UMP : Un parti à reconstruire

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     François Fillon constatait au soir de sa défaite pour l'élection du président de l'UMP la "fracture à la fois politique et morale" au sein de son parti. Quelques mois plus tard, celle ci apparaît plus clairement que jamais, et le débat autour mariage homosexuel n'en est que le révélateur.

     Le parti est aujourd'hui divisé entre deux idéologies. L'une plus libérale, incarnée par François Fillon, Alain Juppé, François Baroin, en faveur d'une droite modérée et prônant le maintien d'un cordon sanitaire entre le FN et l'UMP. L'autre se veut plus autoritaire, "droitisée", chassant volontiers sur les terrains du Front National, alors même que Marine le Pen fait tout le contraire, en tentant de "dédiaboliser" son parti. Cette deuxième ligne, incarnée par Jean-François Copé et Guillaume Peltier (issu de l'extrême droite et aujourd'hui à la tête du mouvement sarkozyste, arrivé en tête lors des élections internes) et pensée par Patrick Buisson, veut battre le FN sur son terrain en abordant largement les thèmes qui lui sont propres. Renouveler l'absorption des voix de l'extrême droite comme en 2007. Gagner en rassemblant la droite jusque dans ses extrêmes. Assécher le FN en parlant à ses électeurs, convaincus que la France est un pays profondément ancré à droite. Or le Rassemblement Bleu Marine, comme il semble vouloir désormais se nommer, n'a plus le même électorat : il ratisse plus large qu'avant et recueille les voix des mécontents et des oubliés des politiques de gauche et de droite. Ce nouveau FN se positionne en bloc contre le groupe "UMPS". Il ne croit pas en les promesses des hommes politiques, ni de l'UMP, ni du PS. Et ça ne marche jamais si bien qu'en temps de crise. Ce "vote de protestation", comme le présentait Nicolas Sarkozy en 2012, est de toute façon perdu pour l'UMP. Car elle n'a pas su convaincre les électeurs en 2012, et  parce qu'elle ne sait pas incarner une opposition crédible, pesante, unie en 2013. L'UMP est donc profondément divisée. Elle s'éloigne de sa vocation première, à savoir créer une alliance entre droite et centre-droit pour contenir l'extrême-droite. Et certains, comme François Baroin, font comprendre leur malaise grandissant dans un mouvement qui ne leur correspond plus et qui se durcit de l'intérieur. Ainsi, il admet : "Nous sommes face à une crise doctrinale profonde, pourquoi se taire ?" dans une interview à l'Express.

Nous sommes face à une crise doctrinale profonde, pourquoi se taire ?” - François Baroin, dans l'Express

     L'UMP, ensuite, se retrouve face à un problème inédit dans son histoire : un manque cruel de leadership, que beaucoup reconnaissent au sein-même du parti. Malgré toute l'énergie déployée par Jean-Francois Copé pour apparaître comme le "premier opposant de France" et comme le président incontesté de l'UMP, la droite ne parvient toujours pas à se trouver un chef. Francois Fillon se ménage pour 2017. NKM prépare Paris pour 2014. Laurent Wauquiez louche sur une candidature en cas de nouvelle élection pour la présidence du parti. Et finalement, tous pensent à la primaire de 2016, persuadés d'avoir un destin national. La vérité est que l'UMP est encore hantée par la défaite. Par la figure tutélaire de Nicolas Sarkozy, ce dernier prenant un plaisir immense à rappeler qu'on n'est jamais mort politiquement, jouant ainsi avec les médias et avec ses anciens "amis". Il refuse catégoriquement tout bilan sur son mandat, encore par ambition personnelle, par ego, et par un espoir (si peu caché) d'en découdre face à un Hollande "nul" qui aura forcément moins bien fait que lui. Il se voit en homme providentiel, se tenant à l'abri par des commentaires cinglants rapportés avec délectations par des médias avides de déclarations de l'ex-président, qui, tout en étant absent, n'a paradoxalement jamais été aussi présent. Ce bilan que certains réclament depuis longtemps pourrait pourtant être bien utile à l'UMP si elle veut de reconstruire sur des fondements solides.

     Car c'est bien de cela dont il s'agit : l'UMP d'aujourd'hui ressemble plus à un château de cartes tremblant qu'à une machine de guerre pour faire gagner ses candidats aux prochaines échéances électorales. Et pour reconstruire cette UMP, il faut s'appuyer sur des bases consistantes, sur ce qui fait l'unanimité chez les sympathisants de droite (et non chez les militants, qui ne suffisent pas pour remporter une élection et qui constituent des voix d'ores et déjà acquises) : les valeurs. Il faut revenir aux valeurs qui constituent fondamentalement la droite, la droite républicaine : la liberté, la solidarité, le service de la nation, le travail, ... Les répéter sans cesse et partout et dans tous les médias. Les diffuser, en faire la base de sa communication et de la reconstruction.

L'UMP d'aujourd'hui ressemble plus à un château de cartes tremblant qu'à une machine de guerre.

Une reconstruction qui soit saine, pour former une opposition claire, pour retrouver des repères. Une reconstruction qui évite tous les amalgames avec le FN en ne répondant plus aux provocations qu'il lance, car ces réponses lui donnent du crédit, mais sans pour autant délaisser les questions de l'électorat frontiste. Une reconstruction qui, fondée sur des valeurs solides, fera comprendre aux électeurs que le FN ne propose pas de solutions à leurs problèmes. Une reconstruction qui devra renouer avec un centre droit, perdu en 2012, par l'intermédiaire de politiques UMP modérés... Au risque de n'entraîner ces derniers vers l'UDI. Une reconstruction qui nécessitera du courage, de la patience, des politiques dévoués, mais une reconstruction pour laquelle quatre ans ne seront peut être pas suffisants tant la blessure semble être profonde. La droite, contrairement à ce qu'elle croit, n'a pas encore gagné 2014. Et encore moins 2017, quoiqu'en dise Guillaume Peltier, au lendemain de la dernière "Manif' pour tous" : "Quand nous serons au pouvoir en 2017...".  Serait-ce là le "Moi Président" de droite ? Un pêché d'orgueil ? Oui. Des propos suicidaires ? Certainement.

François d'Estais @fdestais

Un piège nommé primaire ?

Droit de regards