélateur. Aujourd'hui, François Hollande le sait et s'y prépare : Nicolas Sarkozy reviendra en 2017. Il en est convaincu, affirment des proches, "Sarko voudra sa revanche". "Hollande a raison de se placer dans cette hypothèse. Il y a une crise de leadership à droite, Sarko a mobilisé son électorat, il a réussi sa sortie. Et vous voulez mon avis ? Il s'ennuie à mourir !" renchérit un important ministre. Hollande aurait donc peur, une peur qui se transforme en obsession tant il s'applique à nier le retour de l'ex-président. Par exemple, lors de son investiture, le 15 mai 2012, François Hollande avait "oublié" de raccompagner Nicolas Sarkozy à sa voiture et n'avait rien vanté dans son bilan, tandis qu'il avait eu un mot positif pour celui de tous les autres prédécesseurs. François Hollande lui avait simplement adressé "des vœux pour la nouvelle vie qui s'ouvre devant lui", une façon assez claire de tourner la page sur celui qu'il jugeait, durant la campagne, comme un président "anormal". Mais cette obsession de François Hollande ne fait qu'encourager Nicolas Sarkozy, qui y voit une preuve de la nécessité de sa candidature. Il sait aussi qu'après cinq ans à l'Elysée pour chacun des concurrents, la comparaison pourra être faite entre les deux mandats, et de préférence, à son avantage.

"Tu ne le verras plus" Cette phrase avait sonné comme un révélateur.

Mais François Hollande n'est pas le seul à balayer (en public en tout cas) l'hypothèse d'un retour de Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen aussi la réfute et ironise, rappelant les affaires "Je pense que Nicolas Sarkozy ne reviendra pas parce qu'il se fera rattraper par la patrouille avant (...) la patrouille des affaires, qui se multiplient, qui sont extrêmement graves". Or le fait que Marine Le Pen ne veuille pas son retour convient parfaitement à Nicolas Sarkozy, qui parie sur une montée du FN et sur un affaiblissement de l'UMP à l'issue des élections municipales et européennes. Il s'imposerait alors naturellement comme un recours pour les présidentielles, puisqu'il il avait réussi à siphonner les voix du parti d'extrême-droite en 2007, là où une candidature plus modérée comme celle de François Fillon pourrait faire craindre un 21 avril 2002 à l'envers, c'est-à-dire une élimination du candidat de l'UMP au second tour au profit de l'extrême droite.

Les médias alimentent l'hypothèse

Il y a un aspect qu'il nous faut pas négliger et qui se révèle d'une importance capitale aujourd'hui : il s'agit de l'influence des médias. Aujourd'hui, ces derniers ne demandent qu'un retour de l'ex-président.

Et leur intérêt pour l'homme politique ne date pas d'hier. En effet, Nicolas Sarkozy avait parfaitement compris le fonctionnement des médias : il leur faut une nouvelle chaque soir. Et il la leur fournissait en tant que ministre de l'intérieur, multipliant les interventions et les visites. Il avait poursuivi cette stratégie après son élection, mais avait cessé après avoir vu les effets de cette stratégie, éclipsant ses ministres ainsi que son "collaborateur" de premier ministre, au profit d'un hyper-président sur tous les fronts. Les unes des magazines se faisaient alors de plus en plus critiques, et Nicolas Sarkozy ne comprenaient pas que les médias se retournent contre lui, alors même qu'ils avaient aidé son ascension jusqu'à l'Elysée.

De plus, Nicolas Sarkozy a indéniablement été le président du "buzz". Tout comme le général de Gaulle a vu les débuts la télévision dans le monde politique, les Français ont découvert de nouveaux médias entre 2007 et 2012, de nouveaux médias qui transforment totalement la communication politique : Facebook, Twitter, Youtube… Lorsqu'il est tous les soirs en une du journal de 20h, lorsqu'il est filmé au salon de l'agriculture pour le fameux "Casse-toi…", lorsqu'il médiatise ses relations amoureuses lors de conférences de presse, il alimente ce qui fait tout son personnage : un homme qui envahit tous les écrans, partout, tout le temps. Impulsif ou sensible, hyperactif ou dynamique, déplacé ou confident ; il ne laisse pas indifférent : c'est ce qui explique qu'il ait pu cristalliser autour de sa personne autant d'amour, de haine et d'obsessions.

Un homme qui envahit tous les écrans, partout, tout le temps.

Et maintenant, l'hypothèse de son retour en politique retourne une nouvelle fois le jeu. Là où il y avait saturation, il y a aujourd'hui le vide. Et ce vide, il l'a choisi : car c'est ce silence qui peut entretenir le mythe de l'homme providentiel, auquel tous veulent croire. Il est en train de prendre le recul que les Français attendaient de lui pendant son mandat, et qu'il n'avait pas su prendre pendant sa présidence. Tout comme il avait livré à la Mutualité le 6 mai au soir le discours que les Français auraient aimé entendre pendant toute sa campagne. Du coup, aujourd'hui, les médias l'attendent et multiplient les articles, les reportages, les sondages, sur lui, sur ses visites, sur ses rencontres. Ils préparent malgré eux le storytelling du retour, ce retour qui pourrait être l'une des plus grande réussite des communicants politiques depuis des années. Pour cela, il faudrait que Nicolas Sarkozy arrive à raconter une histoire et à susciter un espoir digne de celui qu'il avait su créer en 2007. Cette situation serait inédite depuis le retour du général de Gaulle en 1958, pour qui Nicolas Sarkozy a beaucoup d'admiration (c'est à la mort de son grand-père gaulliste qu'il a décidé de s'engager en politique). En bref, de quoi susciter l'appétit des médias.

La vraie question

Cependant, bien des facteurs pourraient l'empêcher de revenir. Les affaires pourraient lui faire obstacle. François Fillon pourrait bien lui ravir sa place pour 2017. Et il y a sa famille, Carla Bruni-Sarkozy ayant fait savoir qu'elle ne souhaitait pas qu'il revienne. En 2017, bien des choses auront changé, et personne ne peut imaginer la situation de la France, de l'Europe et du monde. Mais la vraie question est ailleurs. La vraie question, celle-là même qui fait l'essence de notre République, c'est de se demander si les Français le voudront. Et personne, aujourd'hui, ne peut prétendre pouvoir y répondre.

François d'Estais @fdestais

Illustration en tête de page : (c) SIPA PRESS

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