Un piège nommé primaire ?

Intégrer de la démocratie participative dans les partis politiques n'est pas, en apparence, une mauvaise chose. Les primaires permettent de mobiliser les militants et peut-être de leur redonner goût à l'engagement politique. Le Parti Socialiste en avait tiré les bénéfices à la présidentielle de 2012, et même si Jean-François Copé avait ironisé sur cette primaire ouverte qui "avait réuni moins de monde que la braderie de Lille", celle-ci s'est avérée être un succès. A tel point que l'UMP a voulu s'en inspirer pour en faire un nouveau standard de désignation des candidats. Mais, à l'UMP, alors que l'élection pour la présidence du parti laisse encore des stigmates six mois plus tard, peut-on croire en leur succès ?

L'UMP se sait diverse depuis toujours. Mais elle semble aujourd'hui hésitante entre sa gauche et sa droite, et les primaires font apparaitre ces divergences. Certes, la gauche aussi a connu des divisions pendant sa primaire ouverte, mais tous s'en sont remis au candidat sélectionné une fois l'élection achevée. C'est ainsi que Manuel Valls est devenu le directeur de la communication de François Hollande pendant la campagne présidentielle, et qu'Arnaud Montebourg est aujourd'hui au gouvernement. Comment expliquer alors l'échec annoncé des primaires UMP à Paris ? Pari(s) perdu pour l'UMP ? Voici cinq pistes pour expliquer ce piège qui s'est refermé sur le premier parti d'opposition.

La mobilisation

La faible mobilisation est le premier point noir de cette élection primaire. En effet, seulement 5 000 Parisiens étaient inscrits mi-mai, selon la fédération UMP de Paris, à comparer aux 30 000 militants UMP parisiens, et aux 50 000 votants attendus par les organisateurs pour rembourser les frais. Ce chiffre avait créé un vent de panique au sein du parti, et François Fillon, Bernard Debré, Jean-François Lamour et Claude Goasguen avaient appelé à voter à ces primaires, suivis par Jean-François Copé qui soulignait "un moment démocratique important" pour sa famille politique dans un communiqué à l'AFP. Au 29 mai, cette stratégie semble avoir payé, puiqu'ils étaient 17 500 à s'être inscrits. Mais on reste bien loin des 50 000 votants attendus… Peut-être par désintérêt des militants, ou peut-être parce que la primaire était payante (3€/votant), peut-être surtout parce que NKM est désignée depuis bien longtemps par la presse comme la candidate UMP à la mairie de Paris. La primaire devient alors pour elle un handicap, risquant de l'éliminer de la course à la mairie de la capitale, autrefois dirigée par Jacques Chirac. C'est là une des failles principales des primaires : alors qu'un candidat a réussi à se faire plébisciter dans les sondages et dans les médias pour une élection locale, les primaires l'obligent malgré tout à passer par un vote qui peut s'avérer être à double-tranchant.

Les désaccords idéologiques

Au travers de cette primaire s'est une fois de plus exprimée la diversité des courants de pensée de l'UMP. On l'a vu avec le soutien de trois responsables de La Droite Forte, le premier courant au sein de l'UMP, à Pierre-Yves Bournazel pour faire battre NKM : "Pour lui, Paris n'est pas un marchepied vers 2017" écrivent même le secrétaire de l'UMP, Geoffroy Didier, le sénateur de Paris Pierre Charon et le maire adjoint du 17e arrondissement Geoffroy Boulard, visant directement l'ex-ministre de l'Environnement. Guillaume Peltier aussi a apporté son soutien à Pierre-Yves Bournazel, avant d'être rappelé à l'ordre par le bureau politique. Ces soutiens appuyés viennent pourtant à contre-courant de toutes les considérations pragmatiques du reste des élus : 126 responsables UMP ont en effet soutenus Nathalie Kosciusko-Morizet lors de cette primaire, estimant que la droite avait avec elle une véritable chance de récupérer Paris. Parmi eux, on peut compter François Fillon et Alain Juppé. Et il faut rappeler que 78% des sympathisants de droite parisiens et 82% des électeurs UMP de la capitale sont favorables à la candidature de NKM d'après un sondage du Parisien. Avec ces prises de position de la Droite Forte, on pourrait croire à une résurgence du thème du "peuple contre les élites intellectuelles et médiatiques", maintes fois utilisé par Jean-François Copé durant sa campagne à la présidence du parti, et avant lui par Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2012. Certainement aussi un moyen de s'opposer à l'abstention de NKM lors du vote de la loi du Mariage pour tous à l'Assemblée.

"Pour lui, Paris n'est pas un marchepied vers 2017" - Geoffroy Didier, Pierre Charon et  Geoffroy Boulard, à propos de Pierre-Yves Bournazel

Le Mariage pour tous a d'ailleurs été un élément clivant entre les candidats, jusqu'à devenir le sujet central des débats et des tensions entre les candidats, alors qu'il ne s'agit ni d'une élection législative ni même d'une élection présidentielle ! Le déchirement autour de cette question sociétale, qui a déjà été mis au jour lors des débats sur le vote de la loi, n'a certainement pas servi cette primaire et n'a fait qu'accentuer les divisions au sein de la droite au lieu de rassembler cette dernière contre la gauche.

Les tensions

Ensuite, la campagne des primaires a été très violente, et les candidats n'ont pas hésité à tirer à boulets rouges sur leurs adversaires. Pour NKM, il s'agissait de conforter sa place de numéro 1, et pour les autres c'était l'occasion rêvée de se mesurer à la favorite des médias et des élites, et ainsi de se faire connaître sur un plan national, un peu comme Hollande allant défier Chirac sur ses terres de Corrèze lors des élections législatives de 1981. Ainsi, lorsque NKM tacle son rival Pierre-Yves Bournazel sur la question du mariage gay, auquel il s'était dit favorable au Conseil de Paris, ce dernier réplique en dénonçant le "parachutage" de la maire de Longjumeau.

Autre accrochage entre les deux candidats, Pierre-Yves Bournazel a accusé jeudi 30 mai Nathalie Kosciusko-Morizet de poursuivre sa campagne au-delà du délai autorisé : "On n'a jamais vu ça, dans une démocratie, que les jours de vote on pouvait continuer la campagne et continuer à faire inscrire et voter"

Plus récemment, Jean-François Legaret a porté plainte contre X pour diffamation suite à la diffusion d'une vidéo datant de 2007 dans laquelle il affirme son soutien à l'association GayLib, aujourd'hui favorable à la loi Taubira.Le même Jean-François Legaret s'est également fendu d'un tweet assassin à l'endroit du député-maire du 16e arrondissement Claude Goasguen, qui l'avait traité de "brontosaure" et accusé d'avoir changé d'avis sur le mariage homosexuel : "Claude Goasguen est une grande gueule je lui demande de la fermer jusqu'à la fin de la campagne". Ce à quoi ce dernier a répondu : "Je le remercie de son exquise politesse mais je n'en tiendrai pas compte."

C'est donc dans un climat très tendu que se déroulent ses élections, accumulant coups bas et attaques verbales.

Les bugs et les fraudes

Dès le premier jour des élections, le vote électronique des primaires a connu des difficultés. D'abord en étant inaccessible dix minutes dans la matinée, puis en révélant au fil de la journée ses failles, révélées en particulier par le journal Metronews : la nécessité de posséder un navigateur compatible, la possibilité de voter pour deux en utilisant le nom de son conjoint, la possibilité technique d'usurper l'identité d'un électeur parisien et ainsi participer à un bourrage d'urnes, … Autant de failles qui remettent en cause la crédibilité du vote, alors qu'on apprend que la Cnil n'a pas validé le protocole du vote électronique, confié à la responsabilité d'un filière de la Poste. Et les candidats s'insurgent : ils sont deux (sur les quatre candidats !), Pierre-Yves Bournazel et Franck Margain à demander la suspension du scrutin ! P.-Y. Bournazel dénonce "un système incontestablement défaillant", et F. Margain demande de "refaire un vote papier". Et pourtant, on pensait l'UMP prévenue !

La culture du chef

Et si finalement l'UMP n'était pas capable d'organiser des élections internes... Parce que ce n'est pas sa culture ? La droite a toujours aimé avoir un chef naturel lorsque se pose la question d'une candidature. Pourquoi ? Parce que l'UMP est issue du gaullisme, et avant ça du bonapartisme. Elle n'a donc qu'un seul but : emmener le chef à la tête de l'Etat. L'évidence de la candidature de Nicolas Sarkozy, de la même manière que celle de Jacques Chirac, ne soulevait aucun doute : les élections internes n'étaient là que pour attester une décision déjà prise. Mais avec le tournant majeur qui est en train de s'opérer au sein de la droite, à savoir une division sur la ligne politique (qui apparaît sur la question du mariage pour tous) et l'absence d'un leader incontesté, la droite n'a plus ses repères. Et si la primaire 2013 pour les municipales à Paris était un échec, ceci pourrait remettre ne cause les primaires de 2016 pour la présidentielle comme moyen de désignation légitime.

On peut donc s'interroger sur la capacité de l'UMP à organiser des élections internes. Alors que cette primaire devait être un bel exemple de démocratie participative à droite en oubliant par la même occasion les élections catastrophiques à la présidence de l'UMP gravement entachées de triches (aujourd'hui attestées),celles-ci ressemblent de plus en plus à une impasse, voire pire: à la voie royale vers la défaite. A croire que l'UMP n'a toujours pas réalisé que c'est maintenant que se joue son avenir.

François d'Estais @fdestais

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